X

Liban

Ensemble pour des routes moins mortelles...

Mobilisation

Le manque de prévention, d'éducation, mais aussi de coordination entre les différents acteurs du dossier fait augmenter considérablement le nombre de victimes sur les routes de la région euro-méditerranéenne. Pour aider les autorités locales à y remédier, l'UE finance un projet régional qui vise à diminuer les accidents. Un projet qui est le bienvenu au Liban, étant donné le nombre affolant des victimes.

23/12/2014

Beyrouth. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 3 694 accidents en 2013, 5 102 blessés, 580 tués pour un petit pays comme le Liban. Les chiffres pour 2014 ne sont pas encore disponibles, évidemment. « Ces données qui proviennent du Centre de gestion du trafic souffrent de 30 % de sous-déclaration : ce qui signifie que ces chiffres sont en réalité beaucoup plus élevés », affirme Sandra Arbid, spécialiste de la sécurité routière à Global Road Safety Partnership. Un manque d'éducation et de prévention dans ce domaine, conjugué à un manque de coordination entre les différents acteurs sur le terrain, a pour résultat un nombre élevé d'accidents dans le pays.

Des interventions spécifiques
Pour tenter d'y remédier et appuyer les autorités locales dans leurs efforts, l'Union européenne finance un projet régional intitulé « Euromed Road Safety » mis en œuvre par Global Road Safety Partnership, un programme soutenu par la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Le projet intègre donc une dimension régionale, mais déploie également des interventions spécifiques. Au niveau régional, le projet s'emploie à élaborer une stratégie de sécurité routière qui orientera les actions à moyen terme des acteurs concernés.

Au niveau national, le projet s'emploie à mettre en place ou renforcer des structures multisectorielles ou des partenariats, capables de coordonner et de guider le déploiement d'interventions de sécurité routière dans des communautés pilotes. Il dresse des états des lieux en vue d'identifier les besoins et aide les communautés pilotes à remédier aux facteurs de risque. « Le Liban est un des pays participants de la région du sud de la Méditerranée, du Maroc jusqu'en Palestine, explique Samar Abou Raad, team leader à Global Road Safety Partnership. On a choisi dans chacun de ces pays un facteur de risque sur lequel on a établi le projet : on se concentre donc sur l'action pratique au niveau local. »

(Lire aussi : Kunhadi lance le premier centre post-traumatique du Moyen-Orient)

 

Former les motards des FSI
C'est dans ce contexte qu'un atelier de formation a été organisé sur deux jours par la Croix-Rouge libanaise (CRL) avec la collaboration de Global Road Safety Partnership et de Roads for Life. L'activité cible une quarantaine de motards des Forces de sécurité intérieure, qui opèrent sur une tranche de l'autoroute du nord de Beyrouth, entre Antélias et Byblos, considérée comme l'une des plus mortelles et des plus dangereuses à cause de deux facteurs principaux : la vitesse et l'alcool.

Divisés en plusieurs groupes, les gendarmes écoutent attentivement les instructions des moniteurs de la CRL avant de se soumettre à des exercices pratiques impliquant les différents scénarios qui peuvent advenir lors de leurs missions sur le terrain. C'est la formation des premiers secours : comment réagir en cas de blessé grave, de feu, de conflit, comment sécuriser le lieu de l'accident, comment gérer la circulation, etc. en sachant que la police est souvent la première sur le lieu de l'accident, avant les secouristes.

Cet atelier – qui vise essentiellement à améliorer les capacités et les performances des forces de l'ordre – est appuyé par l'ONG Roads for Life, très active dans les soins post-traumatiques. Selon son secrétaire général, Roni Alpha, « le but essentiel de cette formation est d'aider ceux que l'on appelle les morts non nécessaires, c'est-à-dire les blessés qu'on peut sauver ».

Pour Abbas Ghandour, un des instructeurs de la Croix-Rouge, l'intérêt de ces formations est d'apprendre à protéger des vies humaines. Effectivement, les participants sortent en fin de journée avec 90 % d'informations en plus que lorsqu'ils ont commencé le matin. « Je suis vraiment très satisfait des résultats », confie Ghandour.

Même son de cloche chez les participants : « J'étais un peu réticent avant de venir ce matin. Mais j'ai appris plein de choses aujourd'hui, et je suis très heureux d'avoir pu participer à cet atelier », affirme un des motards. Son collègue renchérit : « Nous travaillons pour aider nos concitoyens. Quoi de mieux que de leur sauver la vie quand nous le pouvons ? » Pour un troisième gendarme qui connaît déjà les techniques de sauvetage, l'intérêt de cette formation réside « dans la communication avec les autres partenaires pour une meilleure coordination ».

(Pour mémoire : "Text Or Drive", une application mobile libanaise pour lutter contre les messages au volant)


Une culture de coopération
Cette formation est une des composantes de ce projet qui a « la particularité d'être multisectoriel et multidisciplinaire », affirme Mme Abou Raad, estimant qu'il s'agit là « d'une condition essentielle pour la réussite d'un tel projet parce que la sécurité routière est la responsabilité de tout le monde et à tous les niveaux : les citoyens, les forces de l'ordre, les ministères des Travaux Publics et des Transports, le corps médical, les ONG, etc. Et ce projet essaie de faire bénéficier tous ces acteurs ».

Toujours dans le cadre du projet, « nous avons revu les formulaires de prises de données des forces de l'ordre, qui ont également eu une formation adéquate », explique Mme Abou Raad, sachant qu'actuellement, les statistiques concernant les accidents de la route au Liban ne sont pas très fiables. « On a ainsi élaboré un petit programme dans lequel les informations recueillies peuvent être analysées d'une manière rationnelle et scientifique », ajoute-t-elle, espérant qu'un jour une agence responsable de la sécurité routière soit mise en place pour prendre en charge tout ce dispositif créé dans le cadre de ce projet « qui a besoin d'être poursuivi, même après sa fin ».

Sur un autre plan, le secteur privé local a été très actif pour soutenir une campagne publicitaire intitulée « Ensemble pour que la route ne nous sépare pas » et qui sera lancée prochainement.
Et pour confirmer l'importance de cet entraînement aux yeux des autorités locales, le général Mohammad el-Ayoubi, chef de la section du trafic routier, vient personnellement remettre aux participants leur diplôme. « L'intérêt du projet européen est de créer une culture d'échange et de coopération avec tous les acteurs sur le terrain, conclut le général, pour être le plus efficace possible. »

 

Lire aussi
La mort sur les routes, le billet d'Anne-Marie el-Hage

S'acquitter d'un PV au Liban, un parcours du combattant...

Pour mémoire
Hécatombe sur les routes : les jeunes principales victimes

Le message de la YASA aux étudiants : soyez responsables !

La route, un lieu de vie

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Est-ce qu'ils ont au moins obtenu leur.... "PERMIS!", n'est-ce pas, de conduire ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

AVANT LES ROUTES... LES ROUTIERS ! ET LE RESPECT DU CODE DE LA ROUTE ! SA7I7... COMBIEN DE LIBANAIS ONT OBTENUS LÉGALEMENT LEUR DIPLÔME DE CONDUIRE ? UN SUR DIX ? VOILÀ LA RACINE DU MAL. AMÉNAGEZ LES ESPRITS AVANT LES ROUTES !!!

NAUFAL SORAYA

Ces formations sont certainement très utiles et nécessaires, mais ce qui l'est encore bien davantage est de ne pas avoir à arriver à les mettre en pratique...

Si les agents de sécurité responsables de la sécurité routière se donnaient la peine de faire appliquer la loi, de pénaliser les contrevenants, AVANT les drames, cela sauverait bien des vies et en plus, s'il faut être purement matérialiste, rempliraient les caisses de l'Etat au lieu de coûter en souffrances morales à vie, en soins hospitaliers et en formations.

Hier, au croisement devant Keyrouz Bakery, Jisr el Bacha, 16h30: sous le nez du policier, cad à 1m de lui (et de moi) deux voitures prennent la rue en sens interdits, manquant de cogner ma voiture, arrêtée au feu rouge, et d'autres qui continuent à passer alors que leur feu est passé au rouge. Mais Monsieur, casque de motard sur la tête, fumait tranquillement sa cigarette, en ayant pris soin de protéger son talkie-walkie dans un sac en plastique bleu pour ne pas qu'il prenne la pluie.

Donc voilà, les formations sont une très bonne initiative, mais très souvent, les plus simples ont beaucoup plus d'effet. Agir avant plutot qu'après, c'est toujours plus efficace!!!

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Salam, Mikati et Siniora en Arabie : un rééquilibrage face à l’influence iranienne grandissante

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants