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Liban - TSL

Assad à Rafic Hariri : « Je détruirai le Liban sur ta tête si… »

Nouvelles révélations de Hamadé : Joumblatt et le Premier ministre faisaient des paris sur qui allait être tué en premier.

Sous la contrainte et la menace, Rafic Hariri avait finalement avalisé, la main dans le plâtre et la mort dans l’âme, la prorogation du mandat Lahoud en septembre 2004.

L'abcès est crevé. Du moins, c'est ce que laissent croire à ce stade les révélations tonitruantes du député Marwan Hamadé, au troisième jour de son témoignage devant le Tribunal spécial pour le Liban, chargé de juger les assassins de Rafic Hariri.


Une fois de plus, M. Hamadé nous entraîne dans les arcanes de la politique régionale et internationale où souvent se décide le sort du Liban, dévoilant dans les moindres détails sa version des circonstances politiques qui ont prévalu à la veille de la tragédie du 14 février 2005. Dans un récit fouillé, aiguillonné par les questions de l'accusation et des juges présents, il remonte l'histoire pénible et agitée des relations entre la Syrie et le Liban et raconte les menaces proférées par Bachar el-Assad contre son petit voisin, au moment où se concoctait dans les couloirs de l'Onu la résolution 1559. Motif : la prorogation du mandat d'Émile Lahoud.
M. Hamadé inaugure son témoignage par la fameuse rencontre à Damas entre Bachar el-Assad et Rafic Hariri, le 25 août 2004.

 

(Pour mémoire : Hamadé : Hariri est sorti de la réunion avec Assad avec l'impression que les Libanais étaient des moins que rien aux yeux des Syriens)


De retour à Beyrouth, le Premier ministre s'est immédiatement rendu à Clemenceau, où l'attendaient Marwan Hamadé, Walid Joumblatt, Ghazi Aridi et Bassem Sabeh. Il leur dit : le président syrien « veut Lahoud et personne d'autre que Lahoud ». « Le président Bachar el-Assad avait insisté sur le fait que le président Émile Lahoud soit réélu pour un nouveau mandat », a précisé M. Hamadé. « Il a été reçu par le président syrien debout, ils ne l'ont même pas invité à prendre un siège », a encore rapporté le député.
« M. Assad lui a dit : "Vous croyez que vous pouvez dicter à la Syrie quel sera le nouveau président du Liban, mais vous ne vous rendez pas compte que nous sommes les seuls à prendre cette décision, ce n'est ni la France ni les États-Unis qui peuvent le faire". » Lorsque Rafic Hariri a protesté, Bachar el-Assad lui a lancé : « Je vais détruire le Liban sur ta tête et sur celle de Walid Joumblatt, rentre à Beyrouth et œuvre en fonction. »
Prié de dire s'il savait quel était le ton utilisé par le président Assad, Marwan Hamadé répond : « Ferme et extrêmement dur. »

 

(Lire aussi : Hamadé devant le TSL : « Les rêves de Rafic Hariri étaient incompatibles avec ceux des Syriens »)


L'accusation demande alors au témoin comment il avait interprété ce jour-là la fameuse menace de « détruire le Liban sur les deux têtes de Joumblatt et Hariri ».
« Les avis sont partagés. Personne n'avait été dans le sens d'une interprétation aussi tragique (l'assassinat du 14 février). Rafic Hariri avait estimé que la menace était effectivement dangereuse pour les deux personnes visées par la menace », précise M. Hamadé.
C'est alors que Walid Joumblatt lui conseille d'éviter la confrontation, d'autant que selon son évaluation de la situation, le danger pesait sur l'ancien Premier ministre – « qui avait un poids aussi bien local que syrien et régional » – bien plus lourdement que sur lui étant donné que son père, Kamal, avait été assassiné par les Syriens. « Ils ne le feront pas une seconde fois avec moi, lui avait assuré M. Joumblatt. Ce à quoi Rafic Hariri lui répond : Ils m'ont pourtant dit qu'ils t'atteindront même chez les druzes », enchaîne le député.
En réalité, poursuit M. Hamadé, Rafic Hariri avait peur à son tour pour Walid Joumblatt. Selon lui, ce dernier ne bénéficiait pas du même « parapluie » arabe et international qui accordait une certaine immunité à l'ancien Premier ministre, qui possède à son crédit de « multiples relations extérieures solides ». Finalement, M. Joumblatt lui conseille d'obtempérer et de faciliter la prorogation du mandat d'Émile Lahoud, puis de démissionner « pour préserver sa dignité mais aussi pour sa sécurité personnelle. Il l'a également encouragé à quitter le pays sitôt après », poursuit le député.


À une question formulée par l'accusation M. Hamadé répond : « Walid Joumblatt était convaincu que Rafic Hariri n'était pas apprécié à Damas. Ils (les Syriens) craignaient son pouvoir ascendant dans la région, en Syrie et ailleurs dans le monde. » Et le député de faire valoir la « popularité » de Rafic Hariri dans certains quartiers en Syrie où les commerçants affichaient sa photo sur la devanture de leur magasin. « Cela dérangeait énormément les Syriens », dit-il.


Les menaces de Bachar el-Assad n'ont jamais cessé de faire l'objet de discussions entre Walid Joumblatt et Rafic Hariri, poursuit l'ancien ministre. « Ils en parlaient même sous forme de blague faisant des paris sur qui allait être tué en premier. » Interrogé sur la signification qu'il donnerait à la menace « de détruire le Liban », il répond en soulignant qu'elle implique exactement la même chose « toutes les fois que la Syrie ressent qu'elle est en voie de perdre son emprise sur le Liban », et ce depuis la période de la guerre civile.
M. Hamadé a relaté par la suite la manière dont s'est déroulé le processus du vote de la prorogation du mandat du président au Parlement et l'adoption préalable du décret d'amendement de l'article 49 C en Conseil des ministres. « Une séance qui a duré dix minutes seulement », dit-il. Rafic Hariri, qui a avalisé la décision, a justifié cela par une phrase lapidaire : « Les circonstances régionales prévalent. » « Une phrase-cliché qu'on utilise dans le monde arabe pour justifier certaines choses », ajoute M. Hamadé qui rapporte avoir de son côté exprimé son opposition à la décision. Sitôt le décret adopté, Rafic Hariri est parti en Sardaigne pour retourner quelques jours après, puisqu'il s'était fracturé le bras suite à une chute de tension qui l'avait terrassé, raconte le député.

 

(Lire aussi : Procès Hariri : Wissam el-Hassan avait démissionné de ses fonctions quelques jours avant l'assassinat)


Le témoin est ensuite interrogé sur la résolution 1559 votée par le Conseil de sécurité de l'Onu au lendemain même de l'adoption du décret et à la veille du vote parlementaire qui devait avoir lieu le 3 septembre. « C'était une véritable course contre la montre, entre l'adoption de la 1559 et la prorogation du mandat d'Émile Lahoud, dit-il. D'ailleurs c'est à la résolution 1559 (parrainée par les États-Unis et la France) que Bachar el-Assad faisait allusion lorsqu'il a dit que ce ne sont ni la France ni les États-Unis qui choisiront le président de la République », a encore commenté M. Hamadé.
Adoptée dans l'urgence, la résolution appelle au respect de la souveraineté et de l'indépendance politique du Liban, au retrait de toutes les troupes étrangères se trouvant sur son sol, au désarmement des milices et à une élection présidentielle libre et équitable.
Selon le témoin, la communauté internationale était consciente des pressions exercées sur le Parlement pour qu'il vote en faveur de la prorogation. « D'ailleurs, il n'y avait aucune contradiction entre la 1559 et Taëf. C'était une copie conforme de ces accords », dit-il.

 

(Lire aussi : Procès Hariri : les visites secrètes et nocturnes de Rustom Ghazalé à Koraytem)


Finalement, le Parlement adopte le décret en question à une majorité de voix. Deux de ceux qui s'y sont opposés – Pierre Gemayel et Antoine Ghanem – trouveront la mort, souligne le député avant de faire remarquer que lui-même a échappé à une tentative d'assassinat. Plus tard viendra le tour de Georges Haoui, l'ancien secrétaire général du Parti communiste libanais, qui avait rejoint les rangs de l'opposition grandissante à la Syrie, ajoute le témoin.


Pour la première fois depuis le début de son témoignage, Marwan Hamadé évoque de manière explicite le rôle du Hezbollah et sa relation avec le régime de Bachar el-Assad : « Il suffit de voir qui défend le régime syrien en Syrie même pour comprendre la relation qu'ils entretiennent », dit-il.

 

L'abcès est crevé. Du moins, c'est ce que laissent croire à ce stade les révélations tonitruantes du député Marwan Hamadé, au troisième jour de son témoignage devant le Tribunal spécial pour le Liban, chargé de juger les assassins de Rafic Hariri.
Une fois de plus, M. Hamadé nous entraîne dans les arcanes de la politique régionale et internationale où souvent se décide le sort...
commentaires (5)

La Russie ne veut pas de sunnites forts au Liban PCQ les sunnites moderes du Liban et de la Syrie sont pro USA et pays du GCC. En p lus de cela Assad est le laquai de la Russie et c'est la Russie qui veut le Liban sous sa botte pcq elle vise de controller toutes les ressources petroliferes et gaziere de l'Est mediterraneen et controller l'est editerraneen tout court. De Plus Poutine espere faire le poids face aux USA /Israel. Les Russes sont notre problemes tout autant que l'Iran et le Baas/Assad syrien...Ce sont les Russes qui disposent des technologies telles que celle qui a foudroye R.Hariri. Avec la Syrie detruite Poutine peut aller faire la sieste...

Bibette

13 h 01, le 20 novembre 2014

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Commentaires (5)

  • La Russie ne veut pas de sunnites forts au Liban PCQ les sunnites moderes du Liban et de la Syrie sont pro USA et pays du GCC. En p lus de cela Assad est le laquai de la Russie et c'est la Russie qui veut le Liban sous sa botte pcq elle vise de controller toutes les ressources petroliferes et gaziere de l'Est mediterraneen et controller l'est editerraneen tout court. De Plus Poutine espere faire le poids face aux USA /Israel. Les Russes sont notre problemes tout autant que l'Iran et le Baas/Assad syrien...Ce sont les Russes qui disposent des technologies telles que celle qui a foudroye R.Hariri. Avec la Syrie detruite Poutine peut aller faire la sieste...

    Bibette

    13 h 01, le 20 novembre 2014

  • "L'aSSadiot au Président Rafîk HARIRI : Je détruirai le Liban sur ta tête si...." ! Tel est pris qui croyait prendre ! En effet, c'est bien lui, l'aSSadique, qui a pris en fin de compte cette "sœur-syrie" sur sa grosse et/ou petite tête kifkif ; yâ hassirtîîîh, l'hassine !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    11 h 33, le 20 novembre 2014

  • Et le film d'horreur continue . Le parlement libanais ne peut rien décider .Il doit obéir à l' étranger sans discuter . Triste.

    Sabbagha Antoine

    11 h 13, le 20 novembre 2014

  • NASRALLAH DU MÊME BORD QUE ASSAD PAR CHIISME, SLEIMEN FRANGUEH UNE AMITIÉ DE PÈRE EN FILS, MAIS LE NOUVEAU MERCENAIRE AOUN POURQUOI IL JOUE LA CARTE DES ASSASSINS ?

    Gebran Eid

    09 h 04, le 20 novembre 2014

  • Bachar el-Assad, qui devait se révéler au monde entier un petit Hitler assassin de son peuple, lance furieux à Hariri : je vais détruire le Liban sur ta tête et celle de Joumblatt si vous n'acceptez pas la prorogation du mandat de mon laquais Lahoud. Il faut le crier sans cesse sans le takazob de..... C'est ça le plus grand problème du Liban; ça a été toujours le plus grand problème de ce pays : d'avoir entre ses propres citoyens des laquais de puissances étrangères qui oeuvrent pour l'intérêt de ces puissances étrangères et se foutent éperdument de l'intértêt de leur pays. C'est trop, trop nocif au Liban, ça détruit tous les jours le Liban pour ne pas le dire, pour ne pas le crier.

    Halim Abou Chacra

    06 h 46, le 20 novembre 2014

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