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Le monde en 2015

Paris donne son nom à un accord planétaire, mais que le chemin est encore long…

Changement climatique
05/01/2016

Paris, Le Bourget, le samedi 12 décembre vers 19h : la salle plénière où se réunissent les délégués de 195 pays explose de joie. Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, président de la COP21, le sommet du changement climatique de l’Onu qui a eu lieu dans la capitale française, vient d’annoncer que l’Accord de Paris a été adopté.

Le moment est historique, ne serait-ce que pour une raison : il s’agit du premier accord qu’approuvent pratiquement tous les pays du monde, dans l’objectif de lutter contre le réchauffement climatique par la diminution des émissions de gaz à effet de serre, principalement le CO2. En d’autres termes, tout le monde est désormais monté dans le train du climat, même les plus récalcitrants comme la Chine, l’Inde ou encore l’Arabie saoudite. Et ce bien que les négociations aient été très ardues, et que les échos des divergences profondes entre pays développés et pays émergents aient filtré vers l’extérieur bien souvent. L’incertitude a, en fait, entouré le sort de l’Accord de Paris jusqu’aux tout derniers instants.

Cela signifie-t-il pour autant que les engagements suffisent pour sauver la Terre des conséquences les plus désastreuses du changement climatique ? Rien n’est moins sûr. De nombreuses voix se sont élevées pour rappeler que Paris, qui a produit un accord contrairement à Copenhague six ans plus tôt, reste une étape, certes très importante, mais qui doit être vue comme faisant partie d’un processus qui s’annonce très long.

Quel est le réel apport de cet Accord de Paris qui a déjà fait couler beaucoup d’encre ? Le texte final fait 31 pages (en français) et entrera en vigueur en 2020. Il a été loué par de nombreuses parties, dont des ONG internationales, des scientifiques et même des milieux d’affaires, pour les objectifs ambitieux qu’il affiche : depuis Copenhague, l’ambition de la communauté internationale était de maintenir la hausse de la température de la Terre à deux degrés par rapport à l’ère préindustrielle (sachant que nous sommes déjà à près d’un degré de plus qu’avant la révolution industrielle et que la trajectoire actuelle de l’économie mondiale nous met sur la voie d’un réchauffement de quatre à six degrés selon les prévisions).

Or, dès le début des négociations à Paris, l’objectif de 1,5 degré de hausse maximale de la température de la Terre a fait son apparition dans les discours et les pronostics. Jusque-là, cet objectif était exclusivement revendiqué par le groupe des pays les plus vulnérables, notamment les nations insulaires qui sont menacées de disparition purement et simplement en raison des risques d’élévation du niveau de la mer. Il est également considéré comme plus sûr que la limite de deux degrés par les scientifiques, puisqu’il augmente les chances d’éviter les pires impacts du réchauffement. Le texte final parlera de « maintenir l’augmentation de la température mondiale bien en dessous de 2 degrés Celsius et de mener des efforts encore plus poussés pour limiter l’augmentation de la température à 1,5 degré Celsius au-dessus des niveaux préindustriels ».

Ce progrès en réjouira beaucoup, mais laissera d’autres sceptiques. En effet, en perspective du sommet de Paris, les pays ont été appelés à soumettre des engagements nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Quelque 180 pays l’ont fait. Or, les calculs effectués d’après ces « contributions nationales » comme on les a appelées, montrent que celles-ci mettent toujours le monde sur une trajectoire de trois degrés. Le texte de l’accord « invite » les pays à effectuer un premier bilan en 2018 et consacre le concept de révision à la hausse des contributions chaque cinq ans, sans préciser vraiment à partir de quelle année. Pour certains, cet engagement n’a pas été exprimé de manière assez forte dans le texte de l’accord.

Autre point d’interrogation majeur : qui va financer les 100 milliards de dollars par an pour la mise en place de l’accord après 2020 ? Sans cet argent, les pays les plus vulnérables ne pourraient ni faire face au fléau ni être en mesure d’effectuer les efforts nécessaires pour réduire leur pollution. L’Accord de Paris consacre, certes, ce chiffre de 100 milliards, décidé à Copenhague, et en fait assumer la principale responsabilité aux pays développés (les pays émergents peuvent participer à titre « volontaire »), mais les engagements des pays restent flous.

L’Accord de Paris est-il un aboutissement ou un début prometteur ? Est-ce qu’il fournit les moyens de l’ambition qu’il a mise sur papier ? Les années prochaines devraient répondre à ces questions. Ce qui est sûr, c’est qu’avec les impacts grandissants des changements climatiques, le monde ne peut se permettre de faire retomber sa vigilance.  

 

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