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À La Une - Terrorisme

L'EI renforce son emprise en Libye sur fond de tensions égypto-qataries

Le groupe jihadiste prend le contrôle de l'Université de Syrte.

Des photos diffusées sur les réseaux sociaux par la branche Libyenne de l'EI, le 18 février 2015, montrent des dizaines de jihadistes cagoulés paradant à bord de pick-up et véhicules tout terrain armés de canons anti-aériens et brandissant les drapeaux noirs du mouvement extrémiste. AFP PHOTO / HO / Welayat Tarablos.

L’Égypte et le Qatar ont étalé leurs désaccords jeudi après des frappes égyptiennes contre le groupe État islamique (EI) en Libye, où l'organisation jihadiste a renforcé son influence en s'emparant de l'Université de Syrte.

Après la décapitation de 21 chrétiens, en grande majorité des Égyptiens, revendiquée dimanche par la branche Libyenne de l'EI, l’Égypte a bombardé mardi des positions jihadistes en Libye et réclamé une intervention militaire internationale dans ce pays plongé dans le chaos et contrôlé par des milices rivales.

Le Qatar a critiqué une "action militaire unilatérale" de l’Égypte qui a agi sans consulter ses partenaires au sein de la Ligue arabe. Le délégué égyptien à la Ligue a répliqué en accusant Doha de soutenir le "terrorisme". En signe de protestation, le Qatar a aussitôt rappelé son ambassadeur au Caire. Et les cinq autres monarchies du Golfe - Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Koweït, Oman et Bahreïn - se sont rangées à ses côtés face aux accusations "infondées" du Caire.

La plupart de ces monarchies avaient pourtant soutenu l'ex-chef de l'armée égyptien et désormais chef d’État Abdel Fattah al-Sissi après la destitution en 2013 du président Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, et avaient accusé le Qatar de soutenir cette confrérie classée "terroriste" en Arabie saoudite et aux Émirats. Mettant fin à des mois de tensions entre les deux pays, le Qatar avait finalement apporté en décembre son soutien à M. Sissi.

 

(Lire aussi: L'Occident réaffirme la nécessité d'une « solution politique » en Libye)

 

Pas de consensus international
Le nouveau différend avec le Qatar illustre l'absence de consensus international sur la Libye, la plupart des pays ne privilégiant pas l'option militaire. Devant le Conseil de sécurité mercredi, le ministre Libyen des Affaires étrangères Mohammed al-Dairi a demandé à l'Onu de lever l'embargo sur les armes imposé à son pays pour "aider" l'armée "à renforcer ses capacités" alors qu'elle peine à lutter contre les milices.

Son homologue égyptien Sameh Choukri a appuyé cette demande, indiquant que le projet de résolution prévoyait une "levée des restrictions" sur les seules armes à destination du gouvernement reconnu par la communauté internationale. Plusieurs membres du Conseil, dont la Russie, sont réticents à lever l'embargo imposé depuis 2011, évoquant le risque de voir des armes tomber entre de mauvaises mains.

 

(Lire aussi: « Je doute de voir le Conseil de sécurité s'accorder sur une intervention militaire » en Libye)

 

Washington, Paris et Londres ont, eux, affirmé leur préférence pour une solution politique. Le représentant de l'ONU en Libye Bernardino Leon a dit "espérer qu'un accord politique pourra être trouvé bientôt" en Libye, un espoir partagé par la Tunisie et l'Algérie.

La Libye est morcelée et sous la coupe de milices rivales. Deux gouvernements s'y disputent le pouvoir : l'un proche des miliciens de Fajr Libya, et l'autre, reconnu par la communauté internationale, siégeant dans l'est du pays. Fajr Libya contrôle Tripoli et une grande partie de l'Ouest libyen. Le principal bastion de la branche Libyenne de l'EI est à Derna, à 1 300 km à l'est de Tripoli. Ce groupe extrémiste sunnite, responsable d'atrocités - viols, rapts, décapitations - sévit aussi en Irak, en Syrie, où il a conquis de vastes régions, et en Égypte.

 

"Horrible mensonge"
Renforçant son emprise en Libye, l'EI a pris le contrôle jeudi de l'université de Syrte (450 km à l'est de Tripoli), qui a suspendu ses cours, selon des témoins. La veille, une soixantaine de véhicules appartenant à l'EI ont paradé à Syrte, ville natale de l'ex-dictateur Mouammar Kadhafi qui y a été capturé puis tué par les rebelles en octobre 2011 après huit mois de révolte. Des photos, signées de la branche Libyenne de l'EI et diffusées sur les réseaux sociaux, montrent des dizaines de jihadistes cagoulés paradant à bord de pick-up et véhicules tout terrain armés de canons anti-aériens et brandissant les drapeaux noirs du mouvement extrémiste. Selon des habitants, des combattants de l'EI ont également pris position devant le centre Ouagadougou, où Kadhafi organisait les sommets africains ou arabes.

Cette démonstration de force intervient après l'envoi par la coalition Fajr Libya d'une force pour "rétablir la sécurité" à Syrte. Mais pour le moment il n'y pas eu de combats entre les deux camps.

Au dernier jour d'un sommet à Washington sur la lutte anti-jihadistes, le président américain Barack Obama a dénoncé comme "un horrible mensonge" l'idée, mise en avant par diverses organisations extrémistes, selon laquelle l'Occident serait en guerre contre l'islam. "Les États-Unis feront plus pour lutter contre les idéologies haineuses", a ajouté M. Obama dont le pays est à la tête d'une large coalition internationale qui mène des raids contre l'EI en Syrie et en Irak.

 

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