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Culture - Musique actuelle

Le grand écart risqué de Mashrou’Leila

Le groupe libanais présente ce soir son quatrième opus, « Ibn el-Leil », lors d'un concert à Londres. « L'Orient-Le Jour » a pu découvrir l'album il y a quelques jours, en avant-première. Critique et écoute.

Mashrou’Leila souhaite s’ouvrir à un public plus large, mais sans renier son histoire, son lien avec la langue arabe et ses racines.

Les cinq musiciens rongeaient leur frein depuis plusieurs semaines. Déjà, en août dernier, lors d'un concert à Beyrouth, Mashrou'Leila trépignait d'impatience à l'idée de présenter son quatrième album, deux ans après Raasuk. Enregistré en banlieue parisienne en juin 2015, ce nouvel album possède une sonorité plus pop que ses précédents. Le groupe souhaite ainsi s'ouvrir à un public plus large, mais sans renier son histoire, son lien avec la langue arabe et ses racines libanaises. Le grand écart, sans entraînement, n'est pas d'évident.

La fête de bout en bout
Pour l'aider dans sa démarche, le groupe a été bien accompagné. Le Franco-Libanais Samy Osta, qui a notamment travaillé avec le groupe français La Femme, a produit les douze morceaux avec talent. Il marie à merveille les percussions de Carl Gerges, la voix de Hamed Sinno, les nombreux synthés et le violon d'Haig Papazian, sans amoindrir leurs profondeurs respectives. Fondé en 2008, le groupe continue de critiquer ceux qui suivent aveuglément les dirigeants politiques libanais. Aussi, il aborde des sujets de société auxquels la jeunesse du Moyen-Orient est confrontée, les questionnements autour du genre (avec l'émouvant Kalam) ou encore la lutte LGBT (Tayf). La vie nocturne, la fête et l'alcool parcourent de bout en bout Ibn el-Leil.
Jusqu'à ces dernières semaines, les informations livrées aux fans et aux médias sont arrivées au compte-gouttes. Hors de question de faire exploser la bulle avant l'heure ou que l'album fuite. Afin que la sortie devienne un événement mondial, Mashrou'Leila présente ce samedi soir à Londres, au Barbican Centre, les 12 morceaux de Ibn el-Leil. Un concert qui sera diffusé en direct sur MTV Lebanon à 22 heures (heure libanaise), en partenariat avec le Festival de Beiteddine. L'Orient-Le Jour a pu donc découvrir l'album en exclusivité. Focus sur six des douze chansons.

– Aoede : disco tourmentée
Émouvoir tout en transmettant l'envie de danser, le morceau d'ouverture Aoede donne le ton. Après deux minutes d'introduction instrumentale au crescendo dramatico-héroïque, la frêle voix de Hamed Sinno (qui rappelle celle d'Antony & The Johnsons) appelle à l'aide. « Libère-moi de ce maelström, je suis prisonnier des miroirs », supplie en arabe le leader de Mashrou'Leila. Aoede, comme la splendide disco funk Icarus, mêlent disco inquiétante et orchestration classique grandiloquente. Le quintette suit ainsi les pas du groupe canadien Arcade Fire avec Reflektor qui ouvrait leur dernier album (du même nom) en 2013.

– Djin : tube alcoolisé
Batterie mise en avant, cœurs aigus et couplets entraînants qui n'attendent que l'explosion des refrains électroniques, Djin possède tous les ingrédients pour devenir un tube. Condensée en à peine plus de trois minutes, la chanson dépeint avec poésie une jeunesse qui se réfugie dans les paradis artificiels et la fête afin d'oublier (quelques instants) la dureté de l'époque. « Je noie mes chagrins, j'oublie mon nom et me donne à la nuit »,
répète à tue-tête – et toujours en arabe – Hamed Sinno comme pour conjurer le sort.

 

 

– Maghawir : politico-électro
Avec ses cuivres funestes et sa batterie énergique, Maghawir (qui désigne l'armée libanaise) s'inspire de fusillades qui ont secoué la nuit beyrouthine. Le récit est à lectures multiples : Hamed Sinno critique avec ironie les touristes investissant naïvement la « nightlife » libanaise, d'un côté, et, de l'autre, la violence devenue peu à peu un moyen de prouver sa masculinité. Après trois minutes, la chanson bascule allègrement vers l'électro et rappelle les odyssées sombres de Soulwax ou de WhoMadeWho. Danser, en gardant l'espoir que l'histoire va bien se terminer.

 

 

 

– Tayf : porte-drapeau LGBT
Tayf (fantôme) dresse un état des lieux du regard (encore dur) que la société libanaise pose sur l'homosexualité, à travers les mots de Hamed Sinno. « Ma vie a passé, avec des droits hypothéqués loin de vos sentiments, mon histoire effacée de nos livres comme la revendication t'appartenait », chante le leader de Mashrou'Leila. « Pour l'instant, nous n'avons que les chansons, chante-les avec tes plus grands talons-hauts », Tayf est un superbe et bouleversant porte-drapeau LGBT.

– Falyakon : indie-rétrofuturiste
Après le rythme un peu facile de Bint el-Khandaq, la recette des chansons précédentes finit par lasser. Commençant timidement au piano, l'indie-rock Falyakon est d'autant plus jouissive avec ses sons rétrofuturistes qui rappellent les meilleures chansons du dernier album de The Strokes ou d'Interpol.

– Marrikh : apothéose stratosphérique
Afin de conclure ce quatrième album en beauté, Marrikh vise très haut. Certains diront que Hamed Sinno en fait trop à monter dans les aigus, à la limite de la rupture, presque à gémir. Les autres n'auront simplement pas les mots pour décrire les frissons provoqués par sa voix presque céleste.

Ibn el-Leil est disponible dès aujourd'hui sur iTunes Mena (Moyen-Orient et Afrique du Nord). Lancement officiel de l'album au Liban le 20 décembre au Métropolis-Empire Sofil, avec la présence des membres du groupe et une signature de 18 à 20 heures.


 

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commentaires (1)

Alors la, je peux dire qu'ils sont tres, tres bons. Bravo !

Remy Martin

23 h 40, le 28 novembre 2015

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Commentaires (1)

  • Alors la, je peux dire qu'ils sont tres, tres bons. Bravo !

    Remy Martin

    23 h 40, le 28 novembre 2015

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