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L'EI engrange des victoires dans une Syrie de plus en plus fragmentée

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"Entre l'Irak et la Syrie, le groupe jihadiste s'est emparé de près de 300.000 km2 de territoire", selon le géographe Fabrice Balanche.

OLJ/AFP
01/06/2015

Les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) ont élargi leur "califat" autoproclamé en repoussant les forces gouvernementales dans le centre de la Syrie et en avançant au détriment des rebelles dans le nord, fragmentant encore davantage le pays.

L'EI a en particulier étendu son contrôle près de la frontière turque, dans la province d'Alep (nord). Il y a capturé le village de Suran dimanche, à l'issue de trois jours de combats ayant fait 45 morts parmi les rebelles et 30 dans les rangs des jihadistes, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).
Les jihadistes se trouvent à une dizaine de kilomètres de la frontière turque et s'approchent de la ville de Marea, située sur une route menant à la Turquie et cruciale pour le ravitaillement des rebelles.

Dans le centre de la Syrie, l'EI a capturé samedi un important point de contrôle situé sur un carrefour stratégique au sud de la cité antique de Palmyre, tombée aux mains des jihadistes le 21 mai.
Le barrage et le village proche de Basireh sont situés sur les routes menant à Damas au sud, à Homs à l'ouest et en Irak à l'est.
"La route est désormais ouverte (pour l'EI) de Palmyre à la province d'Al-Anbar en Irak, sans plus aucun obstacle", a indiqué Mohammed Hassan al-Homsi, un militant local.

Dans le nord-est, les jihadistes ne sont plus qu'à deux kilomètres de Hassaké, chef-lieu de la province éponyme. "Un combattant de l'EI s'est fait sauter lundi à un point de contrôle des forces pro-gouvernementales près de Hassaké, faisant au moins neuf morts ainsi que des blessés parmi les forces du régime", selon l'OSDH.

(Lire aussi : « Une zone d'exclusion aérienne signifierait presque la chute du régime de Bachar »)

 

"Une guerre ingagnable"
Avec 6.657 morts, en majorité des soldats et des jihadistes, le mois de mai a été le plus meurtrier depuis le début de l'année, selon l'OSDH. Plus de 220.000 personnes ont péri depuis le début en mars 2011 du conflit, déclenché par la répression d'une contestation qui s'est ensuite militarisée avant que le pays ne plonge dans une guerre civile rendue complexe par l'intervention des jihadistes.


Selon l'OSDH, l'EI contrôle actuellement au moins la moitié du territoire syrien, avec des bastions dans la province septentrionale de Raqqa et le désert oriental.
Selon le géographe français spécialiste de la Syrie, Fabrice Balanche, "entre l'Irak et la Syrie, le groupe s'est emparé de près de 300.000 km2 de territoire", ce qui correspondrait au "11e pays arabe par sa superficie, derrière Oman, sur les 22 que comptent la Ligue arabe".

Une alliance militaire dirigée par le Front al-Nosra, branche locale d'el-Qaëda, domine par ailleurs la province d'Idleb (nord-ouest) après une série de victoires ces dernières semaines. D'autres groupes rebelles disposent de zone de contrôle dans le sud du pays.
Le pouvoir, quant à lui, "veut contrôler le littoral, les deux villes du centre du pays Hama et Homs, et la capitale Damas", selon un homme politique syrien proche du régime.

Le directeur de l'OSDH Rami Abdel Rahmane fait état de "pertes humaines" importantes du côté du régime, qui "en raison d'un manque énorme d'enrôlements" a dû se retirer de certaines positions stratégiques.
"Les forces armées et milices pro-gouvernementales ne souhaitent pas se battre dans des zones où la population civile ne combat pas elle aussi", explique-t-il à l'AFP.
Les soldats souhaitent mener la bataille dans des régions à majorité alaouite (minorité religieuse dont est issu le président Assad) plutôt que dans les zones à majorité sunnite.
Une page Facebook pro-régime qui publie des informations de Lattakié, fief des Assad, a déploré "les milliers de morts et de blessés" dans les provinces côtières, appelant les autres régions à prendre les armes pour alléger la pression sur les minorités.

Ces clivages à travers le territoire de la Syrie rendent "quasiment impossible d'envisager un Etat stable et viable dominé par l'une de ces trois principales forces qui se disputent le pouvoir en Syrie", souligne l'expert Aron Lund qui dirige le site Syria Crisis. Même le "pseudo-califat (de l'EI), n'a réussi que par l'échec de ses adversaires", relève M. Lund, selon qui "une guerre comme celle de la Syrie est ingagnable".

"Ce que vit le pays est une +somalisation+, les fronts sont en feu partout, mais la partition ne rentre pas dans la stratégie de l'armée", affirme de son côté une source militaire à Damas.

La stratégie à adopter face aux avancées de l'EI en Syrie et en Irak sera au centre de la réunion mardi à Paris des pays de la coalition internationale anti-jihadistes.

 

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Bery tus

"Les forces armées et milices pro-gouvernementales ne souhaitent pas se battre dans des zones où la population civile ne combat pas elle aussi", explique-t-il à l'AFP.

qu'est ce que cela veut dire sur le plan politique? ... cela veut dire que les dernieres électionso ou assad a gagner avec 87% des voix je crois n'etait que de la poudre aux yx quand on sait qu'il ne contrôle plus que qlq 20% du pays .. a moins que ces 87% de toute la syrie habites aussi dans ces 20% lool

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

BIZARRE COMMENT RÉGIME AVEC MILICES RELIGIEUSES ET EI S'ÉVITENT ET SE RESPECTENT PARTOUT...

Sabbagha Antoine

Une mort gratuite pour une Syrie qui disparait .

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