L’édito de Élie FAYAD

Conte de la folie (extra)ordinaire

L’édito
Élie FAYAD | OLJ
01/03/2016

Voilà quelque temps déjà qu'il est devenu de bon ton au Liban de mettre tout le monde dans le même sac dès lors que l'on cherche à déterminer les responsabilités des crises, des problèmes, des impasses, des échecs et des catastrophes que connaît ce pays.

Le bourreau, la victime, l'assassin, le complice, l'acteur principal, le spectateur passif, l'arroseur, l'arrosé, le fou, le sage, le pourfendeur, le pourfendu... tous semblent également coupables aux yeux d'une frange de l'opinion publique non partisane gagnée par la lassitude et la... myopie.

Cela fait près de deux ans que l'on tente d'élire un président de la République. Trente-cinq séances ont été jusqu'ici prévues à cet effet à la Chambre. On a beau observer que ce sont toujours les mêmes qui s'absentent et les mêmes qui se présentent, ils sont de plus en plus nombreux à ne pas savoir qui bloque et qui ne bloque pas... ou en tout cas à faire semblant de ne pas savoir.

Voilà plus de quatre ans que le Liban officiel, du moins en partie, s'efforce par tous les moyens de se distancier de la guerre en Syrie et notamment de son aspect confessionnel. Dans cette perspective, un outil parfait – la déclaration de Baabda – est, dans un premier temps, mis au point et accepté par tout le monde, à une époque où les ingérences dans le conflit syrien à partir du Liban ne sont encore essentiellement que le fait de certains milieux islamistes sunnites. On sait que par la suite, le parrain iranien décrétera qu'il faut faire feu de tout bois pour venir au secours du régime syrien : qu'à cela ne tienne, l'un des signataires de la déclaration de Baabda se dédit, vire de 180 degrés et plonge publiquement dans le bain de sang syrien, foulant aux pieds avec le plus grand mépris cette notion d' « unité nationale » que l'un de ses amis, le locataire actuel du palais Bustros, ressert aujourd'hui à l'intention de ceux d'en face. Cela n'empêche guère de plus en plus de Libanais de se dire que, tout compte fait, pourquoi pas, cette entorse à la politique de distanciation aurait peut-être du bon.

Et à présent, la crise diplomatique libano-saoudienne. Les intérêts les plus évidents du Liban ont beau être sérieusement menacés, ils sont foule à ne voir dans toute cette guerre des axes livrée au-dessus de nos têtes qu'une sorte de concours de belles : « Non, l'Iran est mieux que l'Arabie, moins rétrograde »... Ou bien, dans l'autre sens : « Oui, l'Arabie est plus généreuse, moins agressive que l'Iran. »

Présenter des excuses ? Surtout pas ? S'aplatir? Ne pas s'aplatir ? Faux problème en réalité. Le défi, le vrai, n'est pas libano-saoudien, mais libano-libanais : il s'agit, sur ce dossier comme sur tous les autres, de déterminer comment les politiques sont fixées dans ce pays et qui doit en assumer la responsabilité. Or, du fait que la démocratie est en suspens, puisqu'on l'a remplacée par le « consensus », c'est du côté du rapport de force qu'il faut regarder. Et le rapport de force, au Liban, on sait où il se trouve.

Alors, que faire avec l'étranger ? Quémander de la compréhension ? Oui, mais de la compréhension pour quoi ? Pour les « particularités » du Liban, comme dirait le même locataire du palais Bustros. Et en l'occurrence, la particularité, c'est le Hezbollah.

Il est vrai que les particularités sont une richesse pour le pays du Cèdre... À condition que particularité rime avec normalité.

 

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HADDAD Fouad

Peut être avons nous les hommes d'état que nous méritons...à l'image de tout un peuple qui vendrai père, mère, patrimoine nationale, fierté, ses enfants, son âme...pour des pétrodollars...
Les libanais fuient à l'étranger par milliers et on les remplace par des palestiniens, des syriens, des irakiens...
Petite anecdote, j'habite et travaille dans une ville du sud de la France dont vous n'avez jamais entendue parlé, et depuis 4 ans nous sommes 8 médecins libanais à nous y être installé...nos parents ne nous demandent même plus de rentrer tellement les perspectives d'avenir sont bouchées.

stambouli robert

excellent texte
bravo

Hitti arlette

Fichez la paix au locataire du palais bustros auquel vous faites endosser tous les maux de la planete et rabattez vous plutot sur ceux qui ont accable le pays de mille crises ordurieres ou ceux par qui nous , peuple victime de tous leurs crimes , nous portons le fardeau de plusieurs dizaines de milliards de dollars .

Soeur Yvette

Oui,probles et crises naissent chez nous...une partie en importe les gros et veut les imposer..pauvre LIBAN...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TRES BON ARTICLE ! LES PROBLEMES ET LES CRISES NAISSENT ICI ET NE NOUS SONT PAS EXPORTES... UNE PARTIE BIEN CONNUE EN IMPORTE LES GROS ET VEUT LES IMPOSER AUX AUTRES POUR CAMOUFLER SES ACTIONS ET SES COMPORTEMENTS ABERRANTS ET NON NATIONAUX... POUR NE PAS UTILISER LE VRAI MOT... ET POUR ASSEOIR SA MAINMISE !!!

Sam

La politique de distanciation été mise à mal par l'invasion des réfugiés syriens et les tentatives arabes de les implanter. Comment ignorer le double jeu des puissances sunnites en Syrie , à quelques km de Beyrouth et de Tripoli?
L'Arabie aurait tout intérêt à ne pas lâcher ses alliés au Liban car, quoi qu'on en pense, elle contribuait à faire contrepoids à l'inflence iranienne, avec une scène intérieure bloquée, ou neutralisée.
Cette réaction arabe ressemble à une capitulation, si ce n'est une vengeance.
Il appartient maintenant aux Libannais de s'élever au dessus de cette mêlée pour démontrer au monde la distanciation du Liban officiel, avec une focalisation accrue sur le développement économique du Liban hors subsides étrangers.
Réglons une fois pour toute les problèmes de l'électricité , de l'eau et du téléphone et nous verrons comment notre jeunesse saura prendre le relais, après des aînés exténués par leur combats stériles.

Halim Abou Chacra

Les "particularités" du Liban, de nos jours, c'est l'anomalie d'un Etat super armé dans l'Etat, qui est une branche d'un Etat étranger et qui se fout éperdument du Liban.

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