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Culture

(Re)trouver la mémoire collective, grâce à la littérature et à l’art

Entretien express

Signature du livre « Littérature, art et monde contemporain » de Nayla Tamraz, et table ronde à l'USJ ce soir, à 18h30.

18/02/2016

Face à l'amnésie collective de l'État libanais, entreprise depuis 1990, artistes, cinéastes et romanciers se sont donné pour mission de raconter et de réactiver les processus qui permettent de comprendre le passé refoulé, mobilisant pour ce faire les paradigmes du récit et de la mémoire, questionnant même et bouleversant l'usage de ces derniers. « Se proposant comme un espace d'investigation, l'art et la littérature deviennent le lieu d'une historiographie qui permet d'effectuer un travail de mémoire ». Nayla Tamraz, docteure en littérature et en art, enseignant les deux disciplines à la fois et se déplaçant dans les deux sphères, est devenue directrice de ce projet fondateur et édifiant, baptisé Littérature, art et monde contemporain.

Comment écrit-on un pareil ouvrage ?
Au Liban, après la guerre, il y a une scène artistique qui a explosé. Il fallait la suivre et accompagner ce mouvement. Aussi, avec cette émergence de l'art contemporain, il y a des procédés d'écriture et des dispositifs d'exposition qui devaient être créés, car rien ne se pense plus comme avant puisque durant ces quinze années de guerre, nous avons arrêté de réfléchir sur ces questions-là. Ce colloque a été créé comme une première tentative d'état des lieux de la plateforme artistique d'après-guerre. Ayant eu lieu les 16 et 17 mai 2014 à l'USJ avec des participants présélectionnés par un comité scientifique dont je fais partie, une seconde sélection de contributeurs a été effectuée pour rétrécir le champ d'action de ce livre.

Comment le lit-on ?
Ce n'est certainement pas une lecture linéaire. La question s'est posée à moi pour la disposition des textes, car dans cet ouvrage il y a un cheminement de la pensée, mais certes pas contraignant. J'ai commencé par choisir les textes qui abordent l'événement, celui de l'après-guerre. Plus on avance dans la lecture, plus on est dans les détours ou la symbolisation. S'il y a un parcours particulier (on peut suivre la trajectoire qu'on veut d'après le thème ou l'auteur), le livre a aussi un public spécifique.

L'écriture de l'histoire du Liban contemporain n'existe plus, l'art peut-il la remplacer ?
Rien ne peut remplacer l'histoire, mais il y a des relais qui se forment, et c'est là qu'intervient le rôle de l'art et de la littérature, qui ont permis de mettre en place une matière consistante. Ce va-et-vient de l'individuel au collectif permettra donc de construire un certain discours sur ce dernier.

Un certain recul n'était-il pas nécessaire pour cet ouvrage collectif ?
Écrire l'histoire nécessite du recul, un paramètre psychologique et non scientifique. Par ailleurs, et je le répète, cet ouvrage n'a aucune intention de réécrire l'histoire. Il est une plateforme d'expression pour les artistes de disciplines multiples. Je fais partie de ces personnes qui ne pouvaient vivre sans évoquer ce problème existentiel. Il n'y a pas de raison que l'artiste ne s'exprime pas. Il ne s'agit pas de juger, mais de faire un constat sur cette coupure qui s'est produite dans le temps.

Cet ouvrage est-il donc un acte exutoire ?
Étant universitaire, ce travail-là permet ce recul, puisque ce sont des artistes d'après-guerre qui parlent de la guerre. Dans les universités, nous ne travaillons pas à chaud. Et si nous avons entrepris ce projet, c'est parce que nous avons senti que nous pouvions avoir le recul nécessaire pour en parler dans l'enceinte du monde universitaire. De plus, de par notre nature d'universitaire, on ne peut qu'admettre que ce projet engendrera d'autres travaux. Nous sommes en processus continu. La table ronde de ce soir en témoigne. Elle nous permet d'aller au-delà du colloque et du livre même, et d'ouvrir de nouvelles voies de lecture. Et qui sait, de compréhensions autres...

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