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Liban

Moratinos à « L’Orient-Le Jour » : « Il faut parler avec Bachar »

Diplomatie

L'ancien ministre espagnol des Affaires étrangères plaide à Beyrouth pour une refonte totale des schémas euro-méditerranéens passés.

Élie FAYAD | OLJ
16/04/2015

Miguel Angel Moratinos se défend d'être un proche du président syrien Bachar el-Assad ou même de partager le point de vue de Moscou et de Pékin sur le conflit syrien. En connaisseur des réalités du Proche-Orient, une région qu'il a fréquentée de près durant une bonne partie de sa carrière, l'ancien chef de la diplomatie espagnole préconise néanmoins de rompre avec la politique suivie depuis le début de la crise par les Occidentaux.
En un mot comme en cent, il faudrait, selon lui, reprendre langue avec le régime syrien et aussi reconnaître un rôle à l'Iran en Syrie si l'on entend parvenir un jour à une solution susceptible de mettre fin à cette guerre qui dévaste le pays voisin.
M. Moratinos était interrogé par L'Orient-Le Jour en marge d'un déjeuner-débat organisé dans un grand restaurant de Beyrouth par le Rassemblement des chefs d'entreprise libanais (RDCL) autour du thème « Une nouvelle politique euro-méditerranéenne de voisinage ; atouts et attente du Liban ».
« Aujourd'hui, après quatre ans de guerre et plus de deux cent mille morts, il faut se demander si la situation est meilleure (qu'au début du conflit), si le peuple syrien est content », lance-t-il, induisant du coup la réponse. Concrètement, cela veut dire qu'il « faut parler directement avec tout le monde, y compris avec Bachar el-Assad », souligne-t-il, se disant favorable à la tenue d'un Genève-3 « en présence de l'Iran ». La République islamique avait été écartée des deux précédentes conférences internationales organisées sur les rives du lac Léman autour du problème syrien et qui ont toutes deux échoué.

 

(Pour mémoire : Face à Assad et à l'EI, la diplomatie y va par cinq chemins)


Pour autant, M. Moratinos ne se prononce pas sur l'avenir de Bachar el-Assad. « Je ne suis pas favorable à lui », assure-t-il, soulignant que le sort du président syrien devrait être décidé par les négociations. « Après, on verra ce qu'il adviendra de lui, mais pour le moment, il faut agir, car il n'y a guère de diplomatie sur le terrain », constate celui qui, avant d'occuper les fonctions de ministre des Affaires étrangères (2004 à 2010) de son pays, au sein des gouvernements socialistes de José Luis Zapatero, fut de 1996 à 2003 l'envoyé spécial de l'Union européenne pour le processus de paix israélo-palestinien.
Au passage, M. Moratinos prend acte des récents propos tenus par le secrétaire d'État américain, John Kerry, sur le besoin de discuter avec le régime syrien. Dans un article daté du 30 mars dernier et publié sur son site personnel, il déplorait que cette position américaine, qui reste pour l'instant imprécise, n'ait guère été adoptée plus tôt.

 

(Pour mémoire : Pour De Mistura, Assad est au cœur de la solution ; l'opposition hurle au scandale)

 

« Balayer le passé »
Le diplomate espagnol était convié au déjeuner-débat en sa qualité de président du comité d'orientation politique de l'Ipemed (Institut de prospective économique du monde méditerranéen), un think tank euro-méditerranéen indépendant des pouvoirs politiques, créé en 2006. Fervent défenseur de la construction de la région méditerranéenne dans son ensemble, l'Ipemed se dit convaincu du rôle déterminant de l'économie dans ce domaine. L'une de ses fonctions principales est le brassage des élites méditerranéennes afin de les mettre en réseau, de leur permettre de travailler en confiance à des projets communs et de bâtir des politiques communes.
Dans son intervention, M. Moratinos a appelé à un « renouvellement » de la relation entre l'Europe et les pays méditerranéens, prenant en compte l'impératif majeur que représente la résurgence du défi sécuritaire et opérant une différenciation entre la question du voisinage de l'Europe au Sud et celle de l'Est. Pour cela, le diplomate a préconisé de « balayer le passé », autrement dit de repenser les schémas mis en place successivement, du processus de Barcelone (1995) à l'Union pour la Méditerranée (2007).
Dans cette nouvelle politique à redéfinir, le Liban occupe, selon lui, une place « centrale », notamment par sa position géostratégique et la dynamique économique qu'il est en mesure d'impulser dans le cadre d'opérations triangulaires Europe-Liban-Golfe, et qu'il est nécessaire de soutenir.
Le délégué général de l'Ipemed, Jean-Louis Guigou (époux de l'ancienne ministre socialiste française Élisabeth Guigou), a souligné pour sa part le caractère « stratégique » du Liban aux yeux de cette institution. C'est, selon lui, un pays « dynamique et résilient en dépit de son environnement politico-économique difficile » ; il abrite des dirigeants d'entreprise « ouverts sur la Méditerranée et sur le monde » et des cadres « formés et rompus à la mobilité » ; et il dispose d'une diaspora mondiale et présente dans les espaces qui intéressent fortement l'Ipemed.
La question de « l'environnement difficile » du pays du Cèdre devait être abordée également par le président du RDCL, Fouad Zmokhol, quoique sur un mode plus ironique. « On ne peut pas dire que nous sommes gâtés d'avoir les voisins que nous avons, a-t-il lancé. Voilà pourquoi nous essayerons de nous tourner vers nos voisins méditerranéens un peu plus éloignés. »
Appelant à « plus de cohésion et de responsabilité partagées entre les pays de l'espace méditerranéen », M. Zmokhol a avancé, au nom des chefs d'entreprise libanais, une série de propositions concrètes, au premier rang desquelles figurent la mise en place d'une banque méditerranéenne d'investissement et la création d'un cadre institutionnel commun garantissant la liberté de circulation des biens, des capitaux, des services et des personnes au sein de cet espace.

 

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LA TABLE RONDE

Apres kerrydiot, les deputes francais et europeens, les petits occicons commencent a entendre raison , il n'est jamais trop tard pour bien faire , meme au prix d'un massacre inutile decoulant d'un complot bensaoud/occicon/sioniste malfaisant . Pourquoi nous autres les supporters d'une resistance a toute cette alliance barbare l'avons nous dit le 1er jour du complot , juste après celui de la Lybie ??? On disait jusqu'a s'epoumoner la Syrie n'est pas la Lybie et l'Iran NPR n'est pas l'irak de saddam , quand d'autres nous repondaient Bashar est fini dans 2 semaines il y a plus de 4ans deja !
Il n'est jamais trop tard pour bien faire , arretez de soutenir les bacteries de vos allies bensaouds ,pauvres occicons complices du meutre d'un peuple , a la veille du centenaire du genocide des armeniens par un autre allie qui sert de passe partout a vos banlieusards qui vont vous tomber sur la nuque dans pas longtemps . Bashar contre babayahou et ses 40 voleurs , voila le leitmotiv des resistants , enfoncez vous ca bien dans le crane qui couvre votre cervelle trouee .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL A RAISON. ON NE PEUT EXCLURE PERSONNE DU DIALOGUE POUR METTRE UNE FIN À LA GUERRE QUI ENVENIME LA SYRIE...

yves kerlidou

Ce n'est pas la peine de serrer les fesses quand on a déjà fait dans sa culotte !
Trop tard Messieurs vous deviez intervenir dès le début de la vraie révolution donc ne donnez plus de conseil !
et n'oubliez pas que c'est Assad qui a créé le chaos y compris les milices Islamiques pour détourner la révolution
et vous pensez qu'une solution est possible et lui demandant gentiment de partir? il sait ce qui va lui arriver après, vous rêvez !!

Halim Abou Chacra

Bien sûr qu'"il faut parler avec Bachar", comme dit M Moratinos. Pour lui dire avant tout : petit Hitler, félicitations. Tu as réussi à détruire la Syrie comme le grand Hitler a détruit l'Allemagne.

Bery tus

Mr le ministre vous etes jeunes, ne connaissait certainement pas les réalités sur le terrain, vous vous les faites dire ... negocier quoi avec les Assad? pensez vous vraiment que cela donnera les résultats excomptes? je vous répondrais oui pour max 2 ans puis petit a petit tout doucement comme exactement feu pere assad employais, reprendre d'une main de fer la syrie !!

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