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François Abi Saab, ce « héros qui s’ignore »

Des moments-clefs issus du fond de la mémoire

M. H. G. | OLJ
07/08/2015

François Abi Saab a été le témoin privilégié, et très souvent un protagoniste discret, d'une partie de l'histoire de la diplomatie française au Liban. Il en garde des souvenirs plein la tête. En voici quelques-uns, qu'il souhaite évoquer :
• Le jour du départ de Yasser Arafat de Beyrouth pour Tunis, en 1982, l'ambassadeur Paul-Marc Henry souhaite se rendre au port. Les Israéliens tentent de bloquer la route afin d'empêcher la voiture de l'ambassadeur de passer. C'était Ariel Sharon qui supervisait l'opération. François Abi Saab doit aussitôt descendre de la voiture pour s'expliquer avec Sharon. Il avait également assisté, le 20 octobre 1974, à la poignée de mains, à la Résidence des Pins, entre le ministre des Affaires étrangères de l'époque, Jean Sauvagnargues, et le chef de l'OLP, Yasser Arafat, jour où, pour la première fois, ce dernier a reçu le titre de « Monsieur le Président ».
• Une image forte, restée gravée dans la mémoire du diplomate est celle de l'ambassadeur Ala, empêché de traverser en voiture le point de passage Barbir-place du Musée et finalement contraint de le faire à pied.
• Au registre des moments inoubliables, François Abi Saab évoque la visite du président François Mitterrand, le 24 octobre 1983, au lendemain de l'attentat du Drakkar contre les paras français. « Je n'oublierai jamais cet air affecté, figé, tétanisé par l'horreur, mais tellement digne, devant les dépouilles », se souvient-il.
• François Abi Saab est un passionné de patrimoine historique, architectural, artistique. Une passion qu'il partage avec Walid Joumblatt, auquel il voue un très grand respect. Il se souvient ainsi comment il a sauvé, en la portant sur son dos, une tapisserie d'Aubusson unique au monde, La Cène du Christ, de la Résidence des Pins, ainsi que la porte d'entrée monumentale en bois sculpté, réalisée en 1916 par Gebran Dimitri Tarazi, qu'il a auparavant fallu démonter, pour les mettre à l'abri à Baabda, au sous-sol.
• L'ancien chef du protocole se souvient du dîner le plus terrible auquel il ait assisté, le 13 octobre 1990 à la nuit tombée, chez l'ambassadeur René Ala à la résidence de France à Mar Takla, en présence des trois généraux Michel Aoun, Issam Abou Jamra et Edgar Maalouf, ainsi que de leurs familles respectives. « Aucun mot, mais aucun mot n'a été dit durant ce dîner. On n'entendait que le bruit des couteaux et des fourchettes. Je n'oublierai jamais cette soirée », dit-il.
• Lorsque Rafic Hariri avait décidé de reboiser la Forêt des Pins, la France avait voulu faire un geste en retour et reboiser la forêt de Beyrouth. La mairie de Paris était intervenue à ce niveau. C'est à cette occasion que François Abi Saab avait rencontré Jacques Chirac pour rappeler la vocation de la France de respecter l'équilibre confessionnel au Liban. La mairie de Paris avait ensuite décidé de traiter la cédraie de Bécharré.
• Lors de l'opération Raisins de la colère en 1996, au cours de la visite du ministre des Affaires étrangères, Hervé de Charette, à l'issue d'une soirée officielle à la résidence à Mar Takla, Rafic Hariri était arrivé lui-même au volant de sa voiture à deux heures du matin. Infatigable, il voulait poursuivre, sans prendre la moindre minute de repos, ses entretiens avec le chef de la diplomatie française qui ont duré plus de trois heures.
• Toujours lors de l'opération israélienne de 1996, François Abi Saab se souvient qu'il avait réussi, après le massacre de Cana, à obtenir une interview de M. de Charette à la CNN, à un moment où Washington tentait de circonscrire l'action diplomatique de la France. Qui plus est, M. Abi Saab avait obtenu l'exclusive de la CNN... à Cana même. Le ministre n'en revient pas. « François est mon sonar et mon radar », lui dit pourtant l'ambassadeur de France, Jean-Pierre Lafon. Au moment de prendre l'hélicoptère pour Cana, une partie du staff diplomatique se presse dans l'appareil pour faire partie du voyage... Mais M. de Charette refuse que l'appareil décolle sans François Abi Saab, auquel il doit le tour de bravoure...
• Au terme d'une visite de Jean-Pierre Lafon à Zghorta, il est question de vendre la chancellerie de Clemenceau. François Abi Saab lui répond que ce serait « de la folie » pour la France de liquider un tel point de chute dans le secteur ouest de la capitale. Aussi avance-t-il la proposition d'un institut à vocation régionale, similaire à ce qu'était autrefois le Crea à Bickfaya, fondé en 1968 pour les diplomates qui souhaitaient devenir arabisants. « Pourquoi ne pas transformer Clemenceau en institut de finances et de management ? » demande-t-il. L'ambassadeur Lafon, ayant un accès direct au président Chirac, avait aussitôt donné son feu vert au projet et était venu le présenter à Beyrouth, avant de l'inaugurer l'année suivante.
• Lorsqu'il était en poste à Paris, en l'an 2000, cheikh Mohammad Mahdi Chamseddine, pour lequel François Abi Saab avait une grande admiration – presque une relation filiale –, l'avait appelé pour lui demander de lui rendre visite. Chamseddine, malade, se trouvait dans la capitale française pour se faire soigner. « Passe chez ton père spirituel, mon fils François », lui avait-il dit. « Un jour, il m'a confié qu'il voulait donner une conférence à Paris qui serait son testament, raconte M. Abi Saab. J'ai contacté René Ala, qui était vice-président de l'Institut du monde arabe à l'époque, et la conférence a eu lieu »... Elle a ensuite servi de base à l'ouvrage-référence publié après la mort du mufti, Mon testament.
• La révolution du Cèdre regorge d'images émouvantes, restées vivaces dans la mémoire de François Abi Saab. Il évoque notamment les retrouvailles entre Jacques Chirac et la famille Hariri, dans la foulée de l'attentat du 14-Février, ainsi que les cérémonies grandioses organisées par Walid Joumblatt pour le départ de René Ala en 1991 et Bernard Émié, à Moukhtara, en 2008.
• François Abi Saab est particulièrement fier de l'une de ses initiatives strictement personnelle, réalisée grâce à Saad Hariri, alors Premier ministre, son directeur de cabinet Nader Hariri et Ziyad Baroud, alors au ministère de l'Intérieur : la rue Jean Ducruet, située entre la rue de Damas et le Lycée français, en hommage à l'ancien recteur de l'USJ, décédé en 2010, et pour lequel il vouait une exceptionnelle admiration et un dévouement sans pareil. « Mais le père Ducruet est mort avant que l'aspect administratif de l'initiative ne soit réglé avec le ministère de l'Intérieur. J'aurais tant aimé lui rendre cet hommage de son vivant », affirme-t-il.

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