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Culture

« J’ai l’impression d’être né dans un studio et que j’y passerai toute ma vie »

Dans le studio de... Khaled Mouzannar

Fugue (musicale) dans l'antre de l'auteur-compositeur, « astrophysicien des sons », dans un superbe fatras, véritable désordre symphonique où il fait bon s'évader.

09/09/2015

C'est une petite cour intérieure aux plantes en bataille, comme des cheveux fous, qui mène vers l'antre de Khaled Mouzannar. À droite, on devine par l'embrasure de la porte une personne qui réalise le montage d'un film. À gauche, le studio où l'auteur compositeur a pratiquement élu domicile. Dans la vie comme au travail, le cinéma et la musique sont deux mondes indissociables (sic).

Studio ou laboratoire ?
Après avoir en deux temps, trois mouvements – on ne peut s'empêcher de s'immerger dans la musique même dans le langage lexical – fait le tour du studio, on s'installe face à une grande console que l'auteur-compositeur a retapée de ses mains. «Je suis également un ingénieur de son autodidacte», précise-t-il en rigolant.
C'est là que la musique se fabrique, se cuisine. Ce «laboratoire de recherches» est la continuation naturelle de sa maison où, assis sur son piano, le musicien crée des mélodies et les harmonise. «Ici, je travaille les sons, j'enregistre et je fais les orchestrations.» Très souvent seul, il est parfois rejoint par une bande de musiciens devenus amis, rencontrés au cours de ses voyages.
L'espace est intimiste, des rideaux enveloppent fenêtre et lucarnes. Pour l'insonorisation. Et l'artiste de souligner qu'il s'agit là de son troisième studio, tout en se félicitant d'avoir, cette fois, un jardin. «La plupart des studios sont enfouis sous terre. »

 

 

À l'intérieur ou à l'extérieur ?
Alors, silence ou bruit de la rue ? Jour ou nuit ? Quels sont les lieux et les temps qui inspirent ce musicien, en quête incessante d'un son nouveau? «Ni l'un ni l'autre, répond-il sans hésiter. C'est l'empilage du vécu. Ce vécu emmagasiné au fil des années est injecté dans ma musique. Parfois, je compose en deux, trois minutes. Et si on me demande comment cela? Je réponds que cette composition est en moi depuis quarante ans. Il y a un corps qui veut secréter de la musique. Celle-ci est donc l'expression d'un corps qui exulte. Le texte, la littérature (je lis beaucoup) ou les images réveillent en moi des réminiscences. »

Même les bols tibétains...
L'empilage se traduit aussi par le nombre d'instruments de musique qui se côtoient dans deux pièces en toute harmonie. « Je me fais entourer par des dizaines d'instruments glanés de par le monde. Chaque instrument a son timbre propre et je les utilise tous. » Et de préciser: « Mon studio n'est pas un espace muséal. Il est vivant. Il vibre chaque jour de sonorités nouvelles et inédites. Ainsi, la guitare portugaise ne ressemble pas à l'espagnole, tout comme la mandoline brésilienne ne ressemble à l'italienne. Le koto (instrument de musique à codes pincées) qui trône dans le studio a été rapporté lors de mes pérégrinations. Le pipa, sorte de qanun arabe, est un autre instrument que j'ai intégré au concert donné à Shanghai (NDLR: il y a quelques semaines, il y a accompagné l'orchestre national). Ainsi, au lieu de ramener un qanun, je l'ai remplacé par un instrument chinois. C'est ma manière à moi de faire voyager le monde dans ma musique. » Tout en parlant, Khaled Mouzannar désigne des bols tibétains où il a marqué les sonorités différentes afin de faire des gammes.

Ici, tout se mélange, s'harmonise et se crée. Khaled Mouzannar est le maître à bord. Il dirige le processus du début jusqu'à la fin. Méticuleux, à la limite de l'angoissé, l'artiste est dans un éternel questionnement. En quête du son rêvé, il avoue d'ailleurs que lorsque ce dernier est noté puis joué, il n'est plus le même que celui qui était niché dans son esprit.
Que faire alors ? Travailler et toujours travailler, traficoter des machines, les remodeler, trouver encore plus d'instruments et continuer à créer, à composer. Voyager dans la tête autant que physiquement, car l'artiste s'est toujours demandé : la découverte physique est-elle importante ou les mondes imaginaires et sensoriels suffisent-ils? Est-ce l'odeur ou l'idée d'une odeur qui déclenche le souvenir ?

« Depuis le big-bang »
Khaled Mouzannar est infatigable. De retour de son voyage en Chine, il enchaîne deux projets: un album de chansons et la composition de la musique d'une production française sur Oum Kalsoum. L'artiste, qui surfe sur ses compositions personnelles autant que celles de bandes originales de films, avoue que depuis qu'il est devenu papa, des flots d'émotions et de création le submergent. Il a réussi par ailleurs à allier deux mondes: ceux de l'art et de l'astrophysique: «La musique est un univers abstrait alors que les sons sont des entités physiques, des ondes qui existent depuis le big-bang, depuis quinze milliards d'années. J'aime donc à me définir comme un de ces vecteurs qui contribuent à tordre le son pour le présenter de mille manières diverses. »

 

Pour mémoire
« Travelling » musical avec Khaled Mouzannar

Khaled Mouzannar, ou quand le cinéma se fait musique

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