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Liban - Interview

Malaise et embarras officiel face à des revendications « incontestables »

La classe politique libanaise était dans le collimateurs des manifestants, samedi, sur la place des Martyrs, à Beyrouth. AFP PHOTO / STR

Du jamais-vu : une classe politique conspuée et traitée de tous les noms par une foule en colère qui a clairement exprimé son dégoût et son écœurement à son égard ; en lieu et place d'un mea culpa cumulé à un plan d'action pour résoudre ne serait-ce que les dossiers les plus pressants, les responsables applaudissent et soutiennent les revendications. La schizophrénie a été jusqu'à pousser certaines formations politiques présentes au sein de l'hémicycle et de l'exécutif à affirmer que ces revendications sont les leurs, ou mieux encore, qu'elles leur ont été usurpées par les manifestants. Sommes-nous face à un simple déni ou une tentative de récupération politique?

L'Orient-Le Jour a contacté quelques « représentants » de cette classe politique, pour recueillir leurs réactions à l'aide de trois questions.

Comment répondez-vous aux accusations de corruption et d'atrophie adressées aux responsables ?
« Les revendications formulées dans la rue sont on ne peut plus légitimes surtout pour ce qui est de la question de la crise des déchets », affirme le député du courant du Futur, Ammar Houry, qui se dépêche toutefois de préciser que les problèmes dits vitaux sont du ressort de l'exécutif et non du Parlement dont il est membre.
Pour le ministre du Travail, Sejaan Azzi, « on ne saurait généraliser à toute la classe politique les accusations de corruption, même si celle-ci est inhérente à la nature humaine ». Le ministre reconnaît toutefois que la classe politique a échoué, démontrant son incapacité à apporter des solutions depuis des décennies. « C'est la même équipe qui se trouve au pouvoir depuis les années 90. Il est par conséquent normal de réclamer son renouvellement. Sauf qu'au Liban, nous avons un mécanisme pour le faire à travers les élections. Il faut aussi savoir que ceux qui protestent ont eux-mêmes contribué au choix de cette classe politique qu'ils critiquent aujourd'hui », dit-il.
« Personnellement, j'estime que je ne représente pas la classe politique », se défend pour sa part le ministre de l'Information Ramzi Jreige, qui tient à rappeler que cela fait 14 mois seulement qu'il est au gouvernement. Le ministre affirme cependant « comprendre » les demandes formulées dans la rue, notamment celles relatives à la question des déchets, qui, dit-il, « est un dossier qui traîne depuis une dizaine d'années ». Et de critiquer l'absence d'une alternance due notamment à « l'héritage politique enraciné dans la culture du pays et au système confessionnel des partis politiques ».

N'y a-t-il pas contradiction lorsqu'on voit les responsables soutenir un mouvement populaire qui les vise directement ? La classe politique ne se sent-elle donc pas concernée ?
« Non », dit Ammar Houry, dans la mesure où le courant dont il est issu prône lui-même une partie des revendications, telles que l'édification d'une société civile. « Nous sommes tout à fait en faveur de ce projet, qui, d'ailleurs, est un slogan que le courant du Futur brandit depuis un certain temps. Mais il faut savoir que, pour parvenir à cet objectif, c'est tout un chantier politique qu'il faut mettre en place, et cela prendra du temps et des efforts monstres », ajoute-t-il. Il reste convaincu que l'édification d'un État civil est le meilleur prélude à un règlement de tous les problèmes.
« Je ne me sens aucunement concerné car je suis le fils de la résistance », lance à son tour Sejaan Azzi qui tient à rappeler qu'en tant que membre des Kataëb, il avait été « politiquement exilé et marginalisé ». « Aujourd'hui, j'estime que notre rôle au sein du gouvernement est on ne peut plus constructif », ajoute le ministre. Il ne se prive pas toutefois de critiquer les formations de gauche qui ont pris le devant de la scène, dans une allusion claire à l'ancien ministre du Travail, Charbel Nahas. « Il est honteux de voir surgir aujourd'hui en plein centre de Beyrouth des Marx et des Lénine qui œuvrent pour un retour au totalitarisme », ironise M. Azzi. Et de pointer un autre doigt accusateur en direction des « ambassades occidentales, qui ont financé et soutenu certaines ONG internationales qui sont derrière le mouvement de révolte ».

Quelle issue voyez-vous à cette crise ?
La réponse à cette question est unanime : l'élection présidentielle est le seul moyen de ressusciter la dynamique institutionnelle puisqu'elle doit préluder à la naissance d'un nouveau Parlement après l'adoption d'une loi électorale plus représentative, en l'occurrence sur base de la proportionnelle. Pour Ammar Houry, la société civile ferait mieux de venir manifester mercredi prochain, date de la tenue d'une séance parlementaire, pour faire pression en vue de l'élection d'un chef de l'État.
Pour Sejaan Azzi, « la sécurité est la priorité ». « Sans elle, il n'y aura aucun changement », assure le ministre du Travail qui affirme craindre de voir le Liban devenir une nouvelle Libye ou un nouveau Yémen. Le ministre va plus loin et se demande si les revendications de changement de la classe politique ne sont pas destinées « aux seuls chrétiens ». « Qui pourra déraciner la classe politique au Liban-Sud, dans le Chouf, le Akkar ou la Békaa ? » s'interroge le ministre.
Craignant lui aussi une déferlante terroriste qui viendrait écumer la déferlante populaire, le ministre de l'Information Ramzi Jreige suggère au Premier ministre, Tammam Salam, de convier les représentants de la société civile à une discussion constructive.

 

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Du jamais-vu : une classe politique conspuée et traitée de tous les noms par une foule en colère qui a clairement exprimé son dégoût et son écœurement à son égard ; en lieu et place d'un mea culpa cumulé à un plan d'action pour résoudre ne serait-ce que les dossiers les plus pressants, les responsables applaudissent et soutiennent les revendications. La schizophrénie a été...
commentaires (5)

Gébran Bassil appelle à manifester le 4 septembre contre la corruption. (An-Nahar du 31 août). Dans les années 1930, Skandar Riachi dans son journal "As-sahafi el-ta'eh" (Le journaliste errant) avait comparé les prêcheurs de la vertu à Marika Spiridon, la reine des péripatéticiennes de la rue Al-Moutanabbi sise à l'est de la Place-des-Canons, qui donnerait des leçons de virginité aux jeunes filles et de fidélité aux femmes mariées.

Un Libanais

13 h 56, le 31 août 2015

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Commentaires (5)

  • Gébran Bassil appelle à manifester le 4 septembre contre la corruption. (An-Nahar du 31 août). Dans les années 1930, Skandar Riachi dans son journal "As-sahafi el-ta'eh" (Le journaliste errant) avait comparé les prêcheurs de la vertu à Marika Spiridon, la reine des péripatéticiennes de la rue Al-Moutanabbi sise à l'est de la Place-des-Canons, qui donnerait des leçons de virginité aux jeunes filles et de fidélité aux femmes mariées.

    Un Libanais

    13 h 56, le 31 août 2015

  • je ne vois aucune photo de hassan nasrallah sur les pancartes des manifestants....cela veut il dire que ce personnage religieux ne s occupe pas de politique?

    HABIBI FRANCAIS

    11 h 23, le 31 août 2015

  • SI LES ORGANISATEURS ET MANIFESTANTS RÉUSSISSENT A RESTER UNIS DANS LEURS REVENDICATIONS CONTRE TOUS LES POLITICIENS DE TOUS RANGS... SANS EXCEPTION AUCUNE... CAR IL SEMBLE QU'IL MANQUE DANS LA PANCARTE CERTAINS LARRONS... ET ÉVITER LES INFILTRATIONS DES ÉLÉMENTS SUBVERSIFS DANS LEURS RANGS... ALORS ON POURRAIT ESPÉRER QUE LES CHOSES VONT SUR LE BON CHEMIN !!!

    LA LIBRE EXPRESSION

    09 h 08, le 31 août 2015

  • Malaise, embarras et réponses enfantines de ces responsables, du type "ce n'est pas ma faute", "ce n'est pas ma faute" ! Incroyable !

    Halim Abou Chacra

    05 h 27, le 31 août 2015

  • QU'ELLE EST SUPERBE CETTE PENTE CARTE. J'ESPÈRE QUE VOUS N'AVEZ OUBLIÉ PERSONNE DE CES MERCENAIRES.

    Gebran Eid

    04 h 28, le 31 août 2015

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