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Moyen Orient et Monde

« La chute du régime entraînera celle du Hezbollah », affirme le chef d’al-Nosra

Syrie

Les alaouites ont réalisé que le pouvoir n'est plus en mesure de les défendre ; la bataille finira à Damas, souligne Abou Mohammad al-Joulani.

OLJ
28/05/2015

« La chute du régime de Bachar el-Assad est proche » et celle du Hezbollah suivra, a affirmé hier l'émir du Front al-Nosra, la branche syrienne d'el-Qaëda, Abou Mohammad al-Joulani, dans une interview exclusive accordée à la chaîne satellitaire qatarie al-Jazeera. Le chef d'al-Nosra, qui accorde rarement des interviews, est apparu de dos, le visage dissimulé, lors de l'émission Bila Houdoud, animée par Ahmad Mansour.
« Aujourd'hui, la bataille se déplace vers les régions alaouites, en sécurité relative jusque-là », a assuré M. al-Joulani. Il a ensuite appelé les alaouites, branche du chiisme dont est issu le président Assad, à renier le régime qui a, selon lui, de tout temps commis des « massacres » contre des sunnites. « S'ils désavouent Assad, s'ils ne nous combattent pas et reviennent dans le giron de l'islam, alors on les considérera comme nos frères (...) même s'ils ont tué 1 000 de nos hommes », promet-il, avant d'ajouter que les alaouites « ont pris conscience que le régime ne peut plus les défendre ». « La bataille ne se terminera pas à Qardaha (ville du littoral syrien, près de Lattaquié) mais à Damas. » Et d'expliquer que le Front al-Nosra ne combat que ceux qui le combattent, « même les sunnites », et donc il est en position de défense. Il donne l'exemple des druzes qu'al-Nosra ne combat pas, n'ayant pas été agressés par eux.
Concernant les chrétiens, le chef rebelle a affirmé que selon la charia, « ils jouissent d'un statut spécial dans l'islam ». « On ne les combat pas, mais ils devront payer une dîme » si la charia est appliquée dans des régions où ils vivent.
Interrogé sur la bataille de Jisr al-Choughour, le chef d'al-Nosra a également affirmé que tous les soldats qui s'étaient rendus ont été relâchés et sont rentrés pour rejoindre leurs familles, contrairement à ce qu'affirme le régime syrien dans sa « propagande mensongère ».

 

(Lire aussi : À Jisr el-Choughour, les soldats n'avaient qu'« une seule idée : survivre »)

 

« L'Occident veut Assad au pouvoir »
Par ailleurs, M. al-Joulani a assuré rester indifférent aux critiques de l'Occident, « qui veut maintenir Assad au pouvoir et veut que le pays reste gouverné par une minorité, tout en affirmant le contraire au peuple syrien ». « Nous avons des documents prouvant la coopération des États-Unis avec le régime syrien pour bombarder des régions » tenues par al-Nosra, a d'ailleurs lancé le chef du groupe. Al-Nosra fait face à de nombreux défis et il est en guerre contre la coalition (menée par les États-Unis), le Hezbollah, l'Iran, l'État islamique – qui l'a « attaqué par derrière (dans le Qalamoun) », a-t-il également expliqué sans plus de détails, refusant une solution politique « fabriquée à l'étranger et qui sert les intérêts américains ». À propos du groupe Khorassan, qui serait un groupuscule formé de membres d'el-Qaëda, spécialisé dans les attentats, « seuls les États-Unis en ont parlé ». Certes, certains membres de Khorassan combattent aux côtés d'al-Nosra mais sans plus. Ils ne représentent pas un danger pour la sécurité américaine, d'après le chef rebelle, qui garantit que la Syrie ne servira pas de base d'attaques contre l'Europe ou les États-Unis.


(Lire aussi : « Une zone d'exclusion aérienne signifierait presque la chute du régime de Bachar »)

 

« Pas de financement étranger »
Accusé par ses détracteurs d'être financé par plusieurs pays, dont le Qatar et la Turquie, al-Nosra vit de « richesses prises au régime » et de butins de guerre, réfute également le chef d'al-Nosra, niant être en contact avec des services de renseignements étrangers. Les factions financées par des puissances externes sont à leur merci et combattent au gré de leurs conditions imposées au fil des batailles, explique encore le leader.
Le but ultime du Front al-Nosra « reste la chute du régime et de ses alliés, comme le Hezbollah », a aussi indiqué Abou Mohammad al-Joulani. L'« annihilation » du régime signifie celle du parti de Dieu qui, en voulant aider (Bachar el-) Assad, est entré dans une bataille « inéluctable » mais « perdue d'avance ». Le Hezbollah tente de terroriser « en prétendant que nous menaçons » le pays du Cèdre, mais al-Nosra n'y interviendra pas, a-t-il promis. La fin du régime syrien approche et, à travers elle, celle du Hezbollah qui ne gouvernera jamais le Liban comme il le souhaite ; le parti de Dieu s'effondrera de lui-même du sud à la banlieue, souligne-t-il. « La bataille avec le Hezbollah est inéluctable », conclut le chef d'al-Nosra, appelant les Libanais que le parti chiite s'est mis à dos au fil des années à s'en prendre au Hezbollah et à contribuer à la chute de Bachar el-Assad.

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Très intéressant, cet émir Orthodoxe Sunnite Al-Joûlânî !

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