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Moyen Orient et Monde - Turquie

« Heureusement que mon fils est à l’hôpital, sinon il pouvait être un des kamikazes... »

Les activités de l'EI sont de plus en plus nombreuses à Istanbul, Ankara ou Gaziantep, sans la moindre intervention de l'État.

Une manifestation de « femmes pour la paix » a eu lieu samedi sur le site de l’attentat d’Ankara, pour dénoncer les violences commises par les jihadistes. Les autorités turques recherchent 4 suspects, membres de l’EI. Adem Altan/AFP

À quelques jours des élections législatives du 1er novembre en Turquie, et à la suite de trois grands attentats (Diyarbakir le 5 juin, 4 morts, 184 blessés, Suruc le 20 juillet, 34 morts, 51 blessés, et Ankara le 10 octobre, 106 morts, 186 blessés), l'État islamique (EI), principal suspect dans les trois attentats, est sur toutes les lèvres. Dans les cafés, dans les lieux de travail, même dans les foyers, et à voix basse dans les places publiques, on ne parle que de l'EI.
« Trois mille jeunes de Konya (Anatolie centrale) ont rejoint l'EI. Moi j'ai donné à la police la liste de plus de 200 jihadistes, avec leur nom de famille et leurs adresses. Les forces de sécurité n'ont rien fait. Un policier m'a dit que cette histoire de l'EI les dépassait », déclare ainsi Atilla Kart, ancien député local de CHP (parti républicain du peuple, opposition).

Les députés sociaux-démocrates, quelques journalistes d'investigation et des correspondants kurdes révèlent jour après jour des informations sur l'implantation et l'organisation de l'EI en Turquie. Devant le silence des responsables du gouvernement, les parents des jeunes jihadistes partis pour la Syrie fournissent également des renseignements sur les méthodes de recrutement de l'organisation terroriste.
« C'est peut-être bizarre, mais je suis content que mon fils soit tombé malade maintenant, car il a perdu sa santé mentale et il est soigné dans un hôpital psychiatrique d'Adana », dit Mehmet Tevfik Aktulun, père de Yakup, qui avait rejoint l'EI en 2013. Il est allé en Syrie, et puis rentré à Adiyaman (Sud-Est, forteresse de l'EI), il faisait partie du fameux groupe des Dokumacilar et son nom était sur la liste des kamikazes. « Oui, heureusement que mon fils est à l'hôpital, sinon il pouvait être un des kamikazes d'Ankara », poursuit son père. « Le 12 août 2013, il a été interrogé par le parquet, mais il a été relâché », ajoute-t-il.


(Lire aussi : À une semaine des législatives, le parti d'Erdogan en campagne frénétique)

 

Comment le tigre choisit sa proie...
Le coprésident du HDP (Parti démocratique des peuples, 80 députés sur 550, kurdes et de gauche) Selahaddin Demirtas estime pour sa part que l'EI « a de très bonnes connexions en Turquie. Il y a une structure qui protège cette organisation. S'il n'y a pas d'intervention contre la police et le pouvoir judiciaire, toutes les relations seront dévoilées ».
Le parquet d'Ankara avait annoncé samedi dernier que dans cinq dépôts et maisons loués par des proches de l'EI à Gaziantep, plusieurs dizaines de kilogrammes de plastic, de billes en fer, de vis d'écrou, de cortex, de TNT ont été trouvés à côté de milliers de balles de fusil AK-47, des grenades et 10 gilets de kamikaze.

Mehmet Seker, député CHP de Gaziantep, a fait un rapport sur les activités de l'EI dans sa ville : « Il y a plus de 20 maisons de l'EI à Gaziantep. Notre ville est devenue malheureusement le centre de logistique du groupe jihadiste. Des armes, des médicaments, des produits alimentaires sont envoyés à l'EI à partir de Gaziantep. L'EI vend illégalement du pétrole ici. Pire encore, la Turquie exporte des jihadistes à partir de Gaziantep. Nous avons 911 km de frontière commune avec la Syrie. Et plus de cinq mille militants sont passé par ici. Le gouvernement est au courant de tout, mais les laisse agir. Car l'EI lutte contre Assad et les Kurdes. De ce fait, les citoyens de Gaziantep n'ont plus de confiance dans l'État. İls viennent chez nous pour dénoncer les personnes et les activités en rapport avec l'EI. Ils disent qu'ils n'osent pas aller déposer des plaintes officielles au commissariat de police, car les jihadistes viendront les tuer. »
« Tu sais, c'est exactement comme dans les documentaires sur les animaux sauvages. Du troupeau, le tigre choisit parmi ses proies la toute jeune, la plus petite, la plus faible, ou bien celle qui est malade. C'est ainsi que l'EI travaille sur les jeunes en particulier, les jeunes des régions les plus pauvres comme Adiyaman, ou bien les jeunes des régions les plus conservatrices, les plus religieuses comme Konya », décrit Eren Erdem, journaliste de métier et député du CHP.

Avec son fils de 2 ans
C'est ainsi que la police d'Istanbul, lors de deux descentes dans les quartiers de Pendik et Kayasehir (côté asiatique) le 19 octobre, a arrêté 53 suspects dont 24 enfants de moins de 15 ans. Il s'agit des enfants des familles en provenance d'Ouzbékistan et de Tadjikistan, pour former des jihadistes.
Ramazan Bozkurt, un chef cuisinier de 27 ans de Karaman (Anatolie centrale), a déclaré que sa femme Hulya Tuba, 24 ans, mère de ses deux enfants, avait rejoint l'EI avec son fils de deux ans. « Elle avait été arrêtée par la police qui l'a accusée d'être une kamikaze avant de la relâcher. Elle est maintenant à Raqqa (Syrie, capitale de l'EI) », dit-il.

Les informations les plus détaillées et documentées sur les activités de l'EI en Turquie sont fournies par l'agence d'information kurde ANF, qui publie régulièrement les aveux de jihadistes capturés et emprisonnés par le PYD (Parti de l'Union démocratique, au pouvoir dans les cantons kurdes de Syrie).
Des noms de chefs, de passeurs, d'intermédiaires sont cités ainsi que des adresses à Istanbul et à Gaziantep comme étant des maisons utilisées par l'EI.
Rappelons en outre que l'EI avait organisé deux fois, en 2014 et 2015 à Istanbul, à Omerli, des prières lors des fêtes religieuses avec la participation d'au moins mille personnes. Halis Bayancuk ou bien Abu Hanzala de son nom de code, trois fois arrêté depuis 2008, qui serait le chef suprême de l'EI en Turquie, avait pris la parole lors de ces cérémonies et avait promis « la conquête, inchallah, d'Istanbul ».

 

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À quelques jours des élections législatives du 1er novembre en Turquie, et à la suite de trois grands attentats (Diyarbakir le 5 juin, 4 morts, 184 blessés, Suruc le 20 juillet, 34 morts, 51 blessés, et Ankara le 10 octobre, 106 morts, 186 blessés), l'État islamique (EI), principal suspect dans les trois attentats, est sur toutes les lèvres. Dans les cafés, dans les lieux de travail,...

commentaires (1)

faudrait peut être ,arrêter l'utilisation abusive du terme " kamikaze " qui n'a rien a voir, avec le comportement psychotique des suicidaires religieux... le terme " islamikaze " serait put être plus adapté....

M.V.

10 h 25, le 26 octobre 2015

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Commentaires (1)

  • faudrait peut être ,arrêter l'utilisation abusive du terme " kamikaze " qui n'a rien a voir, avec le comportement psychotique des suicidaires religieux... le terme " islamikaze " serait put être plus adapté....

    M.V.

    10 h 25, le 26 octobre 2015

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