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Moyen Orient et Monde - Décryptage

Pourquoi Erdogan a gagné les élections législatives

Grâce à une stratégie nationaliste, le parti au pouvoir a réussi à grignoter les voix de ses adversaires, principalement ceux du Parti de l'action nationaliste (MHP, droite) et du Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde), tous deux en net recul.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan célébrant la victoire de son parti aux élections législatives de dimanche. AFP Photo/Ozan Kose.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a gagné son pari. Cinq mois après avoir perdu la majorité absolue, son parti de la Justice et du Développement (AKP) est sorti grand vainqueur des élections législatives de dimanche en obtenant 49,4 pour cent des voix, soit 9 points de plus qu'aux précédentes élections, et 316 des 550 sièges du Parlement. Ces résultats sont venus contredire les prédictions des analystes, commentateurs et instituts de sondages qui avaient tous estimé que l'AKP n'obtiendrait pas de meilleur score qu'au mois de juin dernier. La surprise a donc été de taille, y compris pour les principaux intéressés puisque « même le Premier ministre turc, Ahmet Davotuglu, estimait, dans ses moments d'euphorie, que son parti allait obtenir au mieux 44 pour cent des voix », rappelle Bayram Balci, chercheur au CNRS et spécialiste de la Turquie.
La stratégie de l'AKP, visant notamment à jouer sur la fibre nationaliste en déclarant « la guerre au terrorisme », a manifestement fonctionné, peut-être même au-delà des espérances de M. Erdogan. La recherche de la stabilité, dans un contexte de tensions internes et de crise régionale, semble être la principale raison de la victoire de l'AKP qui, grâce à son score, n'aura pas besoin de former un gouvernement de coalition. « Les Turcs ont conscience des dérives du président Erdogan, mais ils estiment que l'AKP est plus à même de régler la crise que les autres partis. D'autant plus que, dans l'histoire de la Turquie, il n'y a pas d'exemple de coalition réussie », explique M. Balci.


(Lire aussi : « En Turquie, il y a vraiment des gens atteints du syndrome de Stockholm »)

 

Pas d'alternative crédible
Le parti au pouvoir a réussi à grignoter les voix de ses adversaires, principalement ceux du Parti de l'action nationaliste (MHP, droite) et du Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde), tous deux en net recul. « Des électeurs qui avait laissé tombé l'AKP au mois de juin sont revenus, en particulier les nationalistes », estime Jean Marcou, spécialiste de la Turquie. Selon lui, la victoire du parti de M. Davotuglu tient également au fait que l'opposition n'avait pas de stratégie et n'a pas été capable de proposer une alternative crédible. Autrement dit, c'était soit l'AKP, soit un gouvernement de coalition dont les contours étaient difficilement identifiables.
S'il avait créé la surprise au mois de juin dernier, le HDP a obtenu dimanche un score plus modeste avec 10,75 pour cent des suffrages. Présenté par l'AKP comme la vitrine légale du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), pointé du doigt pour ses responsabilités à chaque nouvel attentat terroriste, le HDP a largement pâti de la reprise des hostilités entre le gouvernement et le PKK. « L'AKP a réussi à récupérer son électorat kurde, porté par un réflexe sécuritaire, à Istanbul, à Ankara, mais aussi dans le nord est et le sud est du pays », dit M. Marcou. Mais le HDP a tout de même réussi à sauver sa présence au sein du Parlement, et à devenir le 3e groupe parlementaire, devant le MHP.
Autre argument qui expliquerait la victoire de l'AKP : « Le sursaut de l'économie turque en 2015, meilleur que prévu », d'après M. Marcou qui ajoute que le parti au pouvoir a pu, grâce à cela, faire un certain nombre de promesses sociales.


(Lire aussi : Face à un Erdogan renforcé, les Européens contraints de jouer les équilibristes)

 

Victoire de Davotuglu
Malgré une très nette victoire, de nombreux défis attendent désormais le président Erdogan. N'ayant pas obtenu la majorité des deux tiers, il ne pourra pas modifier la Constitution à sa guise, à moins de passer par la voie référendaire. « Erdogan a compris que ses rêves de superprésident n'allait pas se réaliser. Il a été beaucoup plus en retrait au sein de cette campagne que durant celle du mois de juin. La victoire de dimanche est avant tout celle de Davotuglu qui a montré qu'il était capable de gagner des élections », analyse M. Balci. La question de la délimitation des pouvoirs entre le président et le Premier ministre risque donc de se poser à nouveau, même si, depuis 2014, M. Erdogan s'est comporté, dans la pratique, comme le véritable maître du pouvoir, considérant M. Davotuglu comme un simple exécutant.
En plus de faire face aux nombreuses critiques contre sa politique de plus en plus autoritaire, M. Erdogan devra essayer de mettre fin à l'extrême polarisation de la société alors qu'il a lui-même contribué à aggraver. Pour M. Marcou, « la question est désormais de savoir comment l'AKP va gérer sa victoire. Est-ce qu'ils vont se montrer téméraires ou vont au contraire faire preuve d'ouverture envers leurs adversaires. Il faudra également voir comment le PKK va interpréter ces élections et maintenir, ou non, le cessez-le-feu ».

 

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commentaires (3)

L'ABRUTISSEMENT MASTODONTO-ÉLÉPHANTINS...

L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

12 h 03, le 03 novembre 2015

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Commentaires (3)

  • L'ABRUTISSEMENT MASTODONTO-ÉLÉPHANTINS...

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    12 h 03, le 03 novembre 2015

  • Pourquoi ? Parce qu'il est, malgré tout son AKP, un "bon élève" d’Atatürk !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    10 h 40, le 03 novembre 2015

  • Ce fiasco est directement imputable au prince Mohammed ben Salmane, qui a revendiqué l’initiative de cette guerre. Ainsi, il affaiblit l’autorité de son père, le roi Salman, et fait gronder la contestation des deux clans exclus du pouvoir, ceux de l’ancien roi Abdallah et du prince Bandar. Logiquement ce conflit devrait aboutir à un partage de leur héritage entre les trois clans et donc à un partage du royaume en trois États.Ce n’est qu’après ces nouveaux conflits que la paix devrait revenir dans la région, sauf dans la partie arabe colonisée par le nouveau Kurdistan, appelée à devenir le nouveau point de fixation des antagonisme régionaux en lieu et place de la Palestine.Mais même écrit, le futur est incertain. Le renversement du rapport de forces entre Washington et Moscou [13] pourrait modifier leur accord. Les rats quittent le navire Alors que les mauvais joueurs annoncent sans sourciller que l’intervention militaire russe en Syrie n’apporte pas les résultats escomptés par Moscou, les jihadistes en fuite se replient en Irak et en Turquie. Le chef d’état-major US, le général Joseph Dunford, a admis, le 27 octobre lors d’une audition au Sénat, que désormais les armes parlaient en faveur de la République arabe syrienne [14]. Tandis que le Commandeur suprême de l’Otan, le général Philip Breedlove, a déclaré, le 30 octobre lors d’une conférence de presse au Pentagone, que c’est une litote de dire que la situation évolue de jour en jour et menace désormais la sécurité de l’Eur

    FRIK-A-FRAK

    09 h 10, le 03 novembre 2015

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