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Liban

Dans les camps de la Békaa, le froid et la boue s’ajoutent au quotidien des réfugiés syriens

Des passages boueux, des tentes qui suintent, des couvertures et des matelas humides... Voilà le résultat d'une journée de pluie dans nombre de camps de réfugiés syriens du Liban et cela même si les Nations unies et les organisations internationales planchent chaque hiver sur le dossier.

La boue est gluante parce que le sol est celui d’une terre agricole.

Rajab est un important campement de réfugiés syriens dans la localité de Marj, dans la Békaa, non loin de la frontière syrienne. Le campement compte 173 tentes et plus de 200 familles, soit environ 1 700 personnes. Nombre des habitants de ce camp habitaient des appartements en ville avant de venir au Liban, notamment à Homs, Sitt Zeinab, Alep et Damas. Aujourd'hui, ils vivent sous des tentes et ils se sont habitués à voir de la boue gluante en hiver au lieu de l'asphalte sur les chemins qu'ils empruntent.


« La boue est gluante parce que c'est une terre agricole. Il y a trois ans, ce terrain était planté de blé. Aujourd'hui, son propriétaire le loue aux réfugiés syriens, prenant un million de livres par an pour l'emplacement de chaque tente », explique un réfugié. « À chaque fois qu'il pleut c'est la même histoire. Nous chaussons des bottes en caoutchouc pour marcher. La boue nous arrive inévitablement jusqu'aux chevilles. Ce matin le prof de l'école a glissé dedans en se rendant au travail... », raconte-t-il.

 

(Infographies : Réfugiés syriens au Liban : un état des lieux)


Tamer met ses bottes en caoutchouc pour sortir de sa tente dont le sol est en béton. « Je n'ai jamais porté de telles choses de ma vie. Je suis originaire d'Alep et j'ai déménagé à Damas en me mariant », se plaint-il.
Fattoum, sa femme originaire de Damas, préfère ne pas s'aventurer dans la boue. « Je reste sous la tente, avec les enfants, comme si c'était une prison. » « C'est surtout le fait d'avoir de l'eau chaude dans le robinet qui me manque », dit-elle. « Mais dans la vie, quand on n'a pas le choix, on s'habitue. Quand nous sommes arrivés au Liban nous avions habité un entrepôt de foins avec des souris qui sautaient de partout. Nous n'avons pas les moyens de louer un appartement, nous avons donc dressé une tente », ajoute-t-elle.
Une affaire la hantait la première nuit sous la tente. Non ce n'était une hantise de citadine qui passe sa nuit dans la nature, mais celle d'une personne qui fuit la guerre. « Je ne parvenais pas à dormir, je me disais que la toile ne peut pas me protéger des balles autant que le ciment », confie-t-elle.


Tamer et Fattoum vivent au jour le jour et n'osent pas imaginer de quoi leur lendemain sera fait. Tamer pense un peu à l'avenir de ses trois enfants âgés entre quatre et deux ans. « Si je reste au Liban, je m'endetterai pour les mettre à l'école », dit-il. Issam, originaire de Sitt Zeinab, renchérit en évoquant l'école informelle du camp. « Ce n'est pas une véritable école. Les enfants y vont 4 ou 5 heures, passent leur temps à jouer, dessiner et chanter. Quel avenir auront-ils ? » se demande-t-il.
Ces hommes, nés dans les villes syriennes, valorisent l'éducation et ont rêvé avant la guerre dans leur pays à un meilleur avenir pour leurs petits. Aujourd'hui, ils luttent pour survivre.

 

(Lire aussi : Pour être admis en maternelle, les enfants syriens devront s'acquitter des frais)

 

« La haine que les Libanais nous portent »
Issam raconte : « Nous nous disputons au quotidien avec nos épouses. Elles veulent rentrer en Syrie, ne pas vivre sous les tentes. Mais où pouvons-nous aller ? Nos maisons ont été détruites et nous sommes en danger de mort. » « Ma famille vit à Idleb actuellement. J'ai été lui rendre visite avant notre fuite au Liban, j'ai entendu les avions et les bombardements aériens. C'était invivable... Je voulais rester avec les miens, c'est mieux que de vivre dans un pays étranger, mais j'ai eu trop peur », note Fattoum.


Fattoum, Tamer, Issam ainsi que deux autres hommes, Hassan et Bassam, sentent tous la « haine énorme » que les Libanais leur portent. Aucun d'entre eux n'avait travaillé au Liban avant la guerre en Syrie ou n'avait servi dans les rangs de l'armée d'occupation syrienne.
« Ici, personne ne nous aime. Les Libanais ne nous font pas confiance. Une femme m'a raconté un jour que l'armée syrienne avait fait beaucoup de mal aux Libanais », indique Hassan, le frère de Tamer, qui est prêt actuellement à faire n'importe quel métier pour survivre. Issam renchérit : « Nous sommes très nombreux et cela fait pas mal de temps que nous sommes là. C'est normal donc que les Libanais prennent leur précaution. »
Hassan était le chauffeur d'un officier de l'armée à Damas. « J'ai eu peur d'être enlevé par les rebelles, j'ai donc fui vers le Liban. Je ne me suis jamais occupé de politique de ma vie. Je vivais bien dans mon pays. Je gagnais de l'argent et je vivais dignement », dit-il.


Le groupe se plaint de la cherté de vie au Liban, de l'argent qui ne suffit pas, des dettes que chaque famille a contractées auprès des commerçants, notamment des épiciers du village.
Ces hommes ont fui avec leurs économies et les bijoux de leurs épouses, qu'ils ont fini par vendre pour que la famille survive. De plus, même s'ils ont échappé à la guerre, ils ne se sentent pas vraiment en sécurité au Liban. « Ici, nous sommes dans une zone sunnite. Les habitants des villages nous tolèrent encore, mais on ne sait pas jusqu'à quand. Dans les localités chiites de la Békaa, tous les jours il y a des agressions contre les réfugiés syriens », indique encore Issam. Il soupire : « Nous n'avons jamais pensé en termes confessionnels. Je suis sunnite et originaire de Sitt Zeinab, le lieu de pèlerinage chiite par excellence en Syrie... Je vendais des souvenirs religieux aux pèlerins sur le parvis du site. Jamais personne ne m'avait fait du mal parmi les chiites de ma ville. »
Bassam, qui était chef cuisinier en Syrie et qui est lui aussi originaire de Sitt Zeinab, note de son côté : « Et puis un beau matin, les chiites ont égorgé des habitants et nous ont chassés de chez nous... Comment va-t-on faire si un jour nous rentrons ? »


Las de vivre au Liban sous les tentes, las d'avoir des proches disparus, las de voir leur pays détruit, ces hommes veulent que la guerre s'arrête quel que soit le vainqueur ou le vaincu, et cela même si au tout début des événements, ils avaient soutenu dans leur for intérieur la révolte à Deraa et même s'ils dénoncent les raids et les bombardements de l'armée régulière syrienne.
« Bachar (el-Assad) ou un autre, démocratie ou manque de liberté, je veux juste que les choses se calment et rentrer chez moi pour pouvoir vivre comme avant. C'est tout ce dont à quoi je rêve », souligne Tamer. Et tous sont de son avis...

 

 

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commentaires (1)

On a franchement saturé des articles sur les réfugiés syriens et leurs conditions de vie dramatiques... Qu'on les adresse à ceux qui n'ont aucun remord à les mettre dans la rue et les faire vivre dans la misère la plus totale, et qui dorment tranquilles dans un lit bien douillet. Nous n'allons pas tarder à vivre comme eux à cause de leur présence au Liban. Et que ceux qui veulent rentrer chez eux le fassent. Nous n'obligeons personne à rester ici, au contraire. Tant qu'à planter une tente, qu'ils le fassent dans leur pays, plus dans le nôtre. Et que surtout, on essaie pas de nous donner mauvaise conscience et nous culpabiliser par des phrases du style "Les Libanais ne nous aiment pas"!!!!!

NAUFAL SORAYA

06 h 51, le 11 décembre 2014

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Commentaires (1)

  • On a franchement saturé des articles sur les réfugiés syriens et leurs conditions de vie dramatiques... Qu'on les adresse à ceux qui n'ont aucun remord à les mettre dans la rue et les faire vivre dans la misère la plus totale, et qui dorment tranquilles dans un lit bien douillet. Nous n'allons pas tarder à vivre comme eux à cause de leur présence au Liban. Et que ceux qui veulent rentrer chez eux le fassent. Nous n'obligeons personne à rester ici, au contraire. Tant qu'à planter une tente, qu'ils le fassent dans leur pays, plus dans le nôtre. Et que surtout, on essaie pas de nous donner mauvaise conscience et nous culpabiliser par des phrases du style "Les Libanais ne nous aiment pas"!!!!!

    NAUFAL SORAYA

    06 h 51, le 11 décembre 2014