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Économie

Scandale alimentaire : le coup de grâce à un secteur en souffrance ?

Restauration

Ébranlé par les crises politique, sécuritaire et économique, le secteur de la restauration au Liban, comme pratiquement tous les autres d'ailleurs, se porte mal. Le scandale alimentaire, qui fait polémique depuis quelques jours, risque de porter le coup de grâce à un moteur de l'activité touristique.

15/11/2014

Le ministre de la Santé, Waël Bou Faour, a fait éclater sa bombe mardi dernier. Depuis, la liste (ici et ici) des établissements incriminés s'allonge englobant des enseignes ayant pignon sur rue et jouissant d'une notoriété certaine au Liban et même au-delà des frontières où elles sont franchisées.

Plusieurs scandales liés à la sécurité alimentaire ont récemment éclaté, notamment un scandale de viande avariée ou encore des cas d'intoxication dans les restaurants, mais le dernier en date prend une tout autre ampleur, les noms des établissements ayant été rendus publics, suscitant l'ire des professionnels du secteur, et le ministère de la Santé ayant apparemment la ferme intention d'aller au bout de son entreprise.
« L'industrie dans son ensemble est déjà en difficulté, nous espérons que cela ne l'affectera pas davantage », affirme à L'Orient-Le Jour Maya Noun, membre du syndicat des propriétaires de restaurant. « Nous voudrions rappeler qu'un restaurant est aussi un consommateur, comme n'importe quel autre ménage libanais. Le restaurant achète les aliments des distributeurs et la viande des bouchers », a ajouté Mme Noun, soulignant que « la sécurité alimentaire et l'unification des standards constituent la priorité du nouveau syndicat des propriétaires de restaurant ».

 

(Lire aussi: Sûreté alimentaire au Liban : un diagnostic inquiétant)


Le secteur touristique, dominé par l'hôtellerie et la restauration, ne représente plus en 2014 que 8 % du PIB, soit 3 milliards de dollars, alors qu'il représentait 20 % du PIB en 2010 (8 milliards de dollars). Certains experts tirent la sonnette d'alarme d'un « secteur en détresse ».
« Ce qui se passe est terrible pour le secteur de la restauration », souligne de son côté à L'Orient-Le Jour Nagi Morkos, PDG du cabinet de conseil en tourisme et hôtellerie Hodema. « Les investissements vont encore baisser dans un secteur déjà à la traîne », poursuit-il.
Les chiffres de 2014 fournis par Hodema reflètent en effet un net ralentissement du secteur de la restauration. Ainsi, le cabinet de conseil a recensé 808 établissements de restauration à Beyrouth pour l'année en cours, contre 787 en 2013, sachant qu'il y a eu 163 ouvertures et 142 fermetures. Une hausse de 21 établissements qui représente une timide croissance de 2,5 %, nettement inférieure à celle des années précédentes.

De même, la capacité en nombre de places assises n'a cessé de baisser ces trois dernières années. Début 2014, elle s'élevait à 57 117 places en baisse de 1,3 % par rapport à 2013, toujours selon les chiffres d'Hodema. Cette baisse s'explique par la fermeture de certaines enseignes et leur remplacement par d'autres de taille plus restreinte liées à des investissements moins importants.

 

(Lire aussi : 90 % des établissements alimentaires inspectés n'ont pas de certificat sanitaire)



Le secteur se transforme aussi, délaissant les établissements haut de gamme comme les tables gastronomiques et les night-clubs en faveur des bars et cafés-restaurants d'entrée et de moyenne gamme. « Cette tendance s'explique par la dégradation du pouvoir d'achat des Libanais et de l'incertitude politique qui détourne la clientèle des loisirs les plus onéreux », souligne M. Morkos.

Tout en saluant l'initiative du ministre de la Santé, le président de la Lebanese Franchise Association (LFA), Charles Arbid, aurait souhaité quant à lui une tout autre approche du dossier. « Nous soutenons sans sourciller l'application des réformes et des standards, nous soutenons aussi l'action du ministère, mais nous aurions préféré une autre approche », insiste-t-il.
« Cette approche pourrait nuire au fonds de commerce des établissements et à leur réputation ainsi qu'aux franchises à l'étranger, affirme M. Arbid, les enseignes libanaises constituent une importante marque d'exportation du Liban. La concurrence non libanaise à l'étranger pourrait aussi exploiter cette médiatisation à outrance. »
Le président de la LFA, qui appelle à l'application de normes strictes, a rappelé que les franchises libanaises n'ont jamais eu de problèmes d'hygiène à l'étranger.

Il est encore prématuré d'évaluer l'impact du dernier scandale sur le secteur de la restauration. Mais tous les experts s'accordent à dire qu'il aura un effet certain à l'approche de la saison des fêtes, censée donner un nouveau souffle aux professionnels.

 

Lire aussi
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CBG

C'est peut être l'absence de contrôles regumiers et serieux de l'état qui nous amènent dans cette situation ...
Concernant les touristes mais on s'en fiche, moins ils sont nombreux mieux ça circule... A quoi bon les accueillir pour les dégoûter ....
Il reste beaucoup de produits à controler: les fermes d'élevage d'animaux... Les pesticides sur les fruits et légumes ...

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Ainsi, ces Sains Libanais de corps et d’esprit étaient bien décidés à constater qu’1 fois de plus, le dossier de la nature saine d’un produit mis sur le marché est le cadet des soucis des fournisseurs et distributeurs Malsains libanais. Et à clamer que ce thème essentiel, Bio, à la différence des médiocres querelles avec lesquelles ces pâmés en encombrent le terrain dans ce monde d’indigènes, était d’une importance fondamentale pour le présent et l’avenir du Libanais sain de corps. Comme il le serait même pour n’importe quel Malsain dans ce bled. Mais voilà que surgirent ces négriers mercantiles hurluberlus à barbes ou à double vibrisses hirsutes ou même glabres, face à une houle d’étendards bios eux agités, et qui se mirent, ces bouchers et ces inhumains, à trépigner en mouftant : "Une viande sans hormones ? Jamais ! Trépignant comme 1 chevrette ou 1 cabri? C’est c’la, ouiii! Cette intrusion cannibalisée dans ce débat essentiel sur l’importance d’un Libanais sain de corps futur ; si important pour le destin des générations libanaises futures ; aurait pu les étonner ? Rien du tout ! Elle les consterna dès même la 1ère logorrhée, tant la brutalité confirmaient qu’1 fois de + l’évolution de ce monde indigène pseudo-phénicisé(h) n’allait être abordée que sous l’angle démagogique synthétisé par : "Tous les Libanais(h) sont égaux pour ce qui est de leur "bête bouffe", mais les + Riches d’entre eux, eux, sont plus égaux qu’eux." ! Qui ça, eux ? "Eh bien, mais les Pauvres, eux." !

CBG

Le fait est de savoir depuis qd les fonctionnaires d'état sont devenus serieux ds leur contrôles ?? Et quels sont les résultats des contrôles précédents ??
Est ce que ces enseignes ont été certifiés et par quels organismes de certification?
Était ce des enseignes sauvagement installés et couvertes par qui?
Est ce une manœuvre de poudre aux yeux comme pour le trafic des médicaments ?

Enfin concernant les touristes franchement sont ils prioritaires par rapport aux citoyens?
A quoi s'attendre dans un pays où les poubelles sont mal ramassées et balancer à la mer...
Il reste à controler beaucoup de choses , les élevages les pesticides sur légumes et fruits les huiles d olives....
Il y a du boulot pour construire un état qui rendra les citoyens des citoyens normaux..

Emile Antonios

Rappel de loi :  L'argument «  Nous voudrions rappeler qu'un restaurant est aussi un consommateur, comme n'importe quel autre ménage libanais. Le restaurant achète les aliments des distributeurs et la viande des bouchers » est fallacieux : un vendeur ne peut se prévaloir qu’il est innocent du fait de la faute de son fournisseur...
C'est à lui de s'assurer de ce qu'il sert à ses clients.,,
Ces arguments ne sont pas dignes de responsables d'industrie de restauration qui se prétend ce qu'elle est !
Dans certains pays ils iraient tous en prison pour empoisonnement entraînant des maladies ou même la mort.
Préserver la santé des citoyens ne peut pas être mise au même niveau que le pseudo « risque de porter le coup de grâce à un moteur de l'activité touristique ».

M.V.

Avec un secteur en souffrance ..c'est le bon moment pour faire une sévère mise aux normes ....comme ça , les intervenants ne pourrons pas se plaindre, comme d'habitude , d'avoir perdu de l'argent ...qu'il n'ont pas gagné....

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

POURQUOI LE COUP DE GRÂCE ? ILS N'ONT QU'À SE CONFORMER AUX LOIS... DEMANDER EUX-MÊMES AU MINISTÈRE DE LA SANTÉ PUBLIQUE, CHAQUE FOIS QU'ILS ONT DE NOUVEAUX STOCKS, DE VENIR PRENDRE DES ÉCHANTILLONS POUR ANALYSE ET DE LEUR OCTROYER UN CERTIFICAT DE SANTÉ ET DE PROPRETÉ QU'ILS COLLERAIENT À L'ENTRÉE DE LEURS ÉTABLISSEMENTS... COMME IL EN EST PARTOUT DANS LE MONDE QUI SE RESPECTE ! CE SERAIT À LEUR AVANTAGE !

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