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Économie

Électricité de Zahlé : un projet de réhabilitation sur le point d’aboutir

Énergie

Loin du conflit qui s'éternise entre la direction d'EDL et les journaliers, la direction d'Électricité de Zahlé (EDZ) promet d'offrir 24 heures de courant à ses abonnés à partir du mois de janvier prochain. Un projet en cours d'exécution qui n'est visiblement pas bien accueilli par les propriétaires de générateurs privés qui desservent la région.

22/11/2014

Le directeur général d'Électricité de Zahlé (EDZ), Assad Nakad, est catégorique : « À partir du mois de janvier 2015, nos 53 000 abonnés auront du courant 24 heures sur 24 à un tarif qui sera 40 à 50 % moins cher que celui qui est constitué par l'ensemble des factures qu'ils payent pour palier le rationnement imposé par EDL. » Las de devoir compter sur un feu vert de l'État pour recommencer à produire de l'électricité après près de 45 ans d'interruption, les investisseurs qui soutiennent financièrement cet établissement privé chargé d'une mission de service public ont décidé de passer à l'action.

Les services d'une société britannique ont donc été loués pour installer une unité de production de 60 MW qui garantira une distribution sans rationnement à un « bon voltage, soit 15 kV par abonnement ». Cette nouvelle centrale au mazout sera, de plus, conforme « aux normes dictées par la Banque mondiale dans ce domaine » et aboutira à la création d'une cinquantaine d'emplois pour l'exploitation du site.
M. Nakad n'a pas révélé le nom de la société sollicitée, mais assure qu'il s'agit d'une entreprise qui a déjà « plus de 10 000 MW installés, dans des pays comme l'Irak ou la Syrie ». Il souligne de plus que les unités de production seront mises à la disposition d'EDZ par le biais d'un contrat de location. Un choix motivé par le fait que la concession accordée par l'État libanais à EDZ en 1923 se termine en 2018.

Rappelons que la portée de cette loi a été limitée par la création d'EDL en 1964, en tant qu'établissement public disposant du monopole de la production d'électricité au Liban. Il a fallu ensuite attendre 1970 pour que l'État demande à EDZ d'arrêter de produire de l'électricité, à charge pour EDL d'assurer en échange la distribution de courant aux abonnés de Zahlé et de ses environs de façon ininterrompue. « Un engagement qui ne sera presque jamais tenu », confie M. Nakad.

Une région prise en otage par les propriétaires de générateurs ?
« Aujourd'hui, les habitants de Zahlé et de ses environs doivent vivre avec 8 heures de courant par jour en moyenne », ajoute le directeur d'EDZ, avant de préciser que « cette situation a empiré de manière significative depuis 2009 ». « Cela fait donc 16 heures de rationnement pendant lesquelles les générateurs privés tournent à plein régime tout en phagocytant les installations appartenant à l'établissement pour installer leur propre réseau », poursuit-il. Les propriétaires de ces générateurs semblent par ailleurs avoir déjà pris la mesure des conséquences sur leur activité que provoquerait le rétablissement de la distribution en électricité à son niveau normal.

M. Nakad affirme ainsi avoir reçu un certain nombre de « menaces explicites » par voie de message sur son téléphone portable. Des tracts appelant le directeur à « laisser la Békaa à ses habitants » et l'accusant de « mettre en danger les propriétaires de générateurs ainsi que leur familles » ont même circulé aux environs du siège d'EDZ au début du mois de novembre. Pour rappel, une affaire similaire avait mobilisé les journalistes de Zahlé en octobre. Ils dénonçaient alors la « tyrannie des propriétaires de générateurs privés » et reprochaient à ces derniers de prendre avantage de la précarité du rationnement en électricité dans la région, en réclamant notamment « une taxe de 10 dollars par abonné en plus du prix payé par les usagers pour leur consommation ».

Dans un autre registre, M. Nakad insiste avec force sur les retombées positives qui accompagneraient le rétablissement du courant électrique à plein temps dans la ville de Zahlé et ses environs : la région gagnerait en attractivité (les prix des terrains étant encore abordables), de nouveaux emplois seront créés, l'État pourra compter sur des recettes supplémentaires en récoltant la TVA indexée aux factures qui seront émises par EDZ (une taxe dont les propriétaires de générateurs de la région ne s'acquittent généralement pas) et la sécurité sera renforcée sur les routes (les luminaires municipaux pouvant fonctionner à plein temps)... Sur le papier, les arguments en faveur de la réussite du projet ne manquent donc pas.

Il reste aux autorités de prendre position pour défendre le projet à défaut d'avoir pu l'initier. Mais pour M. Nakad, le « rapport de force entre les propriétaires de générateurs et les pouvoirs publics n'est malheureusement pas en faveur de l'État dans certaines régions du pays ». Affaire à suivre.

 

Pour mémoire
Nouveau sit-in des journaliers d'EDL, Azzi promet d'œuvrer à une solution

 

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Irene Said

Malheureusement, ces quelques milliers de propriétaires mafieux de générateurs sont protégés par des "grands" qui tirent eux aussi profit de ce commerce ! Et nous sommes les otages impuissants de ces mafias... Tout se tient dans ce pays-phare de toutes les corruptions imaginables.
Le jour où tous ces "grands" seront définitivement empêchés de nuire à la bonne marche de notre pays, tout ira mieux.
Mais pour cela il faut du courage, de la volonté et surtout beaucoup de persévérance !
Irène Saïd









George Sabat

Rn relisant cet article, ainsi que les menaces des proprietaires de generateurs, j'en suis venu a me demander si, en fin de compte, ce pays appartient reellement aux quelques cinq millions de Libanais residants ou aux quelques milliers de proprietaires de generateurs? Vivons-nous en democratie ou en une dictature d'interets prives? Sommes-nous obliges de perdre chaque annee deux milliards de dollars pour faire plaisir a quelques milliers de proprietaires de generateurs? Une reponse a ces questions nous serait utile pour savoir si nous devons nous decider a renoncer ou non a notre carte d'idendite Libanaise.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

QUE TOUTES LES MUNICIPALITÉS DES GRANDES VILLES ET LES VILLAGES QUI LES ENTOURENT SUIVENT CET EXEMPLE !

Irene Said

Bravo Zahlé et félicitations à Monsieur Assad NAKAD !
Ne reste plus qu'a espérer que EDL, mais surtout nos "dirigeants" s'y mettent aussi.
Ce n'est pourtant pas difficile...non ?
Et la mafia des propriétaires de générateurs ainsi que ceux qui les protègent pour tirer aussi profit de ce commerce : tous au diable !!!

Irène Saïd

NAUFAL SORAYA

Bravo, excellente initiative! Quant aux propriétaires de générateurs, ils se sont suffisamment rempli les poches en 25 ans, qu'ils se trouvent une autre source de revenus!

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