Samedi, dans une gestuelle fort symbolique, les parents des militaires otages ont offert des roses aux FSI (photo Nasser Trabulsi).
Le calvaire que font vivre les ravisseurs aux parents de Ali Bazzal est, pour le moins qu'on puisse dire, insoutenable. Pour la énième fois consécutive, l'épée de Damoclès est brandie au-dessus de la tête du soldat retenu par le Front al-Nosra. Celui-ci avait décrété qu'il sera le premier sur la liste des condamnés à mort du fait de sa confession chiite.
Après avoir fait monter crescendo la tension en envoyant un quatrième ultimatum au gouvernement, le groupe islamiste a fini par accorder in extremis vendredi dernier un nouveau sursis à Ali Bazzal, à la seule condition que l'État libanais obtempère et relâche les prisonniers d'ici à lundi après-midi au plus tard. Sinon, la menace devait être exécutée. Retour donc à la case départ pour la famille Bazzal qui devait vivre les affres de l'attente et de l'incertitude une fois de plus le week-end dernier.
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C'est en tous les cas le plus grand flou qui continue d'entourer cette affaire, sur laquelle les autorités officielles affirment vouloir garder le mutisme pour garantir la réussite des pourparlers. D'où la valse d'informations contradictoires qui entretiennent le suspense et la frayeur constante pour les familles.
Selon les parents des otages, le Front al-Nosra aurait une fois de plus modifié les noms des prisonniers qu'il désire voir libérer. Une information que confirment également les milieux proches des négociateurs. Alors que le nom de Joumana Hmayed – arrêtée en février dernier par l'armée libanaise à Ersal pendant qu'elle se trouvait à bord d'une Kia bourrée d'explosifs – figurait en tête de liste des prisonniers à échanger, la situation semble avoir quelque peu changé hier. Selon Ramez Bazzal, le père de Ali, « les ravisseurs veulent que le gouvernement fasse preuve de bonne foi et libère 3 ou 4 prisonniers. Peu importe qui seraient ces derniers, ils veulent tout simplement quelque chose en main », dit-il. M. Bazzal assure qu'il détient ces informations de cheikh Moustapha Hojeiri, le médiateur non officiel qui, pour la troisième fois consécutive, a dû intervenir auprès des islamistes pour les dissuader de passer à l'acte.
Parallèlement, des pourparlers « directs » cette fois-ci ont été menés vendredi par l'État avec les ravisseurs en l'absence du médiateur du Qatar, dont on n'a plus beaucoup de nouvelles ces jours-ci. Selon les dernières informations, il aurait rendu son tablier après avoir échoué à marquer une percée quelconque au niveau de ce dossier. C'est le ministre des Affaires sociales lui-même, Waël Bou Faour, qui a officiellement annoncé samedi soir l'amorce d'une communication directe avec les islamistes lors d'une visite aux familles des otages. « Le gouvernement s'est engagé à des négociations directes, sérieuses et immédiates avec les ravisseurs », a-t-il dit.
(Pour mémoire : Militaires enlevés : les familles mettent leurs menaces à exécution)
Fait surprenant, le ministre a salué « les efforts entrepris par cheikh Hojeiri », reconnaissant ainsi le rôle joué par ce religieux islamiste considéré, hier encore, comme persona non grata par les autorités du fait de sa relation « privilégiée » mais non moins « suspecte » avec le Front al-Nosra. Boycotté pendant plusieurs semaines par les médias à cause de la relation équivoque qu'il entretient avec les ravisseurs, Moustapha Hojeiri est réapparu hier sur les écrans de télévision pour faire le point sur les conditions posées par al-Nosra. « La menace de mort n'a pas été levée. Elle a été simplement reportée jusqu'à la libération de 10 prisonniers contre chaque otage, ou de 5 prisonniers en plus de 50 femmes détenues dans les prisons syriennes », a-t-il dit. Et de préciser que le Front al-Nosra a donné cette fois-ci les noms de 15 prisonniers qu'il souhaite voir relâcher. Un développement majeur dans les négociations, sachant que le gouvernement avait affirmé à maintes reprises que les ravisseurs refusaient jusque-là d'avancer les noms des prisonniers.
« Le gouvernement libanais est désormais face à ses responsabilités et la balle est dans son camp. » C'est par ces termes que Moustapha Hojeiri a résumé par ailleurs la situation en connaissance de cause puisqu'il s'est rendu lui-même vendredi soir auprès des ravisseurs pour faire suspendre une fois de plus la menace de mort qui pesait sur Ali Bazzal.
« Les négociations pour reporter la condamnation à mort étaient les plus difficiles cette fois-ci », assure le dignitaire sunnite qui explique que la décision était aux mains de l'émir du Front al-Nosra, Abou Mohammad Joulani, et non chez Abou Malek Tallé, l'émir du front dans la région du Qalamoun avec qui il avait l'habitude de traiter.
Contacté en soirée, le père de Ali Bazzal affirme avoir reçu du général Mohammad Kheir, membre du comité de suivi qui s'est réuni hier pendant plusieurs heures, des assurances selon lesquelles son fils « n'est plus menacé ». Il reste à savoir pendant combien de temps, cheikh Moustapha Hojeiri ayant laissé entendre que le délai accordé à l'État par les ravisseurs « est extrêmement court ».
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17 h 02, le 01 décembre 2014