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Liban - Enquête

Baisse du prix du carburant : quel impact sur les tarifs des générateurs ?

Les prix des carburants dérivés du pétrole (essence, mazout, gasoil, kérosène) accusent une baisse continue depuis le mois de juillet. Mais dans quelle mesure celle-ci s'est-elle répercutée sur les factures des générateurs au Liban ?

La facture des générateurs, calquée sur le prix du mazout, aurait dû baisser de près de 20 % depuis le début de l’année. Photo Bigstock.com

À la fin du mois de janvier 2014, le prix des 20 litres de mazout était fixé à 26 400 livres. Début décembre, la dernière grille tarifaire communiquée par le ministère de l'Énergie et de l'Eau arrêtait le prix de ce type de carburant à 20 600 livres, soit une baisse de 21 % environ sur cette période. Dans le même, temps les autres carburants dérivés du pétrole reculaient dans des proportions similaires : -17 % environ pour les 98 et 95 octanes, -20 % pour le diesel, -21 % pour le kérosène. Le mazout a par ailleurs enregistré une baisse de 5 % de novembre à décembre.

Le ministère de l'Énergie a déterminé également le tarif qui s'impose aux propriétaires de générateurs privés qui alimentent les foyers libanais pendant les heures de rationnement imposées par EDL. La dernière circulaire datée du 28 novembre a donc fixé à 330 livres le prix de l'heure de fourniture d'électricité avec une puissance de 5 ampères, 660 livres pour une puissance de 10 ampères. Le document précise par ailleurs que ces tarifs sont indexés sur le prix moyen du mazout rouge, évalué à 21 587 livres pour le mois de novembre, pour un prix qui est passé de 21 800 livres au 5 novembre et 21 100 livres à la fin du même mois.

Un prix uniforme, une application variée selon les régions

Les prix pratiqués par les propriétaires de générateurs sont donc, en principe, strictement calqués sur les variations du prix du mazout, lui-même tributaire de l'évolution du cours du pétrole. Si l'on suit ce raisonnement, à heure de rationnement égal, l'enveloppe globale d'une facture de générateur honorée par un ménage libanais aurait donc dû baisser d'un cinquième environ sur l'année. Mais dans les faits, les témoignages recueillis auprès d'un certain nombre de foyers répartis dans plusieurs régions du Liban laissent supposer que cette mécanique ne s'applique pas de façon uniforme sur l'ensemble du territoire. En attendant un état des lieux complet des disparités qui existent d'une région à l'autre, il est toujours possible de faire un rapide tour d'horizon sur les différents systèmes mis en place afin de fixer le prix de la deuxième facture d'électricité réglée par les Libanais.

De manière générale, ce sont les municipalités qui se chargent de faire appliquer les tarifs dictés par le ministère de l'Énergie. C'est par exemple le cas à Zouk Mosbeh, où les employés municipaux exercent un « contrôle strict en aval ». Une facture de générateur communiquée par un résident de la localité pour 10 ampères est ainsi passée de 280 000 à 260 000 livres d'octobre à novembre, soit une baisse de 7 %. Sur la même période, le prix du mazout reculait de 8 %. À Jbeil, c'est la société Électricité de Jbeil (EDJ), entreprise privée concessionnaire de la distribution électrique pour la commune et ses environs, qui a racheté l'essentiel de générateurs privés situés sur la côte entre Nahr Brahim et Amchit et qui applique les tarifs fixés par le ministère. À Zahlé, ce sont les propriétaires de générateurs qui font la loi, avec des tarifs qui auraient atteint les 500 livres l'heure d'alimentation en électricité avec une puissance de 5 ampères, selon certaines sources.

À Beyrouth, la situation semble plus confuse : si c'est bien à la municipalité que revient la prérogative de contrôle du prix du générateur, les témoignages recueillis sur le sujet laissent plutôt penser à l'existence de réseaux autonomes répartis par quartiers, selon les témoignages recueillis parmi les habitants. Il est d'autant plus difficile de saisir la réalité du terrain alors que les heures de rationnement dans la capitale ont triplé au cours des derniers mois, notamment du fait de la crise sociale qui a secoué EDL. Il faut enfin noter que le ministère de l'Économie et du Commerce a mis en place un service de protection du consommateur, joignable en composant le 1739, pour traiter, entre autres, les abus de certains propriétaires de générateurs dans tous le pays.

Le cas du Metn

Cas particulier dans le paysage libanais, la gestion du parc des générateurs privé dans le Metn est singulière à bien des égards. L'Orient-Le Jour a rencontré le coordinateur du comité des générateurs du Metn, Dany Odisho. Ce dernier a décidé, il y a quatre ans, de réunir l'ensemble des propriétaires de la région afin d'uniformiser les tarifs et de veiller à leur application sur l'ensemble de la région. « Ce projet a été rendu possible grâce notamment à la collaboration de l'actuel mohafez du Mont-Liban, Fouad Fleyfel, ainsi que l'administratrice du caza du Metn, Marlène Haddad », précise M. Odisho. Le coordinateur ajoute que « le ministre de l'Énergie de l'époque, Gebran Bassil, avait fini par avaliser ce système de contrôle, qui n'a toutefois toujours pas fait l'objet d'une loi ».

Toujours est-il que le comité de coordination contrôle désormais « près de 90 % des générateurs de la région, sur lesquels sont installés 250 compteurs relevés chaque mois », poursuit M. Odisho.
« Nous appliquons les tarifs fixés par le ministère de l'Énergie et rappelons les contrevenants de notre réseau à l'ordre, en exigeant, par exemple, de déduire toute somme indûment exigée sur la facture suivante au risque de devoir faire face à une procédure de contentieux », explique-t-il.
Le système semble en tout cas tenir la route et serait actuellement « en phase de test dans le Chouf, sous l'impulsion de l'administratrice de cette région, Marlène Kahwagi », conclut le coordinateur.



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