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Au confluent de tous les délires

 Si l’herbe est plus verte dans le jardin de ton voisin, laisse-le

s’emmerder à la tondre (Fred Allen, humoriste américain)

Ce n’est pas un hasard si le Liban, englué malgré lui dans une guerre aussi meurtrière que dévastatrice, se trouve néanmoins tenu de gérer tout à la fois deux gigantesques chantiers : de redéfinir en profondeur ses rapports avec ses seuls voisins immédiats, le syrien et l’israélien.

Pourquoi donc une telle concomitance ? Parce que tout se tient dans notre turbulente partie du monde, et que c’est particulièrement vrai pour un pays aussi exposé aux tempêtes géopolitiques que le nôtre. Parce que l’idée d’un Moyen-Orient nouveau qui passait il y a peu pour une lubie est en train de prendre forme, modelée à coups de hache dans le golfe Persique comme au Levant. Avec la Syrie – elle aussi nouvelle – qui ne s’est jamais résignée dans le passé à l’émergence d’un Liban indépendant, s’offre une occasion unique de mettre enfin les choses au clair. Cela non plus seulement à l’aide d’arguments historiques, politiques ou autres, mais dans l’intérêt bien compris des deux pays, des deux peuples. C’est cette chance qu’a saisie le Premier ministre Nawaf Salam en se rendant tout récemment à Damas, accompagné d’une délégation ministérielle à caractère essentiellement technique. Il est donc permis d’espérer que l’actuel maître de Damas, l’islamiste repenti Ahmad el-Chareh, a bien trop à faire chez lui pour ajouter à ses préoccupations druzes, alaouites et israéliennes quelque résidu de nostalgies libanaises…


Infiniment plus scabreuse s’avère cependant cette filière israélienne que le Liban se voit acculé à emprunter, le revolver sur la tempe. L’État a beau s’égosiller à rappeler qu’il n’est pour rien dans cette guerre, qu’il ne demande qu’à négocier avec l’occupant, qu’il demeure engagé à s’assurer le monopole des armes, il se heurte à un mur d’obstination relevant clairement de la mauvaise foi. À la veille de la reprise des pourparlers directs à Washington, Benjamin Netanyahu persiste ainsi à exclure tout cessez-le-feu, thème pourtant prioritaire pour Beyrouth. De surcroît, le chef du gouvernement israélien demande l’impossible, quand il dit œuvrer à une distribution des rôles avec l’État libanais en vue de désarmer le Hezbollah. Il sait fort bien pourtant qu’une telle collusion serait politiquement explosive au Liban où la conscience collective est encore sous le choc des violences israéliennes. Pire encore, une aussi problématique coopération sécuritaire ne ferait qu’apporter de l’eau au moulin du Hezbollah, renforçant sa légitimité au sein du noyau dur de sa base plutôt que de l’affaiblir.

Les délires de Netanyahu volant au secours de la rhétorique milicienne – qui nagea elle-même dans la déraison–, il ne manquait plus que ça au surréel tableau ! L’arsenal du Hezbollah est une affaire strictement libanaise, ose encore clamer le chef d’une branche des gardiens de la révolution tirant gloire de son obédience absolue à l’Iran. Ses lieutenants ne sont pas en reste, qui reprochent à l’État son recours à une diplomatie dépourvue de toute force. Ils en oublient bien vite que c’est précisément cette même force, maniée à mauvais escient, qui n’a pas fini d’attirer sur le pays désastre sur désastre.

Comme pour couronner tant d’offenses à la raison, c’est sur l’arbitrage et les garanties promises de Donald Trump que mise surtout le Liban pour s’extraire de l’ornière. C’est vrai qu’il n’a d’autre choix hélas que le très volatil président US. C’est vrai aussi que l’escalade insensée à laquelle se livre Israël sur le terrain ne fait qu’interdire, plus absolument que jamais, toute velléité de l’armée de remettre de l’ordre dans la maison. Mais que fait-on de concret, de visible, au plan domestique, pour gagner à la cause de l’État une communauté chiite actuellement déchirée entre le prix exorbitant des guerres et la crainte de l’ostracisme socio-politique ?

C’est de manque d’imagination et de paresse intellectuelle que fait preuve l’establishment libanais dans sa quasi-totalité. On y pérore, on y pérore à satiété, comptez sur lui pour cela ; mais en ces temps pourtant cruciaux, les députés n’ont d’affaire plus pressante qu’un projet de loi d’amnistie générale. On peut bien sûr s’en réjouir pour les détenus qui, à la grande honte de notre pays, attendaient depuis des années de passer en jugement. Mais le débat juridique a vite fait de tourner à la querelle sectaire, en défense qui des activistes islamistes, qui des trafiquants de drogue, et qui des citoyens réfugiés depuis un quart de siècle en Israël.


Le délire, ça nous connaît bien aussi !

Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

 Si l’herbe est plus verte dans le jardin de ton voisin, laisse-le s’emmerder à la tondre (Fred Allen, humoriste américain)Ce n’est pas un hasard si le Liban, englué malgré lui dans une guerre aussi meurtrière que dévastatrice, se trouve néanmoins tenu de gérer tout à la fois deux gigantesques chantiers : de redéfinir en profondeur ses rapports avec ses seuls voisins immédiats, le syrien et l’israélien. Pourquoi donc une telle concomitance ? Parce que tout se tient dans notre turbulente partie du monde, et que c’est particulièrement vrai pour un pays aussi exposé aux tempêtes géopolitiques que le nôtre. Parce que l’idée d’un Moyen-Orient nouveau qui passait il y a peu pour une lubie est en train de prendre forme, modelée à coups de hache dans le golfe Persique comme au Levant. Avec la Syrie –...