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Au Moyen-Orient, les rivalités politiques radicalisent le discours confessionnel

analyse

Les racines des conflits sont liées à la sécurité, au pouvoir et à l'antagonisme entre deux puissances régionales : l'Iran et l'Arabie.

OLJ/AFP/Sara HUSSEIN
12/04/2015

La rivalité féroce opposant l'Arabie saoudite sunnite à l'Iran chiite a exacerbé les tensions confessionnelles au Moyen-Orient, mais la mésentente entre ces deux poids lourds de la région est avant tout politique, estiment les experts.

Riyad et Téhéran ont souvent appuyé dans les conflits de la région ceux qui partagent leur confession, instrumentalisant le sentiment religieux pour leurs objectifs politiques. Si elle s'avère efficace, cette instrumentalisation prend des proportions dangereuses et difficiles à maîtriser dans un contexte régional divisé selon des lignes sectaires.

Des groupes extrémistes ont vu le jour avec un discours exclusivement religieux, comme le groupe État islamique (EI) qui qualifie sans ambages les chiites et autres minorités d'hérétiques.
Au Yémen, les responsables saoudiens ont placé leur intervention contre les rebelles chiites Houthis sous le mot d'ordre de la lutte du "bien contre le mal". En réponse, l'Iran a accusé Riyad de commettre un "génocide".
Quant au conflit en Syrie, l'Iran soutient le gouvernement, qui qualifie régulièrement de "terroriste" l'opposition, majoritairement sunnite et appuyée notamment par l'Arabie saoudite.

Pourtant, les racines des conflits, soulignent les analystes, sont liées à la sécurité, au pouvoir, à la rivalité entre deux puissances régionales, non pas à un schisme religieux vieux de 1.400 ans à propos de la succession de Mahomet. "Parfois les différentes identités religieuses se mêlent à des disputes d'ordre politique ou économique", explique Jane Kinninmont, chef adjoint du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Chatham House de Londres.


(Lire aussi : Les fous de Riyad et de Téhéran, le billet d'Anthony Samrani)

 

Confessionnel ou géopolitique ?
La rivalité entre Riyad et Téhéran, deux puissances pétrolières aux ambitions régionales, dure depuis de nombreuses décennies avec des hauts et des bas. Elle s'est nettement aggravée avec l'invasion américaine de l'Irak en 2003, qui a brisé le statu quo et fait basculer l'Irak dans la sphère d'influence de l'Iran.

Il peut être aisé de percevoir les conflits régionaux sous le prisme confessionnel : en Syrie, l'Arabie sunnite soutient les rebelles, majoritairement sunnites, tandis que l'Iran et le Hezbollah appuient le régime dominé par les alaouites, un avatar du chiisme. Même chose au Liban, Riyad est allié avec l'ex-Premier ministre sunnite Saad Hariri qui est opposé au Hezbollah chiite. A Bahreïn, la famille royale sunnite est soutenue par l'Arabie, qui soupçonne l'Iran d'inciter la majorité chiite à fomenter des troubles. Au Yémen, pays frontalier de l'Arabie saoudite, Riyad a pris la tête d'une coalition d'États sunnites pour combattre les rebelles Houthis, issus de la communauté zaïdite chiite, proches de l'Iran.

Or, "quand il s'agit de politique régionale, ce qui est présenté et perçu sous le label confessionnel sous-tend en réalité des rivalités géopolitiques", assure Fanar Haddad, chercheur à l'Institut sur le Moyen-Orient à l'Université nationale de Singapour. Il s'agit d'étendre son influence, de protéger ses frontières ou d'assurer des lignes de ravitaillement dans une région instable.

Vitriol
"Souvent, il est présenté comme une évidence que les sunnites et les chiites s'affrontent à cause d'une interprétation différente de l'islam. Mais un regard sur l'histoire et sur les différents pays musulmans montre que ce n'est pas la réalité", relève Jane Kinninmont.

Partager la même confession ne signifie pas que l'on partage les mêmes intérêts. Le Qatar et l’Égypte, par exemple, tous deux sunnites, entretiennent des relations exécrables en raison du soutien de Doha aux Frères musulmans, détestés par Le Caire. Mais ils font partie de la même coalition conduite par l'Arabie au Yémen.
Et si le Qatar et la Turquie soutiennent aussi Riyad dans son opération militaire au Yémen, ils se disputent le contrôle de l'opposition syrienne.

Même si les rivalités sont géopolitiques, elles accroissent dangereusement le sentiment confessionnel.
"Le schisme chiite-sunnite est bien réel", note Frederic Wehrey, un chercheur du Carnegie Endowment for International Peace's Middle East programme. En exploitant ce filon, les acteurs politiques peuvent déclencher une violence difficile à maîtriser comme c'est le cas en Irak, ravagé par des massacres à caractère confessionnel.
"Le vitriol du confessionnalisme donne certainement des arguments à ceux qui font valoir que la +communauté des croyants+ (qu'il s'agisse des chiites ou des sunnites) est la cible d'une menace existentielle et qu'il est nécessaire de la défendre", ajoute M. Wahrey.

 

Lire aussi
Du Yémen à la Syrie jusqu'à la frontière libanaise, un même front pour des enjeux régionaux, le décryptage de Scarlett Haddad

L'Iran avance ses pions au Yémen, mais jusqu'où?

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

POLITICO-RELIGIEUX... ET LA GUERRE SUNNITES/CHIITES S'EXACERBE DE JOUR EN JOUR...

Bery tus

le pb au MO est politico-confessionnel .. pas seulement politique et pas seulement confessionnel, le pb de l'occident c'est que des fois il mesure avec son propre thermomètre ces propre caracteristique ou bareme, qui ne sont pas du tout pareil lorsqu'un arabe evalue qlq chose les thermomètres ou les barèmes ne sont pas du tout les memes. ex kand Obama a qualifier le chimique de ligne rouge et qu'il allait intervenir puis se son degonfler pq? car ils ont mesurer les evenements avec d'autre standard qu'un arabe aurai pris!!!

pour finir je voudrais rapeler a certain que la CIVILISATION EST SORTIE DU MOYEN ORIENT voila presque 10000 ans sans les arabes le monde et en premier les occidentaux serait encore entrain de se decouper a la hache !!!

M.V.

la démo est une cent-millionièmes fois validée, les religions existent ...! bon, pour les dieux c'est autre chose....car depuis la nuit des temps, il a bien fallu que l'homme les inventent pour mieux les vénérer ....mais, ce n'est pas en principe ....une raison pour s'entretuer ....quoique... passé des habitudes de la civilisation de la cueillette à celle de la sédentarisation instruite ca prend du temps........

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET LES GUERRES RELIGIEUSES CONTINUENT...

Halim Abou Chacra

En toute modestie, il me semble qu'en Occident, comme la fusion entre le politique et le religieux est inconcevable depuis presque deux siècles et demi, les analyses tendent naturellement et nettement à donner priorité aux "rivalités géopolitiques" par rapport à celles au "label confessionnel". Au Moyen-Orient, c'est complètement différent. Dans l'islam le politique est foncièrement, absolument indissociable du religieux; les rivalités géopolitiques sont complètement inséparables des rivalités confessionnelles et sectaires. Combien de DAECH faudrait-il pour le montrer et le prouver ? C'est là l'immense, l'incommensurable, l'insurmontable problème dans l'islam. Ce n'est pas "parfois" que "les identités religieuses se mêlent à des disputes d'ordre politique ou économique". Ces "identités religieuses" sont TOUJOURS inséparables des "disputes d'ordre politique ou économique". De telle sorte que le titre de cette analyse pourrait ou même devrait être : Au Moyen-Orient, le discours confessionnel radicalise les rivalités politiques, au lieu de "Au Moyen-Orient, les rivalités politiques radicalisent le discours confessionnel".

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