François Abi Saab, ce « héros qui s’ignore »

Bernard Émié : La mémoire de l’ambassade

OLJ
07/08/2015

C'est un plaisir pour moi de renouer avec ce pays cher à mon cœur qu'est le Liban pour participer à cet hommage, ô combien justifié, que rend à François Abisaab ce très grand quotidien francophone du Proche-Orient et du Liban qu'est L'Orient-Le Jour.
Après 47 ans d'une carrière brillante au service de la France, dans une tradition d'ailleurs familiale, François Abi Saab va tourner une page essentielle de sa vie. Mais la tournera-t-il jamais et ne restera-t-il pas, quel que soit l'avenir que la vie lui réserve, un grand serviteur de l'État, un grand serviteur de la France, un grand serviteur de l'amitié franco-libanaise ? Mon cher François, beaucoup a déjà été dit sur vos qualités professionnelles, sur votre légendaire efficacité, sur votre capacité à régler les problèmes les plus complexes. Chacun sait que vous avez été pour tous les ambassadeurs que vous avez servis loyalement et parfaitement, quels que furent vos sentiments personnels à leur égard, un collaborateur privilégié, en un mot la mémoire de l'ambassade. Celui qui, grâce à sa connaissance intime des milieux politiques, économiques, culturels, religieux et de la presse de ce pays, peut non seulement faciliter les contacts, ouvrir les portes, régler des crises, désamorcer les mines, mais aussi permettre des avancées conceptuelles sur nombre de sujets et très souvent faire gagner la France. Nous avons vécu ensemble des moments dramatiques, et d'abord le 14 février 2005 avec l'assassinat de l'ancien président du Conseil des ministres, Rafic Hariri, et ces terribles années noires qui se sont ensuivies, émaillées d'assassinat de tant de personnalités, souvent proches de la France. Nous avons vécu ensemble cette guerre cruelle, inutile et absurde de l'été 2006, et vous fûtes alors sur tous les fronts. Vous qui avez vécu la guerre civile au Liban, vous qui savez ce que signifie l'angoisse des bombardements, les incertitudes du lendemain, le choc des bombes. Vous qui avez, dans cette période, été à mes côtés un collaborateur essentiel non seulement pour accueillir des compatriotes remontant du Sud, mais aussi pour organiser notre action diplomatique et médiatique à la demande et sous la direction du président de la République d'alors, Jacques Chirac.
Alors, François, au moment où vous allez tourner cette page, laissez-moi vous dire simplement combien cette confiance, cette complicité, cette fiabilité, ces regards échangés qui suffisaient à me conforter dans les décisions que je devais prendre ont été dans ma carrière des moments exceptionnels. Merci au collaborateur « très rare » que vous avez été. Oserai-je vous préciser aujourd'hui, depuis Alger, après avoir été, après Beyrouth, ambassadeur en Turquie, ambassadeur au Royaume-Uni et maintenant ambassadeur en Algérie, combien je regrette de ne pas avoir trouvé dans mes autres postes un « clone » de François Abi Saab ! C'est tout cela que je voulais dire aux lecteurs de L'Orient-Le Jour. Vous ne soupçonnez pas ce que François Abi Saab a fait pour nos relations, chers lecteurs de cette presse francophone de très grande qualité ! Vous ne soupçonnez pas son abnégation, son équidistance, ses qualités professionnelles ! Vous connaissez sa gentillesse, sa bonne humeur, sa fidélité, sa disponibilité à toujours rendre service, mais il est des parcours qui sont particuliers et dont on ne peut décrire chaque détail, chaque réussite.
Voilà, François Abi Saab fait partie de ceux-là, de ces collaborateurs que l'on croise très rarement dans sa carrière. C'est pour cela aussi que je fus fier, le 8 juin 2007, de lui remettre les insignes de chevalier de la Légion d'honneur que le président Chirac lui avait accordée pour lui exprimer l'estime et la reconnaissance de la République française.
Mon cher François, je vous souhaite tout le meilleur, ainsi qu'à Gaby, pour les nouvelles aventures qui s'ouvrent devant vous. Je pense très fort à vous, et très souvent, comme je consulte d'ailleurs souvent le site Internet de L'Orient-Le Jour. Sachez que le Liban, dans ma carrière et dans ma vie, grâce à des personnalités exceptionnelles comme François Abi Saab, restera présent dans mon cœur comme dans celui de mon épouse Isabelle qui se joint à moi dans cet hommage à notre cher François Abi Saab.

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