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La paix aux (sur)enchères


Pas davantage que la guerre, la paix ne saurait faire l’unanimité à tous les coups.

Donald Trump a ainsi bien du mal à arracher à l’Iran un accord incomparablement plus contraignant que le traité Obama de 2015, plus précisément une reddition totale de la République islamique sur le dossier du nucléaire. Seul un tel bilan pourrait en effet justifier, aux yeux des partisans comme des adversaires du président US, une coûteuse campagne militaire qui menace d’ailleurs de se prolonger. À Téhéran, c’est au sommet de la hiérarchie du pouvoir que règne visiblement la division, et le président Pezeshkian a dû invoquer un long entretien qu’il a eu avec le guide suprême convalescent pour appeler à l’unité des rangs, indispensable pour la survie du pays.

Jamais deux sans trois (et même quatre !), l’Israélien Netanyahu enrage d’avoir dû souscrire à la consigne américaine de cessez-le-feu avec l’Iran. Il s’en console en réduisant à sinistre farce la trêve avec le Liban, en accumulant les gages sur le terrain pour apaiser la colère de ses détracteurs. Au bas de l’affiche, c’est à un rôle insensé qu’est voué l’infortuné Liban. Cet adjectif vaut d’ailleurs dans ses deux sens, littéral et figuré. Car non contents de s’être laissé dépouiller par des générations de responsables corrompus, les Libanais doivent subir maintenant les inévitables contrecoups des guerres à répétition. Dans ce qui fut la Suisse de l’Orient, plus de la moitié de la population dépend de l’aide humanitaire, selon les statistiques de l’Union européenne. Ces guerres pourtant, l’État ne les a jamais voulues ou même livrées. Il n’empêche qu’il a la charge d’en éliminer les désastreuses séquelles, cela par la seule voie concevable, la négociation, et avec le soutien proclamé de la quasi-totalité de l’éventail politique. Comble de l’absurde, on voit néanmoins les fauteurs de guerres rivaliser d’ardeur avec l’ennemi pour saper la position et la crédibilité diplomatiques du pays.

Entre ces deux rangées de lances également menaçantes, le Liban est donc tenu de s’avancer à pas mesurés, avec autant de prudence que de résolution. De hardiesse aussi le cas échéant, puisqu’il en a fallu pour décliner l’intempestive convocation d’un sommet à trois lancée par l’homme le plus puissant du monde, un homme qui a horreur qu’on lui dise non, pas tout de suite, pas avant des progrès substantiels dans les pourparlers. Appelés à reprendre la semaine prochaine à Washington, ces derniers devraient passer du stade préliminaire à celui du concret, et même du crucial. Conduite cette fois par son chef en titre, l’ancien ambassadeur Simon Karam, la délégation libanaise entend cependant faire d’un cessez-le-feu effectif la clé de tout dialogue constructif sur le fond, exigence qui heurte de front la volonté de Netanyahu de ne discuter que sous feu vif. C’est là que Beyrouth semble fonder de grands espoirs sur un département d’État généralement plus au fait des réalités de la région que la Maison-Blanche. Ainsi voit-on le secrétaire Marco Rubio exclure d’autorité tout risque de litige territorial à notre frontière, tout en recommandant une assistance matérielle accrue au Liban pour lui permettre de résoudre le cas du Hezbollah, seul problème à l’en croire.

Pour conclure, il est aisé de comprendre l’insistance du Liban pour le préalable d’un cessez-le-feu, même si par malheur elle devait se résumer à un baroud d’honneur, un vœu pieux. Car non seulement un retour au calme serait accueilli avec soulagement par la population et plus particulièrement celle, largement chiite, du Sud ; non seulement il apporterait un cinglant démenti à la propagande milicienne, mais il lèverait une grosse part des réserves que nourrit le président de l’Assemblée Nabih Berry, allié du Hezbollah. En revanche – et il faut en être bien conscient –, un cessez-le-feu ôterait à notre pays tout motif de ne pas honorer sa part du contrat en faisant preuve de diligence et d’efficacité au plan intérieur, mission qui était quasiment impossible pour l’armée aussi longtemps que la machine de guerre israélienne s’acharnait sur la milice.

Pour salutaire que soit l’adieu aux armes, la recherche de la paix ne sera sans doute pas une promenade diplomatique.

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com

Pas davantage que la guerre, la paix ne saurait faire l’unanimité à tous les coups. Donald Trump a ainsi bien du mal à arracher à l’Iran un accord incomparablement plus contraignant que le traité Obama de 2015, plus précisément une reddition totale de la République islamique sur le dossier du nucléaire. Seul un tel bilan pourrait en effet justifier, aux yeux des partisans comme des adversaires du président US, une coûteuse campagne militaire qui menace d’ailleurs de se prolonger. À Téhéran, c’est au sommet de la hiérarchie du pouvoir que règne visiblement la division, et le président Pezeshkian a dû invoquer un long entretien qu’il a eu avec le guide suprême convalescent pour appeler à l’unité des rangs, indispensable pour la survie du pays. Jamais deux sans trois (et même quatre !), l’Israélien...