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Moyen Orient et Monde

À Jisr el-Choughour, les soldats n’avaient qu’« une seule idée : survivre »

syrie
OLJ/AFP/Rim HADDAD
28/05/2015

Blessé au ventre, le soldat Mohammad Assaf a feint la mort pour échapper aux combattants d'el-Qaëda qui ont pris l'hôpital de Jisr el-Choughour en Syrie où il s'était barricadé avec des dizaines de compagnons d'armes. Allongé sur un lit à l'hôpital de Lattaquié, une ville côtière contrôlée par le régime, ce militaire de 28 ans a raconté à l'AFP comment il avait réussi à puiser dans ses dernières forces, après avoir été blessé au ventre et à la cheville par le feu nourri de ses adversaires, pour parcourir les 3 km qui le séparaient d'une zone sûre.
Jisr el-Choughour, une ville de la province d'Idleb, dans le nord-ouest du pays, est tombée le 25 avril aux mains du Front al-Nosra, la branche syrienne d'el-Qaëda, et de ses alliés rebelles, à l'exception de son hôpital. Lors de l'offensive rebelle, un groupe de soldats avaient reçu l'ordre de se regrouper dans cet hôpital pour lancer une contre-attaque et reprendre la ville, mais ils se sont vite retrouvés assiégés. Coupés du reste de la troupe qui s'était retirée plus tôt, plus de 450 soldats et leurs familles ont résisté durant un mois avant de tenter la grande évasion vendredi dernier, jour où l'hôpital a fini par être pris par les rebelles.

Longue marche vers la liberté
« Nous étions en contact avec le commandement militaire qui nous a ordonné d'évacuer les lieux car (...) une opération de dynamitage de l'hôpital était en préparation » par al-Nosra et les autres groupes alliés, explique Mohammad. « L'ordre du repli nous est parvenu vendredi avant 08h00 (05h00 GMT), l'heure fixée pour l'explosion » du bâtiment, poursuit l'homme à la barbe fournie. Quatre groupes se sont formés à la hâte pour mener cette opération, les uns à l'avant protégeaient les soldats qui fuyaient, d'autres évacuaient les civils, un troisième groupe transportait les blessés et un quatrième tirait en couverture pour assurer la fuite de tout le contingent. « J'ai senti que j'allais m'évanouir. Des hommes armés sont venus et ont voulu m'achever. Mais, en fait, ils ont pensé que j'étais mort et sont repartis après avoir pris mon arme, mon portable et mon porte-monnaie », raconte Mohammad. « Il m'a fallu plusieurs heures de marche pour atteindre une zone sécurisée » dans la région d'al-Kafir, à l'ouest de Jisr el-Choughour.
Selon Rami Abdel Rahmane, le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), des dizaines de soldats ont pris la fuite, d'autres ont été tués sur place et à l'extérieur de l'établissement ou ont été capturés par le Front al-Nosra et les rebelles. Les autorités ont indiqué que les soldats avaient pu s'échapper de l'hôpital, « transportant avec eux les blessés ».

« Cauchemar »
La marche vers un endroit sûr a été dure et longue, selon le témoignage d'autres militaires hospitalisés à Lattaquié. « Nous avons marché entre des arbres, traversé des buissons épineux pendant des heures pour rejoindre la zone militaire sécurisée », explique Nawar Badr Saleh, un soldat de 25 ans qui avait été chargé d'évacuer les blessés et qui dit avoir été blessé à la jambe durant la fuite. « Ils tiraient intensément et nous n'avions qu'une seule idée : survivre », ajoute de son côté Mohammad Mohammad, 29 ans. « Nous avons marché des heures empruntant des sentiers caillouteux avant d'atteindre l'Oronte où une unité du régime est venue à notre secours », poursuit-il. Rabih el-Asmar, un autre militaire blessé à la jambe sept jours avant la fuite, affirme que les jihadistes ont « tiré sans distinction sur les militaires et les civils » qui quittaient l'établissement. « Plusieurs d'entre nous sont tombés en martyrs lors du retrait », regrette Rabia, alors qu'une vieille femme à son chevet le regarde avec tendresse. Les récits se répètent et se recoupent. Mohammad Zahrane, 29 ans, évoque un « cauchemar ». « Nous marchions, et je voyais mes compagnons tomber autour de moi, mais il fallait continuer coûte que coûte. J'ai survécu, et quand j'ai appelé ma mère, elle a failli mourir de joie », dit ce soldat, livide, qui parle avec difficulté car il a reçu une balle au poumon.

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