Rechercher
Rechercher

Analyse

L’État islamique, une multinationale en pleine expansion ?

En multipliant les fronts, l'EI devient plus imprévisible, moins dépendant de ses ressources en Irak et en Syrie, et donc nettement plus difficile à combattre pour les membres de la coalition.

Une capture d’écran d’une vidéo diffusée par l’État islamique, montrant la décapitation de 21 coptes. HO/al-Hayat Media Centre/AFP

Les frontières de l'État islamique (EI) s'étendent désormais au-delà de l'Irak et de la Syrie. Alors que les membres de la coalition se targuent d'affaiblir sérieusement le mouvement jihadiste du fait de l'intensification de leurs frappes aériennes, il semble au contraire que celui-ci poursuit sa montée en puissance, notamment en se développant sur de nouveaux territoires. Au-delà d'une nouvelle démonstration de violence, la vidéo publiée dimanche par al-Hayat, l'organe de presse de l'EI, montrant la décapitation de 21 coptes, est venue confirmer la présence effective de l'État islamique en Libye. Après l'Irak, la Syrie et le Sinaï, l'EI profite encore d'une région plongée en plein chaos politique et fragmentée par des conflits internes, notamment liés aux enjeux pétroliers, pour exporter son modèle, comme pourrait le faire une grande multinationale. En multipliant les fronts, l'EI devient plus imprévisible, moins dépendant de ses ressources en Irak et en Syrie, et donc nettement plus difficile à combattre pour les membres de la coalition.


En décapitant 21 Égyptiens « l'EI a voulu forcer l'Égypte à ouvrir un deuxième front en Libye, parallèlement à celui du Sinaï », explique Romain Caillet, spécialiste du jihad et de l'État islamique, à L'Orient-Le Jour. Adressée à « l'Église ennemie copte », la vidéo a pour but de « provoquer une tension confessionnelle », selon le chercheur. Interrogé sur le fait que l'EI s'en prend directement à des chrétiens alors qu'en tant que gens du livre, ils sont censés être protégés en échange du paiement de la jizia, M.Caillet rappelle « la haine qui existe entre les coptes et les islamistes en Égypte ». Il estime d'ailleurs « qu'il y a probablement des Égyptiens parmi les bourreaux visibles sur la vidéo ». Comparant le développement de l'EI au Sinaï et en Libye, le chercheur différencie une zone « de guérilla où les bédouins hostiles au pouvoir central se sont ralliés à l'EI, qui doit combattre dans le même temps les forces égyptiennes et israéliennes » et une sorte « de proto-État où les structures de l'EI (tribunaux, codes) commencent à apparaître », et où la prise des puits de pétrole de Syrte permet « de s'appuyer sur une nouvelle ressource ».

 

(Lire aussi : L'Égypte bombarde l'EI en Libye pour venger les coptes décapités)

 

Départ vers la Libye ?
Si l'étau autour du front syro-irakien se resserre, la Libye, aux portes de l'Europe, va-t-elle devenir le nouvel eldorado des jihadistes ? « Dans sa dernière intervention, Abou Bakr al-Baghdadi a notamment reconnu l'allégeance des groupes libyens à l'EI et a appelé les fidèles à rejoindre la wilaya la plus proche. Il reste toutefois plus difficile et plus risqué de rentrer actuellement en Libye qu'en Syrie ou en Irak. Les autorités turques ferment encore les yeux sur le passage des jihadistes vers la Syrie et l'EI contrôle le territoire de l'autre côté de la frontière. Dans le cas libyen, l'EI n'a pas sécurisé la frontière tunisienne, ce qui reste un obstacle pour le recrutement », explique M. Caillet. Mais « s'il s'avère que l'homme s'exprimant sur la vidéo est effectivement un Anglo-Saxon, comme son accent le laisse supposer, cela voudra dire que l'EI a déjà recruté des Occidentaux en Libye », analyse-t-il. Cela dit, dans le référentiel jihadiste, la Libye ne possède pas la même valeur symbolique que l'Irak et surtout la Syrie, selon le chercheur.


Le front libyen, encore en pleine gestation, apparaît comme un moyen d'étendre son influence dans le monde arabe, tout en affaiblissant la capacité d'intervention des forces de la coalition. La Libye pourrait également à terme devenir un territoire de repli dans le cas d'une défaite majeure en Syrie et en Irak. Mais à ce sujet, l'expert rappelle que « l'EI n'a perdu qu'un seul pour cent de son territoire ces six derniers mois ». À l'image d'une toile d'araignée, l'organisation jihadiste accroît son réseau d'alliances, aujourd'hui en Libye, en Égypte, en Arabie saoudite, en Algérie, au Yémen, peut-être demain au Nigeria, au Niger, au Tchad, au Cameroun, ou au... Liban.

 

Lire aussi

« Quand ils voyaient la croix tatouée sur notre poignet, ils nous frappaient et volaient notre argent »

 

 


Les frontières de l'État islamique (EI) s'étendent désormais au-delà de l'Irak et de la Syrie. Alors que les membres de la coalition se targuent d'affaiblir sérieusement le mouvement jihadiste du fait de l'intensification de leurs frappes aériennes, il semble au contraire que celui-ci poursuit sa montée en puissance, notamment en se développant sur de nouveaux territoires. Au-delà...

commentaires (6)

De la même "trempe", que les Takfiristes Per(s)cés fakkihstes.

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

08 h 21, le 18 février 2015

Tous les commentaires

Commentaires (6)

  • De la même "trempe", que les Takfiristes Per(s)cés fakkihstes.

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    08 h 21, le 18 février 2015

  • UNE ÉBOLA QUI SE RÉPAND À GRANDE VITESSE...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    20 h 54, le 17 février 2015

  • Vous avez Remarque que daesh ( appellation donnee par les obscurs services secrets usurpateurs ) SE RAPPROCHE DE L'EUROPE . ILS NE SONT PLUS QU'A 600KMS DES COTES ITALIENNES !

    FRIK-A-FRAK

    18 h 22, le 17 février 2015

  • Si les grandes puissances sont d 'accord pour anéantir cette multinationale en pleine expansion ells pourront le faire avec un peu de volonté.

    Sabbagha Antoine

    15 h 53, le 17 février 2015

  • CEUX QUI CRÉENT LES OGRES NE PEUVENT PLUS LES CONTRÔLER... ET ILS EN SERONT AUSSI LES VICTIMES.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    14 h 03, le 17 février 2015

  • Au service de ..... il faut juste avoir le courage de le dire . Moi je n'arrete pas de le dire ...donc je ne vais pas me repeter !

    FRIK-A-FRAK

    13 h 24, le 17 février 2015