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Liban - Assassinat Hariri

Les ministres de Michel Aoun, alliés du Hezbollah, ont cherché à entraver l’enquête, accuse Hamadé

Le député Marwan Hamadé a livré le plus long témoignage jamais fait devant le TSL, affirme le juge David Re.

Témoignant pour le huitième et dernier jour devant le Tribunal spécial chargé de juger les assassins de Rafic Hariri à La Haye, le député Marwan Hamadé a défendu bec et ongles hier les décisions qu'il avait prises lorsqu'il était ministre des Télécoms. Livré aux questions sans cesse répétées de la défense, le député a répondu sans sourciller affirmant avoir « fièrement » respecté les lois en vigueur et les résolutions internationales. Il a également défendu ses convictions d'homme politique maintenant ses déclarations engagées et frontales à l'égard des cinq accusés du Hezbollah qu'il avait qualifiés de « criminels ». Avant de reconnaître cependant avoir quelque peu dérogé au principe de la présomption d'innocence sous l'influence des ressentiments.

 

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De son côté, la défense a cherché vraisemblablement à le décrédibiliser en tant que témoin et à saper le fondement juridique et légal de l'opération de transfert des données téléphoniques qui, rappelons-le, constitue l'une des preuves principales sur laquelle l'accusation a édifié son dossier. Une stratégie sur laquelle la défense promet de revenir bientôt, semble-t-il, comme l'a laissé entendre Vincent Courcelles-Labrousse, le conseil de Hussein Hassan Oneissi. Ce dernier ne cache pas d'ailleurs sa « joie d'avoir eu l'occasion de contre-interroger l'ancien ministre des Télécoms », sur des questions techniques aussi importantes pour la suite.
« J'ai exécuté mon devoir constitutionnel », a affirmé d'emblée Marwan Hamadé devant la cour en réponse à une question sur un document autorisant le transfert des données des deux sociétés de téléphonie mobile à la commission d'enquête internationale chargée de l'investigation de l'assassinat de Rafic Hariri.

 

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À maintes reprises, l'ancien ministre signale que les décisions qu'il avait prises en ce sens « n´étaient pas unilatérales », mais impliquaient le gouvernement, le procureur général, le directeur des FSI et son chef des services de renseignements, Wissam el-Hassan. Ce à quoi Vincent Courcelles-Labrousse lui répond : « Vous êtes en train de vous défendre de manière prématurée. » « Je suis également victime », rétorque M. Hamadé. « Je ne vous interroge pas en tant que victime mais en tant que témoin », tranche l'avocat.
Ce n'est qu'un échantillon des échanges souvent tendus, humoristiques par moments, qui ont ponctué l'audience. Celle-ci a été principalement axée sur la procédure officielle de la remise des données téléphoniques à la commission d'enquête et son impact présumé sur les questions de souveraineté et de respect de la vie privée des citoyens.
« Il y a eu de longues discussions à ce sujet au Liban notamment autour du fait de savoir si le comité juridique (ad hoc) devait étudier toutes les demandes et les autoriser », a commenté M. Hamadé. « Par la suite, le Conseil des ministres a autorisé cela (cette procédure) parce que certains ministres des Télécoms qui ne voulaient pas voir progresser l'enquête – et j'insiste sur ce point – ont bloqué l'opération du transfert des données durant des périodes délicates et décisives qui avaient précédé deux assassinats, dont celui de Wissam el-Hassan (ancien chef des renseignements des FSI assassiné en 2012) », a affirmé le témoin.
M. Hamadé a expliqué que ces ministres, une fois installés à leur poste, mettaient dans certains cas des conditions à tout transfert à la commission d'enquête, ralentissant le travail de Serge Brammertz, chef de la commission internationale à l'époque.

 

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« Ces entraves, mises par des ministres alliés au Hezbollah, étaient souvent levées par la suite », précise encore le témoin qui affirme que ces ministres appartenaient « au bloc présidé par le général Michel Aoun ».
En réponse à une question accusant explicitement le témoin d'avoir autorisé la remise de données télécoms à une tierce partie entraînant « la violation de la vie privée de plusieurs milliers de Libanais », M. Hamadé répond en mettant en avant « l'éthique du parquet ». Et de relever qu'« à ce jour, il n'y a eu, à ma connaissance, aucun scandale financier ou se rapportant à la vie privée de qui que ce soit ».
M. Hamadé saisit alors l'occasion pour renvoyer la balle dans le camp de la partie adverse : « Vous aussi, vous avez obtenu ces données et vous les utilisez pour la défense (des intérêts) des accusés. Vous n'êtes pas pour autant en train de les exploiter à mauvais escient autant que je sache. »
Une longue discussion s'ensuit sur la différence entre la loi sur les écoutes et les textes régissant le transfert des données à la commission d'enquête puis au tribunal, l'ancien ministre ayant insisté sur la nécessité de distinguer les deux aspects. Il rappelle au passage le principe de la hiérarchie des lois, évoquant l'obligation du respect de l'accord entre le Liban et l'Onu instituant le TSL, adopté sous le chapitre VII « qui, a-t-il dit, est supérieur aux lois internes ». M. Hamadé avance en outre l'argument sécuritaire qui devait primer, selon lui, à un moment où le pays et ses citoyens « devaient être protégés ».

 

(Pour mémoire : Assad à Rafic Hariri : « Je détruirai le Liban sur ta tête si... »)


Au tour d'Antoine Korkmaz, le conseil de l'accusé Moustapha Badreddine, d'entrer en scène. Invité le matin par le président de la chambre de première instance à soulever toute contestation relative à la question de la présomption d'innocence « en présence du témoin pour qu'il puisse y répondre », M. Korkmaz est revenu à la charge.
Puisant des extraits d'articles dans lesquels le député avait accusé frontalement les cinq membres du Hezbollah jugés par le TSL d'être des « criminels » le témoin rétorque : « Je ne suis pas un tribunal. Je suis un homme politique. » M. Korkmaz lui rappelle qu'il n'est pas seulement un homme politique, mais également un avocat qui connaît la Constitution et que, quand bien même il serait un homme politique, il reste « responsable de ses actes ».
« Ne pensez-vous pas que ce que vous dites va à l'encontre de la présomption d'innocence? » lui demande M. Korkmaz. « Nous-mêmes avons été accusés d'être des agents d'Israël et d'avoir tué Rafic Hariri », s'offusque le témoin.
Prié de réagir également à des propos qu'il avait tenus devant le journaliste de la MTV à l'issue de l'audience d'inauguration du TSL en janvier dernier, le député conclut : « Si seulement vous saviez dans quel état je me trouvais après cette audience (...). C'était une réaction spontanée suscitée par ce que j'ai vu et ressenti ce jour-là. »

 

Pour mémoire
Assad, le retour, l'éditorial de Issa Goraieb

Le Temps du Tribunal, la feuille de route de Michel Hajji Georgiou

 

Témoignant pour le huitième et dernier jour devant le Tribunal spécial chargé de juger les assassins de Rafic Hariri à La Haye, le député Marwan Hamadé a défendu bec et ongles hier les décisions qu'il avait prises lorsqu'il était ministre des Télécoms. Livré aux questions sans cesse répétées de la défense, le député a répondu sans sourciller affirmant avoir « fièrement »...
commentaires (3)

C'EST LE BOULOT DU PARAVENT "S'EN-FOUT" ET DES ABRUTISCOS QUI ORBITENT TOUT AUTOUR...

LA LIBRE EXPRESSION

19 h 35, le 06 février 2015

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Commentaires (3)

  • C'EST LE BOULOT DU PARAVENT "S'EN-FOUT" ET DES ABRUTISCOS QUI ORBITENT TOUT AUTOUR...

    LA LIBRE EXPRESSION

    19 h 35, le 06 février 2015

  • Beaucoup de scandales vont encore apparaître concernant les ministres Aounistes. Qu'elle perte pour le Liban de voir des gens comme eux au pouvoir. Corrompus, vendus, menteurs et voleurs et ils ont le culot de prétendre vouloir changer et reformer! Honnêtement? Non merci, ce type de changements et de reformes nous nous en passerons avec plaisir.

    Pierre Hadjigeorgiou

    12 h 14, le 06 février 2015

  • sehnaoui .. sahen na3yeh !! et la morale ne jamais dire qlq chose un moment genre "je n'ai jamais rien entraver" car plus tard il peut nous retomber plus tard sur la tete lol ... tout ca pour le droit au respect de la vie privee !! la belle blague ...

    Bery tus

    00 h 14, le 13 décembre 2014

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