Le député et ancien ministre Marwan Hamadé, lors de son témoignage au Tribunal Spécial pour le Liban, le 18 novembre 2014 . Capture d'écran LBCI
Le député et ancien ministre Marwan Hamadé témoignait mardi pour le deuxième jour consécutif devant le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) qui juge les assassins de l'ex-Premier ministre Rafic Hariri.
Lundi, le député a fait défiler devant l'auditoire l'histoire tumultueuse des relations entre Beyrouth et Damas. M. Hamadé est le premier responsable politique libanais à témoigner devant cette instance, depuis l'ouverture du procès en février 2014.
"J'ai cru que l'élimination de M. Hariri serait seulement politique, en faisant tomber son gouvernement, ou en le poussant à l'exil. La presse faisait circuler des rumeurs concernant le sort de M. Hariri : soit l'exil, soit la prison, soit la mort, s'il maintenait son opposition à la Syrie", a admis M. Hamadé.
En début d'audience, il avait souligné que "les institutions libanaises ont été assassinées progressivement. Je suis convaincu que les positions politiques et la réputation de M. Hariri ont motivé ses assassins. L'attentat était une tentative de la Syrie et de ses alliés de maintenir leur influence (au Liban, ndlr)".
Revenant sur les années 2000 alors que le Liban était toujours sous occupation syrienne, M. Hamadé a rappelé que "la résistance de M. Hariri à la présence syrienne au Liban était à moitié silencieuse. Mais la contestation s’était élargie pour englober plusieurs strates de la société libanaise. M. Hariri savait que toute position officielle contre la Syrie entraînerait une rupture des relations avec le régime de Bachar el-Assad, et une réaction immédiate de celui-ci contre les opposants".
"Veux-tu nous faire tuer?"
"M. Hariri était dérangé par les tensions sur la scène libanaise dues à la présence syrienne", a-t-il poursuivi, avant de rappeler que "la marge de liberté du Liban était en constante diminution à cause de cette présence, (mais que) personne n’avait le courage de dire aux Syriens à cette époque : sortez du pays".
Pour illustrer les tensions entre Damas et l'ancien Premier ministre, M. Hamadé a raconté que dans le brouillon de l'introduction de la déclaration ministérielle que Rafic Hariri lui avait demandé de rédiger en 2003, il avait souligné qu'il fallait faire mention des clauses de Taëf restées en suspens. "Veux-tu nous faire tuer?", lui a rétorqué M. Hariri, lui rappelant que l'accord prévoit le retrait des troupes syriennes du Liban et la dissolution des milices (à savoir le Hezbollah, ndlr).
(Pour mémoire : Le politique s'invite au TSL : la défense conteste l'admissibilité du témoignage de Marwan Hamadé)
Évoquant la rencontre entre Rafic Hariri et Bachar el-Assad, en décembre 2003 à Damas, M. Hamadé a indiqué : "M. Hariri m'a dit que Assad lui avait demandé de vendre ses actions au quotidien an-Nahar. Il lui a dit que la ligne politique du quotidien déplaisait à la Syrie, notamment les éditoriaux appelant au retrait syrien. Le président syrien a demandé à M. Hariri de vendre ses titres à la famille Tuéni, (qui dirige le journal, ndlr). M. Hariri lui a répondu : +Ils ne peuvent pas payer 18 millions de dollars pour acheter mes actions+".
Des documents officiels concernant l'affaire des actions à an-Nahar ont été présentés par le représentant de l'accusation, Graeme Cameron, lors de l'audience. Interrogé par M. Cameron sur leur authenticité, M. Hamadé a répondu par l'affirmative.
M. Hamadé a également évoqué la deuxième rencontre entre Bachar el-Assad et l'ancien Premier ministre libanais en août 2004. Cette rencontre avait marqué la rupture des relations entre les deux personnalités, selon l'ancien ministre. Décrivant l’humiliation ressentie par M. Hariri à l'issue de cette rencontre, M. Hamadé a indiqué qu'à son retour, l'ancien Premier ministre s'était volontairement cogné le nez, un incident qui a "choqué" le député.
"Le Premier ministre Hariri ne voulait pas que les relations entre la Syrie et le Liban dégénèrent et aboutissent à une confrontation car cela aurait eu des conséquences pour lui-même et il aurait été contraint de quitter son poste. Il voulait conserver des bonnes relations avec la Syrie", a encore souligné M. Hamadé, ajoutant : "Il était patient, modéré, mais bien sur sa patience avait des limites. A l'époque, nous avions atteint une phase très dangereuse dans cette relation avec la Syrie".
Abordant les relations entre M. Hariri et le président de l'époque Emile Lahoud, M. Hamadé a souligné que le Premier ministre "disait clairement" son opposition à la prorogation du mandat du chef de l'Etat, qu'il a qualifié d'"homme de la Syrie". "Rafic Hariri avait dit qu'il préfèrerait se couper le bras plutôt que voter la prorogation du mandat d'Emile Lahoud", a rappelé le député.
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"J'ai cru que l'élimination de M. Hariri serait seulement politique, en faisant tomber son gouvernement, ou en le poussant à l'exil. La presse faisait circuler des rumeurs concernant le sort de M. Hariri : soit l'exil, soit la prison, soit la mort, s'il maintenait son opposition à la Syrie", a admis M. Hamadé.
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01 h 53, le 19 novembre 2014