X

Liban

« Beyrouth Madinati » malmène « les Beyrouthins » sans les évincer ; dure bataille à Zahlé

La situation
09/05/2016

Rien n'y fait. Beyrouth ne veut absolument pas se départir de cette tradition qu'elle s'est imposée depuis une bonne vingtaine d'années et qui consiste à bouder les urnes. Aux municipales de 2010, le taux de participation au scrutin était de 21 %. Six ans plus tard, alors qu'une véritable bataille électorale s'annonçait entre deux listes complètes, à savoir « les Beyrouthins », une coalition de partis politiques – à l'exception du Hezbollah et du PSP – formée sous la houlette du courant du Futur, et « Beyrouth Madinati », un rassemblement d'activistes de la société civile, parmi les quatre en lice, cette proportion est restée pratiquement la même. Selon le ministère de l'Intérieur, seulement 20,14 % des 467 021 électeurs inscrits se sont rendus aux urnes pour élire 24 nouveaux membres du conseil municipal, parmi les 95 candidats ainsi que 108 moukhtars parmi 211 candidats. Cette proportion était près de 45 % dans la Békaa.

Le désengagement des électeurs a poussé des dirigeants politiques comme le général Michel Aoun, chef du bloc parlementaire du Changement et de la Réforme, et Samir Geagea, chef des Forces libanaises, à exhorter les Beyrouthins à exercer leur droit au vote et c'est la main sur le cœur que les parrains et les candidats des deux listes ont suivi le dépouillement des voix en soirée.

(Lire aussi : Ils votent pour le changement, pour les grandes familles, ou sans illusion : paroles d'électeurs, de Beyrouth à Zahlé)

Les appréhensions des uns et des autres se justifiaient notamment par les événements de la journée. Non seulement la faiblesse de l'affluence aux bureaux de vote rendait les résultats aléatoires, mais le comportement des électeurs faisait que tout pronostic était incertain. À Beyrouth II (Bachoura, Medawar et le quartier du port) et III (Mazraa, Mousseitbé, Zokak el-Blatt, Dar el-Mraissé, Mina el-Hosn et Ras Beyrouth) où normalement des listes complètes étaient déposées dans les urnes, le panachage était pratiqué, dit-on, dans certains quartiers en faveur de « Beyrouth Madinati », qui bénéficiait d'un soutien appuyé à Beyrouth I (Achrafieh, Rmeil et Saïfi), notamment à Achrafieh où elle a raflé, selon les chiffres non définitifs fournis par les responsables de cette liste, les suffrages d'une grande partie des électeurs. Un fait intéressant à signaler : c'est dans les bureaux de vote réservés aux Beyrouthines que les activistes de la société civile auraient obtenu la majorité des voix.

Le vote chiite

Il est tout aussi intéressant de s'arrêter sur le comportement des électeurs chiites. Il est vrai que le Hezbollah avait assuré qu'il n'allait pas mobiliser ses partisans en faveur de telle ou telle autre liste, leur laissant le choix de voter « selon leurs convictions », mais le fait est qu'à Zokak el-Blatt et dans le quartier du port, majoritairement chiites, on a surtout voté pour la liste « Beyrouth Madinati », présidée par Ibrahim Mnaymné. Le vote chiite massif en faveur de « Beyrouth Madinati » ne peut qu'être interprété à un niveau politique, comme un acte dirigé principalement contre Saad Hariri.

(Lire aussi : Les municipales, comment ça marche ? Un guide pratique pour tout comprendre)

Ces trois facteurs, la faiblesse de l'affluence, la sympathie affichée à l'égard de « Beyrouth Madinati » dans Beyrouth I et le vote des chiites a fait que les machines électorales des deux listes se sont gardées de s'aventurer à donner des résultats presque définitifs, mais les premiers scores obtenus donnaient un net avantage à la liste des « Beyrouthins ».

À Beyrouth I, les voix des électeurs aounistes se sont dispersées pour l'élection de moukhtars. Les partisans du vice-président du CPL, Nicolas Sehnaoui, se sont conformés aux listes de la coalition politique alors que Ziad Abs, responsable du régional de Beyrouth, aurait établi sa propre liste, arrachant ainsi des voix à la coalition et laissant éclater au grand jour, par la même occasion, les petites guerres intestines consécutives au changement qui s'est produit à la tête du CPL. Il n'en demeure pas moins que c'est l'ensemble des listes de moukhtars soutenues par « les Beyrouthins » qui a été élu.

(Voir aussi : Municipales 2016 : le scrutin à Beyrouth et dans la Békaa, en images)

Quoi qu'il en soit, même si la principale finalité des municipales se rapporte au développement, à Beyrouth, le scrutin a revêtu un caractère éminemment politique, mettant face à face les forces représentées au pouvoir et la société civile. Celle-ci n'a pas réussi à briser le monopole exercé pendant des années par une même classe politique, il est vrai, mais elle peut se targuer d'avoir enregistré une belle victoire au vu des scores – non définitifs – qu'elle a enregistrés dans certains quartiers où elle aurait obtenu la majorité des voix.

À Zahlé, où la bataille électorale entre trois listes a pris une tournure âpre et a été ponctuée tout au long de la journée d'échanges d'accusations sur l'achat de voix, à l'heure d'aller sous presse, les résultats n'étaient toujours pas annoncés. Selon les informations qui circulaient à l'heure d'aller sous presse, il est possible que la liste des partis chrétiens, présidée par Assaad Zougheib, ait été percée. Là aussi, le vote du Hezbollah qui a décidé de soutenir ses alliés dans chacune des listes rivales, a eu un impact certain.
Dans la région de Baalbeck, on s'attend, sauf surprise de dernière minute, à ce que les listes hezbollahies remportent les municipales.


Lire aussi

La graine est dans Beyrouth, l'édito de Ziyad Makhoul

Pourquoi je suis « bleu », la tribune d'Asma-Maria Andraos

À Beyrouth I, le vote de contestation

À Beyrouth 2 et 3, l'abstention, encore une fois, grand électeur

À Baalbeck-Hermel, « ceux qui ont les armes n'ont pas les votes »

À Zahlé, la bataille tripartite a été féroce

Le président du conseil municipal sortant, devenu un lourd fardeau pour les habitants d'Ersal

 

Voir nos vidéos sur les municipales
Micro-trottoir spécial Municipales 2016 : A Jounieh, les électeurs entre désillusion et indifférence

Micro-trottoir spécial Municipales 2016 : A Zahlé, les électeurs entre espoir et lassitude

Micro-trottoir spécial Municipales 2016 : A Beyrouth, les électeurs entre colère, lassitude et dégoût

Beyrouth Madinati sème ses agora dans la capitale

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

MADINAT IL KOULL... MAIS OU SONT-ILS ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

AVEC LA RELIGION 3AM YEKLOU BA3DON... S,IL N,Y AVAIT PAS QU,EN SERAIT-IL ?

Bery tus

ON NE DEVIENT PAS MOUTON MALGRES SOI !! SOIT ON ACCEPTE SOIT ON REFUSE ...

LE PB N'EST PAS DANS LE CONFESSIONALISME COMME VEUT NOUS LE MONTRER LES ORGANISATIONS CIVILES ..MAIS DANS CHAQUE LIBANAIS ... POUR CHANGER UN ETAT DES CHOSES IL FAUT SE CHANGER D'ABORDS (LA CHARITE BIEN ORDONNER COMMENCE PAR SOIMEME)

C'ETAIT VRAIMENT BETE DE VOTER POUR UNE LISTE CIVILE AVEC DES QUE DES ASPIRATIONS CIVILES QUAND LA MOITIER DE TON PAYS EST SOUS DOMINATION DU FUSILS !!! C'EST LEUR RENDRE UNE FIERE CHANDELLE DE UN, ET DE 2 NOUS AVONS BIEN VUE JUSQU'OU CELA LES A MENER EN EUROPE OU EN OCCIDENT LEUR MANIERES DE SEPARER LE RELIGIEUX ET LE CIVIL ..

LES LIBANAIS SONT AVEUGLE ILS VEULENT COPIER QLQ CHOSE, QUI SOUS NOS YEUX EN CE MEME SE DELETE ELLE MEME ... ALLEZ VIVRE AILLEURS ET REGARDER VRAIMENT LE REEL ET VOUS ALLEZ COMPRENDRE QUE MEME EN EUROPE IL Y A DES GENS QUI VEULENT REVENIR VERS LA RELIGION CAR LA DECADENCE A ATTEINT UN PAROXISME INEGALER ENCORE !!!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

KTIR AKALOU SHOUN FATTOUCHE... DI3ANA... KENET KILLA BANADOURA...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET LES MOUTONS ONT BELE...

Henrik Yowakim

Quoi qu'il en soit, même si la principale finalité des municipales se rapporte au développement, à Beyrouth, le scrutin a revêtu un caractère éminemment politique, mettant face à face les forces représentées au pouvoir et la société civile.

QUAND L'ETAT DEVIENT L'ENNEMI DE LA SOCIETE CIVILE

C'EST QUE L'ON EST PASSEE DE LA SEPARATION BIDON DES POUVOIRSDE KLA DEMOCRATIE LIBANAISE FORMELLE

AU POUVOIR TRANSDENDANT D'UN ETAT PREDATEUR ET PARASITAIRE SE NOURRISSANT DU SANG ET DE LA SUEUER DE SES PROIPRES CITOYENS.

COMME CERTAINS DIEUX DE LA MYHOLOGIE GRECQUE QUI SE NOURRISSAIENT DE LA CHAIR DE LEURS ENFANTS.

Henrik Yowakim

Quoi qu'il en soit, même si la principale finalité des municipales se rapporte au développement, à Beyrouth, le scrutin a revêtu un caractère éminemment politique, mettant face à face les forces représentées au pouvoir et la société civile.

LE GRAND BIENFAIT DE CETTE ELECTION FORMELLE PIPEE C'EST QUELLE A PERMIS DE METTRE EN RELIEF LE VRAI PROBLEME DONT PATIT LE LIBAN

ET QUI EST LE CONFLIT ENTRE L'ETAT CONFISQUEE PAR LES OLIGARCHIES DES COMMUNAUTEES

ET LA SOCIETE CIVILE TRANSFORMEE EN "FERME" A PILLER CONTROLER,TERRORISER,DOMINER,EXPLOITER AD VITAM AETERNAM PAR LES PRETENDUS DEFENSEURS/SAUVEURS ET SURTOUT SEIGNEURS/SAIGNEURS IMPOSTEURS DE CETTE SOCIETE CIVILE QUI RESTE EN FIN DE COMPTE EMINEMMENT CONFESSIONNELLE.

Henrik Yowakim

le fait est qu'à Zokak el-Blatt et dans le quartier du port, majoritairement chiites, on a surtout voté pour la liste « Beyrouth Madinati », présidée par Ibrahim Mnaymné. Le vote chiite massif en faveur de « Beyrouth Madinati » ne peut qu'être interprété à un niveau politique, comme un acte dirigé principalement contre Saad Hariri

QUAND LE FUSIL CHIITE SE BAT CONTRE L'ARGENT SUNNITE LE RESULTAT NE PEUT QUE PROFITER AUX CANDIDATS CHRETIENS LIBRES?

Henrik Yowakim

Beyrouth ne veut absolument pas se départir de cette tradition et qui consiste à bouder les urnes

LA CAUSE DE CETTE AINSI "BOUDERIE" IMPOSEE PEUT TEROUVER SES RACINES DANS:

1 : LE DESIR DE BOYCOTTER COMME ULTIME MECANISME DE DEFENSE CONTRE L'IMPOSITION DE LISTE UNIQUE PAR LES GENS DU POUVOIR CE QUI EXCLUT IPSO FACTO TOUT CHOIX ET CONTRE LAQUELLE IL EST QUASIMENT IMNPOSSIBLE DE LUTTER

2: LA PEUR D'ETRE REPEREE COMME "TRAITRE" OU CAS OU L'ON VOTERAIT CONTRE CETTE LISTE "OFFICIELLE " AVEC TOUTES LES CONSEUQNECES ADMINISTRATIVES ET MEME PHYSIQUES QUE CE VOTE NEGATIF IMPLIQUERAIT DANS CE PAYS DES TRADITIONS CRIMINELLEMENT TRIBALISTES/CONFESSIONALISTES

LA SOLUTION :

1:L'ADOPTION DE LA REPRESENTATION PROPORTIONNELLE POUR LES LISTES EN COMPETITITION

2:LA GARANTIE DE LA LIBERTE EFFECTIVE DE VOTE EN IMPRIMANT LES NOMS ET PHOTOS DE TOUS LES CANDIDATS SUR UNE LISTE UNIQUE

CE QUI PERMETTRAIT A L'ELECTEUR PEUREUX DE FAIRE PASSER EN CONTREBANDE LE CANDIDAT DE SON CHOIX DANS L'ISOLOIR VRAIMENT ET EFFICACEMNT ISOLEE ET ECHAPPANT

AUX REGARDS INQUISITEURS DES VOYOUS /DELATEURS DE LA LISTE DES GENS DU POUVOIR OU DE LA MILICE DEGUISEES EN "MANDOUBS/DELEGUEES".

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Clair, net et précis.
Excellent article !

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Tempête dans la région, crise gouvernementale au Liban

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué