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Liban

Présidentielle libanaise : l’éternel retour

08/02/2016

L'éternel retour, la célèbre formule de Nietzsche, a une signification philosophique bien spécifique. L'expression au sens littéral pourrait toutefois parfaitement s'appliquer à la situation politique que connaît le Liban en ce début d'année 2016. Depuis la fin du mandat de l'ancien président Michel Sleiman (25 mai 2014), le Liban connaît la plus longue vacance présidentielle de son histoire. Le pays du Cèdre se cherche désespérément un président de la République, et les 34 séances parlementaires ont toutes échoué faute de quorum nécessaire et d'accord entre les différentes factions politiques du pays. La prochaine session de vote prévue le 8 février 2016 place les Libanais dans l'attente frileuse d'un successeur au général Sleiman.

L'heureux élu est attendu avec une grande impatience, comme si l'élection d'un président à tout prix permettrait de répondre aux défis politiques, économiques et sociaux colossaux auxquels est confronté le pays aujourd'hui, défis aggravés par les conséquences dramatiques du conflit syrien (flux massif de réfugiés représentant aujourd'hui près d'un tiers de la population totale, montée du salafisme sunnite et attaques régulières de Daech et d'al-Nosra aux frontières). Depuis les premières années de l'indépendance du pays (1943), la vie politique libanaise dépend très étroitement des facteurs régionaux. Aujourd'hui, aucune solution politique de compromis ne peut aboutir sans le parrainage de l'Iran – auquel se sont alliés le Hezbollah et le régime syrien de Bachar
el-Assad – ainsi que celui de l'Arabie Saoudite auquel est lié le chef du courant du Futur et leader du 14 Mars Saad Hariri. La rupture des relations diplomatiques entre Riyad et Téhéran le 3 janvier 2016 en raison de l'exécution du leader chiite Nimr par les autorités saoudiennes constitue une difficulté supplémentaire en vue d'une résolution de la question présidentielle libanaise.

Depuis l'indépendance, la présidence de la République au Liban, entendue comme institution de facto réservée à un maronite, a souvent été perçue comme une instance fondamentale de stabilité et de régulation de la vie politique du pays, particulièrement dans des contextes nationaux et régionaux troublés. Depuis 1952, les différentes vacances présidentielles ont souvent correspondu en effet à un regain des tensions internes comme l'illustrent par exemple la dyarchie du pouvoir consécutive à l'expiration du mandat d'Amine Gemayel en 1988, ou encore les violents heurts internes dans les mois qui ont suivi la fin de la présidence d'Émile Lahoud (1997).

(Pour mémoire : La Constitution au Liban : slogans, aliénation ou authenticité ?)

Dans les premières décennies après l'indépendance, les élections des chefs d'État au Liban ont alors lieu généralement dans des conditions légales après réunion et vote des députés au Parlement libanais à Beyrouth. Durant le mandat de Fouad Chéhab (1958-1964), la présidence de la République s'étoffe même considérablement en personnel et en moyens, et tend à reléguer au second plan les cabinets ministériels au point de devenir le lieu central où sont prises les grandes décisions de développement. Au-delà de la présidence comme institution et pilier d'une première République née dès 1926, la fonction présidentielle et son usage après l'indépendance furent toutefois aussi un facteur important d'instabilité. La première vacance présidentielle (4 jours) remonte à l'année 1952 après la démission du président Béchara el-Khoury consécutivement à la « révolution blanche ». Sous le régime de Camille Chamoun (1952-1958), le président de la République est accusé de rompre avec le pacte national (par l'adhésion du Liban à la doctrine Eisenhower en 1957) et de tenter de renouveler son mandat. La fin de la présidence de Charles Hélou (1964-1970) est entachée elle-même par les accusations portant sur la passivité de l'armée libanaise au moment de la destruction par les avions israéliens de la flotte de la Middle East Airlines sur l'aéroport de Beyrouth en 1968 et sur les conditions dans lesquelles a été signé l'accord du Caire (1969) prévoyant l'installation de bases permanentes de l'OLP dans le Fathland. Pendant la guerre « civile » (1975-1990), la présidence de la République au Liban perd une grande partie de son prestige car le dernier Parlement élu en 1972 ne se réunit plus dans les formes légales et les chefs d'État sont élus sous le son des canons syriens (Élias Sarkis en 1976, René Moawad en 1989) ou israéliens (Bachir Gemayel en 1982). Le règne des milices se substitue à celui de l'État et certains chefs d'État eux-mêmes sont chefs de milice (Sleiman Frangié et les Marada, Bachir Gemayel et les Forces libanaises). C'est aussi pendant la guerre que le Liban connaît sa première très grande vacance présidentielle (408 jours) entre la fin du mandat d'Amine Gemayel le 23 septembre 1988 et l'élection de René Moawad le 5 novembre 1989.

Durant les premières années de la IIe République, l'institution présidentielle est encore fragilisée par des chefs d'État adoubés par Damas dont les troupes occupent une partie du Liban jusqu'en 2005. Les présidents Élias Hraoui (1989-1998) et Émile Lahoud (1998-2007) sont en outre régulièrement accusés d'entorses successives à la Constitution ayant permis une prolongation de leurs mandats successifs. Le second pourtant peut se targuer d'une réelle probité et de n'avoir pas cherché délibérément à étendre son mandat. Il a de plus à l'actif de sa présidence deux succès éclatants : le retrait des troupes israéliennes du Sud-Liban (mai 2000) après plus de vingt ans d'occupation et dont le Hezbollah revendique la paternité, mais aussi le retrait des troupes syriennes en avril 2005. Il se montre impuissant toutefois à mettre fin aux attaques israéliennes au Liban pendant la guerre des 33 jours de l'été 2006 qui détruit une bonne partie des infrastructures du pays. Après l'expiration de la prolongation de trois ans du mandat d'Émile Lahoud (23 novembre 2007), le Liban connaît une troisième vacance présidentielle de 184 jours à l'origine d'une crise politique interne qui aboutira à l'élection de Michel Sleiman en mai 2008 suite aux accords de Doha. Ce dernier tentera de rehausser l'image de la fonction présidentielle en refusant toute perspective de prolongation de son mandat, en plaidant pour une neutralité du Liban à l'égard des axes régionaux (déclaration de Baabda de juin 2012). Après avoir cherché à normaliser les relations libano-syriennes, le président Sleiman s'est cependant rapidement trouvé débordé par les conséquences sur le sol libanais du conflit syrien qui a éclaté en 2011. De plus en plus aligné sur les positions du 14 Mars, ses chances de réélection devenaient en outre assez improbables.

Après la guerre civile, l'image du chef de l'État au Liban n'a pas seulement souffert des conditions dans lesquelles les responsables de l'exécutif ont été portés à la tête du pouvoir. L'accord de Taëf de 1989 avait contribué auparavant à diminuer le prestige de la fonction présidentielle et la visibilité de son titulaire en renforçant la place de la présidence du Conseil assumée constamment depuis l'indépendance (hormis deux entorses en 1952 et en 1988) par la communauté sunnite. La décennie qui s'étend des années 1990 jusqu'au tournant des années 2000 a été marquée des phases de reconstruction du Liban bien plus souvent associées à la personnalité flamboyante du Premier ministre Rafic Hariri qu'aux différents chefs d'État qui se sont succédé. Emile Lahoud, précédemment commandant en chef de l'armée libanaise, a pourtant joué un rôle central dans la reconstruction de l'institution militaire aujourd'hui perçue comme un rempart essentiel face aux incursions jihadistes. L'accord de Taëf prévoyait également le désarmement des milices, mais le refus permanent du Hezbollah de désarmer à placé tous les présidents libanais depuis le début des années 1990 dans une position de faiblesse intrinsèque face à une milice chiite qui se pose en rempart de la souveraineté libanaise en concurrence avec l'armée, qui célèbre régulièrement depuis 2006 sa « victoire divine » face à Israël et qui a fait le choix en 2013 du soutien militaire actif à Bachar el-Assad impliqué dans la défense de son territoire face à l'opposition au régime et à l'extension des mouvements jihadistes.

(Repère : Vacance présidentielle au Liban : les précédents)

Face aux défis majeurs que doit affronter le Liban, plusieurs candidats se sont déclarés, parmi lesquels Samir Geagea, Michel Aoun, Sleiman Frangié, mais aussi l'ingénieur Henri Hélou soutenu par Walid Joumblatt, ou encore l'ancien président Amine Gemayel. Les deux candidats libanais actuellement les plus en vue qui briguent le suffrage des députés pour succéder à Michel Sleiman, le général octogénaire Michel Aoun et Sleiman Frangié, tous deux membres de la coalition du 8 Mars proche de la Syrie, se livrent désormais à un combat sans concession pour remporter l'élection présidentielle. Alors que d'aucuns s'emploient à parier sur l'un ou l'autre candidat, il n'est pas certain que cette élection présumée constitue un réel évènement politique et réponde véritablement aux enjeux auxquels le Liban est confronté. Le profil des deux prétendants est à ce titre éclairant. Le premier, Michel Aoun, a d'abord été commandant en chef de l'armée avant d'occuper, en concurrence avec Sélim el-Hoss, le poste de Premier ministre lors de la période de vacance présidentielle qui a suivi la fin de la présidence d'Amine Gemayel en 1988. Il est aussi l'homme de la « guerre de libération » contre l'occupant syrien en 1989 dont la conséquence indirecte et paradoxale fut de consacrer la suprématie syrienne au Liban. Pendant les six mois de cette guerre de libération, Beyrouth n'a jamais connu autant de victimes que depuis le début du conflit en 1975. Après 15 années d'exil en France et un retour au Liban en 2005 dans le sillage du départ des troupes syriennes, le général Aoun, à la tête du Courant patriotique libre, a opéré un revirement politique spectaculaire par son alliance en 2006 avec le Hezbollah (document d'entente) allié de la Syrie. Il n'a pas caché depuis à plusieurs reprises ses ambitions présidentielles. Candidat naturel du parti de Hassan Nasrallah, il a reçu le 18 janvier 2016 le soutien officiel et assez inattendu du chef des Forces libanaises, Samir Geagea. Après la guerre du Liban, Michel Aoun et Samir Geagea avaient chacun fait leur retour sur la scène politique nationale en 2005, le second ayant préalablement purgé une peine de prison. Le soutien affiché du chef des Forces libanaises au désormais ex-chef du Courant patriotique libre a fait voler en éclats la bipolarisation politique traditionnelle au Liban née après l'assassinat de Rafic Hariri (14 février 2005) entre forces du 14 Mars (antisyriennes) auxquelles appartient Samir Geagea et celles du 8 Mars (prosyriennes) auxquelles est affilié Michel Aoun. Ce dernier continue à cristalliser autour de sa personne de nombreuses oppositions parmi lesquelles Saad Hariri, le leader druze Walid Joumblatt ou le président du Parlement Nabih Berry.

Le second candidat en lice, Sleiman Frangié, a été à plusieurs reprises ministre et député de Zghorta (Liban-Nord). Il est issu d'une ancienne famille de notables (zaïms) maronites anciennement implantée au Liban-Nord, liée depuis des années à la famille Assad en Syrie et dont l'illustre aiëul n'est autre que le grand-père éponyme qui a présidé aux destinées du Liban entre 1970 et 1976. Le grand-oncle, Hamid Frangié (1907-1981), fut également l'une des grandes figures politiques du Liban postcolonial. L'actuel Sleiman Frangié est lui-même le fils de l'ancien chef de la milice Marada, Tony Frangié, tragiquement assassiné pendant la guerre civile en juin 1978. Il entretient depuis longtemps des relations étroites avec le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, personnage sans qui aucune élection présidentielle n'est possible au Liban aujourd'hui. Il a noué aussi des relations étroites avec le général Aoun avec qui les relations se sont pourtant nettement dégradées au plus fort des prétentions présidentielles de chacun. Sleiman Frangié reproche en outre à son concurrent d'avoir conclu une alliance avec celui qu'il désigne comme le responsable de l'assassinat de son père. Contre toute attente, la candidature Frangié est le fruit d'une initiative du chef du courant du Futur et leader de la coalition du 14 Mars, Saad Hariri, à la fin du mois de novembre 2015. L'initiative a bénéficié du soutien des pays occidentaux, du Vatican et de l'Arabie saoudite. Le petit-fils de l'ancien président libanais a été perçu comme un candidat possible de compromis entre les forces du 8 Mars et du 14 Mars. Le leader du Hezbollah Hassan Nasrallah considère Michel Aoun comme son « candidat naturel », mais refuse aujourd'hui de trancher entre ses deux alliés.

Dans cette lutte des ego et des ambitions personnelles, les programmes politiques pour reposer de nouvelles fondations au Liban ont été jusqu'à présent les grands absents du débat en vue des échéances présidentielles. Le nouvel accord entre le général Aoun et Samir Geagea ne prévoit tout au plus qu'un soutien au pacte national et une application des accords de Taëf. Les députés pourraient s'apprêter encore à voter pour un homme et non pour des projets. Les institutions de la IIe République sont à bout de souffle, le clientélisme et le confessionnalisme politique gangrènent le système politique libanais depuis l'indépendance et la corruption n'a jamais été aussi élevée. Aucun débat de fond sur le vivre-ensemble et la réforme des institutions n'a jamais été sérieusement abordé par les différents candidats à la présidentielle qui pourraient, quel que soit le vainqueur, chercher à perpétuer le statu quo. Le profil des candidats lui-même est symptomatique d'un système dans lequel la classe politique s'est montrée incapable de se renouveler dans sa composition et dans ses pratiques. La première alternative proposée aujourd'hui est celle du choix d'un général ambitieux fortement impliqué dans une guerre civile passée, soutenu par un ancien chef de milice condamné à 11 ans en prison entre 1994 à 2005 et compromis lui-même pendant la guerre par des crimes de sang. La seconde alternative privilégie des candidats (Sleiman Frangié ou Amine Gemayel) qui perpétuent le nom d'anciennes familles libanaises qui n'ont cessé d'exercer depuis plus d'un demi-siècle des responsabilités politiques. Par sa formation d'ingénieur et son premier poste de député de Baabda-Aley en 2003, Henry Hélou, le candidat du leader druze Walid Joumblatt proche du 14 Mars, est la seule personnalité qui pourrait apparaître comme un homme nouveau, mais sa candidature peine à trouver l'élan nécessaire pour aboutir.

(Lire aussi : Présidentielle : un retour à la case départ, assorti de « bonnes » intentions)

Comment une élection à la présidence pourrait-elle être dans ces conditions considérée comme un évènement politique tant attendu ? Il s'agirait plutôt d'un retour de l'histoire qui est proposé aux Libanais, où resurgissent des hommes incarnant des mémoires douloureuses du passé, qui peinent à trouver une large adhésion au-delà des clivages politiques et qui incarnent souvent des pratiques notabiliaires partisanes à la tête de l'Etat. Le vrai sujet de l'élection présidentielle n'est-il pas plutôt celui du renouvellement des élites politiques et la refondation d'un Liban nouveau ?

Le « mal vient de plus loin », comme disait Phèdre dans la célèbre pièce de Racine. Lors de sa déclaration du 4 août 1970, le président Fouad Chéhab, sollicité par ses partisans nahjistes, avait annoncé qu'il refuserait de briguer un nouveau mandat tant que le problème institutionnel ne serait pas clairement posé. Chéhab avait compris très tôt que le confessionnalisme politique était une formule dépassée dès les années soixante. À l'époque, il fustigeait la classe politique, les « fromagistes » incapables de penser en commun l'avenir du Liban autour d'un projet commun et fédérateur de développement. Il avait pourtant mis en place de véritables conditions pour un renouvellement des élites politico-administratives en misant sur les compétences avant tout, en mettant au premier plan des structures de développement transconfessionnelles. On connaît les résistances et les conservatismes de tout bord qui finirent par venir à bout de ce qui fut probablement entre 1959 et 1964 la seule tentative sérieuse de construire un État moderne au Liban. Le général Chéhab lui-même n'a jamais postulé à la présidence en 1958. Il s'y est résigné sous la pression américano-égyptienne et a même présenté sa démission le 20 juillet 1960, estimant la tâche accomplie, avant finalement de se rétracter sous la pression des députés et de la rue libanaise. Ce sont les mêmes pratiques politiciennes dénoncées à l'époque que l'on retrouve encore aujourd'hui avec autant, voire davantage d'acuité encore, donnant l'image d'un spectacle souvent pathétique. Les mêmes problématiques évoquées il y a près d'un demi-siècle font leur éternel retour. La crise des déchets apparue à l'été 2015 et qui se poursuit encore semble bien avoir illustré l'incurie notoire du gouvernement libanais et son incapacité à apporter des solutions responsables au service de l'intérêt général. L'absence d'un président en place n'en est pas la cause première. Elle a surtout révélé l'état de décomposition avancé d'un système politique qui n'a pas su démontrer sa capacité à rassembler et à répondre aux aspirations de ses citoyens. Elle a mis en lumière la montée en puissance au Liban d'un mouvement civil dont le mot d'ordre adressé à la classe politique « Vous puez! » a révélé une profonde aspiration au changement des pratiques et du personnel politique en place. Les réformateurs libanais authentiques existent bel et bien au Liban, y compris dans la famille Frangié où l'ancien député Samir Frangié, le président du Conseil national du 14 Mars, a plusieurs fois et depuis longtemps plaidé en faveur d'un dépassement des antagonismes entre forces du 8 et du 14 Mars afin de sauver, selon lui, l'existence même d'un Liban menacé par la crise syrienne.

Ces réformateurs développent la thématique du vivre-ensemble, mais sont cependant marginalisés, et leurs candidatures sont le plus souvent bloquées par le poids des appareils politiques partisans qui font émerger avant tout les leaders politiques charismatiques. Comme l'illustre le remarquable essai de Mounir Corm publié en 2012, des voix libanaises éclairées s'élèvent pour réclamer une sortie des institutions de Taëf et l'émergence d'une troisième République renouvelée. Ghassan Tuéni lui-même avait déjà appelé dans un texte célèbre de 2008 à un nouveau pacte national nécessitant de repenser le Liban par une révolution culturelle autour de la notion de citoyenneté. Dans son dernier essai intitulé Le bon gouvernement, l'historien français Pierre Rosanvallon insiste sur l'épuisement général des systèmes démocratiques dans leur relation entre pouvoir exécutif et citoyens, et sur l'écart croissant entre le moment électoral et le moment gouvernemental à l'origine de la défiance des gouvernés à l'égard des gouvernants. Dans le cas libanais ou la démocratie consociative a montré ses limites, le moment électoral consiste le plus souvent en joutes oratoires et autres tactiques politiciennes, alors que les programmes, au fondement même du politique, sont généralement indigents, voire inexistants. Le creusement du fossé entre une partie croissante de la société civile a atteint aujourd'hui un point de non-retour. Si l'armée au Liban et son commandant en chef ont longtemps été considérés comme des recours possibles pour faire apparaître un président de consensus (ce fut le cas de Fouad Chéhab en 1958, d'Émile Lahoud en 1998 et de Michel Sleiman en 2008), cette solution ne semble plus aujourd'hui être sérieusement discutée. Alors que disparaissait il y a peu Fouad Boutros, l'une des dernières grandes personnalités réformatrices du Liban, le pays du Cèdre est de nouveau la proie des duels entre politiciens. Au moment de son élection à la présidence en 1958, le général Chéhab avait opté pour une formule de compromis « ni vainqueur ni vaincu » susceptible de retrouver la concorde nationale après une miniguerre civile. Le 8 février 2016, si un vainqueur se dégage parmi les candidats en lice, ce qui est peu probable d'après les observateurs, il risque bien d'y avoir deux vaincus : le Liban et le peuple libanais lui-même.

Stéphane MALSAGNE
Agrégé et docteur en histoire
Auteur de « Fouad Chéhab, une figure oubliée de l'histoire libanaise », Ifpo-Karthala, 2011.

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NE CHERCHEZ PAS LE MAL LÀ Où IL N'EST PAS !
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CHEZ NOS ABRUTIS ACHETÉS ET VENDUS !
CEUX QUI ONT TRAHI LEUR APPARTENANCE NATIONALE !
TOUS DES TRAÎTRES DE DIFFÉRENTS DEGRÉS !!!

George Sabat

Suite a mon commentairea propos de l'article de Mr.Stephane Malsagne, je vous prierais de corriger l'erreur typographique commise. Le nom de l'auteur est bien Malsagne et non Malsaine tel qu'erronement indique dans l'article. Veuillez m'en excuser.

George Sabat


Vous avez bien dit: "Le 8 février 2016, si un vainqueur se dégage parmi les candidats en lice, ce qui est peu probable d'après les observateurs, il risque bien d'y avoir deux vaincus : le Liban et le peuple libanais lui-même."
Très juste, Mr. Malsaine, mais alors, que faire? C'est ce que vous évitez, prudemment, de suggérer. Et pourtant, c'est ce qui pourrait faire la différence entre la vie et la mort pour notre pays. Une mort lente par décomposition progressive ou rapide par une prise de pouvoir que presque tout le monde attend avec fatalisme, sans en réaliser les véritables conséquences a court, moyen et long terme. Comme l'ont dit chez nous quand on arrive au "bout de son rouleau "Allah yestour" . Que Dieu nous vienne en aide.

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Excellent !

Henrik Yowakim

Si l'armée au Liban et son commandant en chef ont longtemps été considérés comme des recours possibles pour faire apparaître un président de consensus (ce fut le cas de Fouad Chéhab en 1958, d'Émile Lahoud en 1998 et de Michel Sleiman en 2008), cette solution ne semble plus aujourd'hui être sérieusement discutée.

TOUS LES REGNES DE VOS PRESIDENTS/GENERAUX DE "CONSENSUS" SE SONT ACHEVEES DANS TOUS LES CAS PAR DES CONCLUSIONS MINABLEMENT CONSENSUELLES COMME L'ACCORD DU CAIRE DE 1968 SIGNEE PAR UN "GENERAL" FONDATEUR AVEC FOUAD CHEHAB DU 2nd BUREAU ,GENERAL SUREMENENT CON MAIS PAS DU TOUT SENSUEL NOMMEE BOUSTANYY,"ACCORD" QUI ALLAIT TRES VITE DEVENIR LE CREUSET/CATALYSEUR DE LA SANGLANTE GUERRE CIVILE DECLENCHEE EN 1975,

ENSUITE LE COUP D'ETAT DU 7 MAI MARQUANT LE COURONNEMENT DE LA CHEFFERIE PESTILENTIELLE DU "GENERAL" BAASSYRIEN LAHOUSS ,ET QUI ALLAIT COONSACRER LA PRISE/MAIMMISE DU POUVOIR AU LIBAN PAR LA MILICE IRANIENNE DU HIZBOLLAH

ET ENFIN LE DEMANTELEMENT/BLOCAGE/PARALYSIE DES INSTITUTIONS ETATIQUES ACHEVANT LA CARRIERE D'UN AUTRE PRESIDENT "GENERAL" CONSENSUEL PLUS SOUCIEUX DE SES VOITURES DE PRESTIGE QUE DE CONSENSUS POLITIQUE,SURTOUT APRES SON DECRET DE FORMATION DU GOUVERNEMENT DE NON CONSENSUS NATIONAL DE NAJYB MIKATI.

POUR CE QUI EST DU 4eme OU PLUTOT 5eme "GENERAL" CREATEUR/DEMOLISSEUR DE CONSENSUS PATIENTEZ QUELQUE TEMPS.IL ARRIVERA TRES TRES BIENTOT.

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