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Liban - Sécurité routière

La route, un lieu de vie

Pour faire face à des enjeux avérés et croissants en la matière, la chaire et le master en sécurité routière de l'USJ organisent un colloque international de première importance (16-18 mars).

La sécurisation du site de l’accident, un enjeu majeur. Photo d’archives/Ahmad Mantach

La route est certes une voie de passage entre un point de départ et un point d'arrivée, mais c'est aussi un lieu de vie. C'est elle qui met en communication, physiquement entre eux, les habitants d'une même patrie. La voiture elle-même n'est plus seulement un moyen de déplacement, mais un lieu de résidence. C'est pour cette raison que l'intérieur de l'habitacle des voitures a tendance à augmenter en volume, même pour les petites cylindrées, que ses sièges ergonomiques ressemblent de plus en plus aux fauteuils d'un grand hôtel, que leur système sonore se développe et que les boîtes à gants font fonction de petits réfrigérateurs.


Ainsi, des milliers de personnes passent en moyenne deux ou trois heures par jour sur les routes, d'autres milliers croisent ou frôlent tous les jours, en piétons, des dizaines de véhicules de tous acabits. Du passage clouté devant les écoles à la jaquette phosphorescente, de l'asphaltage des routes aux panneaux de signalisation, des caniveaux en bordure de route aux panneaux publicitaires qui piègent le regard, des transports publics au gaz d'échappement, la sécurité routière est désormais une science où rien ne doit plus être laissé au hasard.


Sécurité, le mot-clé est lâché. Une conférence internationale sur les tendances actuelles en sécurité routière s'ouvre demain, à l'Université Saint-Joseph (16-18 mars), sous les auspices du président Michel Sleiman, et la participation de la Banque mondiale, de l'Organisation mondiale de la santé, de l'UNECE et de SSP-Liban.
La conférence fera les pleins feux sur le master en sécurité routière qu'avec la Fondation Renault l'USJ a lancé depuis deux ans. Une initiative pionnière qui répond aussi bien à une nécessité humaine qu'à une exigence sociale, notamment dans le monde arabe, où l'insécurité routière fait des ravages.
La nécessité humaine dont il est question est celle dont chaque usager de la route fait l'expérience. L'exigence collective tient au fait que la route est un moment social par excellence ou l'on interagit avec son environnement humain, et que son insécurité relative est devenue un fléau à l'échelle mondiale auquel les Nations unies ont décidé de faire face par une « Décennie d'action pour la sécurité routière 2011-2020 ».

 

Un constat dramatique
Le constat est dramatique. Il y a annuellement dans le monde presque 1,3 million de victimes d'accidents routiers mortels, et entre 30 et 50 millions de blessés, selon qu'ils soient légers et graves. Nous sommes en présence d'un véritable fléau dont les coûts humain, social et économique sont très élevés. À lui tout seul, le chiffre des morts dépasse celui des victimes de toutes les guerres qui sont livrées sur la surface du globe, et de bien d'autres fléaux, si l'on omet les maladies cardio-vasculaires.
L'OMS a donc décidé de considérer les accidents comme une endémie, et d'agir en conséquence. De concert avec la Banque mondiale, elle a déclaré une décennie d'action préventive, avec pour objectif de diminuer de 50 % les décès sur les routes, malgré l'augmentation du parc automobile et des réseaux routiers de par le monde.

 

Chances inégales
Mais cela n'arrivera pas tout seul. Des politiques doivent être mises en place pour atteindre cet objectif. Or si les pays les plus avancés économiquement, comme la France, ont de longues traditions de sécurisation de la route (encadré), le monde arabe est moins équipé pour ça, à tous les points de vue. Certains des États de la Ligue arabe ont, certes, accès à des expertises étrangères, mais la plupart d'entre eux doivent y faire face par leurs propres moyens.


C'est à ce niveau que l'initiative de l'USJ est pionnière. Le master en sécurité routière est confectionné pour ainsi dire « sur mesure » pour répondre aux besoins du monde arabe. Grâce à lui, les différents acteurs de la sécurité routière pourront être professionnalisés. La formation à la sécurité routière, en tant que telle, est en effet chose rare dans le monde et, en général, elle ne débouche pas sur un diplôme universitaire. Aux États-Unis, par exemple, si elle existe, c'est une formation qualifiante, mais non diplomante. Elle implique des éducateurs, des psychologues, des ingénieurs, des statisticiens, etc. Mais très peu sont des généralistes de la sécurité routière et en connaissent tous les aspects. Le master en sécurité routière de l'USJ pallie à ce manque.


La mise en place d'un diplôme reconnu par l'État libanais – et on l'espère, par d'autres pays arabes – est donc bien une initiative pionnière et une nécessité. Le programme en est innovant et multidisciplinaire : les routes (signalisation, éclairage, caniveaux, barrières de sécurité, lignes de démarcation, trottoirs, aires de stationnement, sécurisation des scènes d'accidents), les véhicules (importés ou neufs, pièces de rechange, contrôle mécanique), les comportements (automobilistes et piétons), le génie du transport (aménagement des routes et circulation), la sécurisation des techniques de dépannage, la prise en charge des victimes des accidentés de la route, les bases de données et l'analyse statistique, le développement de contre-mesures pour faire face aux risques, etc. Tout y passe. Il n'y a pas un seul aspect de la sécurité routière qui est négligé. « La route qui pardonne », comme on l'appelle, c'est-à-dire la route où des fautes mineures ou moyennes des conducteurs, les distractions momentanées, n'entraînent pas nécessairement des drames, est l'objectif premier.

 

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