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Moyen Orient et Monde

« Une zone d’exclusion aérienne signifierait presque la chute du régime de Bachar »

Trois questions à...

Ziad Majed, politologue et spécialiste de la Syrie.

27/05/2015

En début de semaine, le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a révélé que son pays et les États-Unis s'étaient entendus sur le « principe » d'une protection aérienne qu'ils accorderaient à certaines composantes de la rébellion syrienne, d'après l'agence Reuters. Ce soutien serait censé protéger les rebelles syriens entraînés en Turquie dans le cadre d'un programme américain, a ajouté le diplomate, sans plus de détails. De son côté, Washington s'est contenté d'affirmer qu'il « discute » avec Ankara de moyens efficaces pour lutter contre l'État islamique (EI). De fait, l'entraînement de petits groupes de rebelles syriens a effectivement débuté en territoire turc hier, toujours selon M. Cavusoglu. La Jordanie accueille déjà des groupes similaires depuis un mois, et bientôt ce devrait être au tour du Qatar et de l'Arabie saoudite. Ces formations ont été décidées en février lors d'un accord signé par Washington et ses partenaires, mais des divergences sur leurs modalités ont retardé le début du processus. Quel pourrait donc être ce soutien aérien et qui pourrait en profiter ? Ziad Majed, politologue et spécialiste de la Syrie, répond aux questions de L'Orient-Le Jour.

En quoi consisterait le soutien américain aux rebelles syriens, s'il est décidé ?
Premièrement, Washington n'a pas encore commenté ces informations, et cela en soi est un signe que les propos du diplomate turc pourraient être un moyen de pression, ou un test de la part de la Turquie. Il se peut qu'il y ait déjà des discussions à ce sujet, et que les Turcs souhaitent que cela se sache, d'autant plus qu'Ankara avait déjà soulevé cette question l'été dernier quand les frappes aériennes contre l'EI avaient commencé en Syrie.
Deuxièmement, cela fait partie de la décision prise en février par Washington et Ankara d'entraîner et d'équiper quelques milliers de rebelles syriens en Turquie. Une fois leur apprentissage terminé, ces combattants vont devoir rentrer en Syrie et il faudra alors assurer leur protection.
Troisièmement, si les Américains sont dans cette logique-là, c'est que ces rebelles ont été formés dans le but de combattre l'EI, ce qui est la priorité des États-Unis, et non le régime de Bachar el-Assad, comme le veut la Turquie. Aujourd'hui en Syrie, le danger qui plane au-dessus de l'opposition vient de l'EI, bien plus que du régime. Ce dernier est isolé à Alep, où il n'a plus aucune chance de remporter une bataille quelconque. En revanche, l'EI pourrait progresser du côté de Raqqa, de l'est d'Alep vers l'ouest, vers Idleb. Donc si les rebelles devaient rentrer en territoire syrien et/ou mener des opérations militaires, l'EI pourrait vraisemblablement les attaquer ; dans ce cas, les jihadistes seraient bombardés, comme cela a été le cas à Kobané.

 

( Lire aussi : Des agents turcs impliqués dans des livraisons d'armes en Syrie )

 

Une zone d'exclusion aérienne ou « no-fly zone» avait été écartée jusque-là, car pouvant passer pour une déclaration de guerre au régime Assad. Qu'est-ce qui pourrait avoir changé ?
Le problème ne se pose plus de cette manière. Personne aujourd'hui ne considère que le régime syrien est un paramètre qui est pris en considération. Si, avant, les Américains n'étaient pas dans cette logique-là, c'est qu'ils considéraient justement que ce serait une déclaration de guerre et qu'il faudrait l'assumer. Aujourd'hui, une zone d'exclusion aérienne signifierait presque la chute du régime, c'est un « game changer » : si le régime n'a plus son aviation, il ne contrôlera plus aucune région, mis à part peut-être le littoral. La seule région où il ne pourra être mis en déroute est le Qalamoun, parce que ce n'est pas lui qui combat, mais le Hezbollah et l'Iran. Cette question de « no-fly zone » est en outre bien plus liée aux négociations sur le nucléaire iranien qu'à autre chose. Elle dépend donc de l'évolution des discussions entre Washington et Téhéran, et entre Washington et Moscou

Quelles seraient les composantes de la rébellion syrienne qui pourraient bénéficier de ce soutien aérien ?
Beaucoup de groupes pourraient en bénéficier. Seule la branche syrienne d'el-Qaëda, le Front al-Nosra, est sur la liste américaine des groupes terroristes ; il y avait des hésitations au sujet d'Ahrar el-Cham. En ce qui concerne le reste de la rébellion, il y a encore de nombreuses formations armées. Dans le Sud syrien, l'Armée syrienne libre (ASL) reste très présente, mais sous des noms de brigades différentes, notamment à Deraa et Quneitra. Dans le nord, il y a ce qui reste du Front du Levant (Jabha chamiyya) à Alep. Il y a aussi Ahrar el-Cham, Souqour el-Cham et plusieurs autres formations. Ensuite, il y a ce qui reste de Liwaa el-Tawhid. Il y a donc des groupes qui ont combattu l'EI, qui le combattent encore, l'ayant chassé d'Alep. Aujourd'hui, ils se battent contre le régime.
Tous ces groupes pourraient donc bénéficier d'un pareil soutien, surtout s'il vient d'Ankara, de Doha et de Riyad. Les États-Unis n'auront pas à justifier un tel appui, sauf s'ils sont directement impliqués dans la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne, mais on n'en est pas encore là. De même, tout dépendra également de la manière dont le Front al-Nosra va se repositionner sur la carte politique et militaire syrienne. On mentionne par exemple le fait que son chef, Abou Mohammad el-Joulani, va bientôt faire sa première apparition télévisée, d'autant qu'il y aurait des pressions constantes le poussant à renier son appartenance à la nébuleuse d'el-Qaëda.
Il y a beaucoup d'enjeux qui se précisent, et les choses sont en train d'évoluer assez rapidement sur le terrain. Il y aura bientôt des développements militaires dans la région d'Idleb, vers Ariha et dans d'autres villes, les dernières que contrôle encore le régime dans la région.

 

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Bery tus

MERCI MR MAJED pour ces éclairages, vous le fier disciple de SAMIR KASSIR....

mais il faut dire que le regime est finis et assad avec !!

Pierre Hadjigeorgiou

C'est la débandade totale du régime et de ses amis en Syrie alors que notre fanfaron locale Hassouna clame encore des victoires au Qalamoun. Il vont leur octroyer ces quelques collines (Et ce n'est pas si sur encore) alors qu'ils auront perdu plus de 70% de la Syrie. Il n'y a pas longtemps encore certains, ici même, criaient victoire parce qu'un sous fifre Russe prétendait que le régime détenait 85% du territoire et que bientôt il portera le coup de grâce aux rebelles. Qu'elle grâce! C'est plutôt avec grâce qu'ils ont prit la tapotée du siècle et que notre ours mal léché, Hassouna bey, s'est mis a crier au loup et a menacé x, y et z. Au lieu de s'en prendre a ses concitoyens, il ferait mieux de réviser ses options pour sauver ce qui lui reste dignité a lui comme a sa communauté et surtout au pays.

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Pourquoi seulement "presque" ?

El Asmar Claudia

Une mascarade pas plus. Ils prennent les gens pour des imbéciles. Quel sera l'avenir du Moyen Orient ave l'enrichissement de tous ces groupuscules terroristes??? Adios aux chrétiens qui vivent depuis des milliers d'années dans la région. C'est déjà fait que ça soit en Irak, en Syrie et bientôt au Liban. Leplan de Kissinger se réalise petit à petit.

C.K

Fun ahead!!!!!!

Yves Prevost

Exclusion aérienne pour limiter les victimes civiles et, d'autre part, contrôle de toutes les frontières pour faire cesser les ravitaillements en armes et combattants des deux bords, sont les seuls moyens de mettre fin à cette guerre.

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