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Liban

Tout un village syrien a trouvé refuge dans un bloc d’immeubles à Saïda

Reportage

À partir de lundi, les déplacés recevront à nouveau des coupons alimentaires mensuels du HCR. Ceux du « projet Ouzaï » comptent sur ces aides pour survivre.

13/12/2014

C'était une série d'immeubles inachevés, au cœur de Saïda, non loin du stade de la capitale du Liban-Sud. Baptisés « le projet Ouzaï », ces bâtiments accueillent actuellement plus de 1 500 réfugiés syriens venus tous d'un même village, Houweija, dans le district de Hama.

« Le village, qui comptait 4 000 personnes, a été quasiment détruit par l'aviation syrienne. Une partie des habitants est venue au Liban, une autre a trouvé refuge en Turquie et quelques personnes ont décidé de ne pas partir », raconte Ahmad, la cinquantaine. « Nous étions voisins d'une localité alaouite. Nous sommes donc devenus des boucs émissaires. Nous sommes bombardés chaque fois qu'il y a un problème. Si ce n'est pas l'aviation, c'est l'artillerie stationnée dans le village alaouite qui prend pour cible Houweija », ajoute ce sunnite qui a pris la fuite avec toute sa famille. Ahmad se souvient des bombardements de Hama en 1982. « Il y avait des milliers de morts. C'est dans les camions que l'on transportait les cadavres entassés jusqu'aux fosses communes », indique-t-il.

Ahmad et tous les réfugiés qui habitent le projet Ouzaï devraient attendre le 15 décembre pour recevoir à nouveau les coupons alimentaires du HCR, soit 30 dollars par personne et par mois.
« Nous recevons ces bons, le 5 de chaque mois. À la fin novembre, le HCR nous a envoyé des messages pour nous informer qu'il ne pourra plus assurer nos dépenses alimentaires, faute de fonds. Mais là, à nouveau, nous avons été informés que la distribution de cartes alimentaires reprendra à partir du 15 décembre », explique-t-il.

En effet, quelques jours après la décision du Programme alimentaire mondial d'arrêter ses fonds destinés au HCR et servant à l'alimentation de plus d'un million sept cent mille réfugiés syriens, faute de moyens, la communauté internationale s'est mobilisée pour assurer les sommes nécessaires. Les aides à l'alimentation touchent à nouveau tous les déplacés syriens, en Syrie et dans les pays hôtes.

 

(Infographies : Réfugiés syriens au Liban : un état des lieux)

 

« L'aide devrait venir du Golfe »
Sarah a plus de soixante ans. Elle est au Liban aves ses deux filles, dont l'une est veuve et l'autre mariée à un homme resté en Syrie et sept petits-enfants. « Nous comptons sur ces coupons pour vivre. Il n'y a pas d'hommes à la maison. Donc personne ne travaille, même occasionnellement, pour ramener de quoi manger, comme c'est le cas de plusieurs hommes du camp », dit-elle.
Quand elle est arrivée au projet Ouzaï, il y a un peu moins de deux ans, les immeubles n'avaient ni portes, ni fenêtres, ni murs. Petit à petit, grâce à un don du Koweït, des murs ont été construits. Ensuite, chaque réfugié, selon ses moyens, a mis en place des cloisons de bois et des portes pour créer son propre espace.
Une école informelle a également été créée à l'intérieur du campement pris en charge par deux ONG, l'une internationale (Première urgence) et l'autre locale (l'Association du développement et de la coopération).

Pour faire bouillir la marmite et aider leurs maris qui travaillent occasionnellement, nombre de femmes du camp ramassent du plastique, des canettes en aluminium et de la ferraille qu'elles revendent au souk de Saïda.
Iftikar, la fille de Sarah tout comme Chams et Fatmé se demandent pourquoi le monde entier a laissé tomber la Syrie. Ces femmes s'insurgent contre les États du Golfe. « Ce n'est pas à l'Allemagne ni à la Suède de nous accueillir ou de nous remettre des aides... Ce sont les Arabes du Golfe qui devraient nous aider. Ils ne s'appauvriront pas s'ils couvrent toutes les dépenses des réfugiés syriens », indique Iftikar. « Ils peuvent aussi nous accueillir chez eux, nous donner du travail, pour que nous puissions vivre dignement en attendant le retour en Syrie », renchérit Fatmé.
Les réfugiés qui habitent le projet Ouzaï à Saïda n'ont pas perdu l'espoir de rentrer chez eux et de reconstruire leur village.

 

(Lire aussi : Pour être admis en maternelle, les enfants syriens devront s'acquitter des frais)

 

Mariage précoce
Entre-temps, ils continuent de vivre, de se marier et de mettre au monde des enfants.
Difaf a 16 ans. Elle s'est mariée l'année dernière avec un réfugié du camp et elle est enceinte d'une fille. Elle devrait accoucher dans deux mois. Malgré les conditions de vie précaires dans le camp, elle est heureuse d'avoir un enfant. « Ça sera une fille », dit-elle avec un grand sourire. Elle a déjà fait deux échographies. Elle accouchera à l'hôpital, mais elle sera obligée de payer un million de livres pour l'accouchement, raconte-t-elle.
Elle ne s'inquiète pas vraiment pour l'avenir de son enfant, répétant un proverbe arabe. « Chaque nouveau-né amène la chance avec lui », indique-t-elle.

Pour Difaf, comme pour le reste des femmes interrogées, l'on peut facilement se marier à 15 ans. « C'est la moyenne d'âge des filles qui se marient dans nos villages en Syrie », indique Chams, qui vient d'accoucher d'un garçon.
« C'est vrai qu'avec la crise en Syrie nous marions nos filles à un âge plus jeune, à 13 ans par exemple. Pour la famille, c'est une bouche en moins à nourrir. De plus, il y a trop de promiscuité dans les camps... Mieux vaut donc marier les adolescentes », explique Iftikar.

Les femmes présentes ont toutes des nièces, des cousines ou des parentes qui ont été mariées à 13 ou 14 ans, et cela depuis le début de la guerre syrienne il y a un peu moins de quatre ans. Ces jeunes adolescentes ont été mariées à des réfugiés des camps, des Syriens travaillant dans les pays du Golfe ou des hommes des pays hôtes. Certains époux avaient plus de 40 ans.
Ces femmes assurent que ce genre de mariage n'est pas choquant, même si elles préfèrent que les filles se marient à un âge plus mûr... mais la pauvreté dans laquelle vivent les réfugiés syriens ne donne pas vraiment le choix.

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Si la liberté des Syro-libanais requiert leur concours "fraternel", comment pourraient-ils accomplir cette mission tant qu'un autocrate qui poursuit des desseins criminels dilapide dans des guerres civiles leur sang et leurs biens ? Rien d'étonnant ainsi à ce que ce bääSSyrien, qui a usurpé son pouvoir en exploitant la fibre sectaire et qui l'a perpétué par de périodiques guerres à l’intérieur, ait dès le tout début traité la révolution syrienne comme un dangereux ennemi. A la veille de son "plébiscite" bidon, il persista dans son agression, sous le prétexte que cette Saine révolution était 1 société secrète Américano-jihadistosahyouniste trempant dans un complot ourdi contre lui ; prétexte à complète absurdité il faut l’avouer ! Quel était le crime réel de cette révolution ? Elle avait bien dit hautement au peuple syrien que voter le plébiscite, c'était voter pour le despotisme à l'intérieur et la guerre sectaire à l’extérieur. Ce fut effectivement son œuvre, si dans tous les villages et les villes de Syrie, la population Saine s'est levée comme un seul homme pour rejeter ce plébiscite. Par malheur, la pesante ignorance des régions campagnardes et rurales chréti(en)nes et noussaïries fit pencher la balance. Les Malsains de toutes obédiences, espèces ou poil célébrèrent ce plébiscite comme 1 victoire insigne de cet aSSadiot sur la révolution : ce fut en réalité le signal de l'assassinat non seulement d'un Sain humain syrien, mais d’une nation Saine syrienne en son entièreté.

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