Un double attentant devant l’école d’Akrama à Homs a fait 48 morts hier. HO/AFP
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a pressé hier la coalition internationale de trouver une solution « durable » contre la menace des jihadistes du groupe État islamique (EI, ex-Daech) en Irak et en Syrie, déplorant la portée limitée des frappes aériennes actuelles.
« Les tonnes de bombes qui seront larguées par les airs ne constituent qu'une solution temporaire et ne font que retarder le danger et la menace », a ainsi déclaré M. Erdogan lors d'un discours prononcé devant le Parlement turc à Ankara. « Nous sommes ouverts à toute coopération, mais tout le monde doit savoir que la Turquie n'est pas un pays qui se satisfera de solutions temporaires », a-t-il ajouté, estimant que rester spectateur des événements en cours dans les pays voisins reviendrait à « trahir l'histoire » dans une région dominée auparavant par l'Empire ottoman. « Une lutte déterminée doit être menée contre toutes les organisations terroristes dans la région, et les conseils et les avertissements de la Turquie doivent être pris en considération », a insisté le chef de l'État turc. M. Erdogan s'est défendu de toute volonté « d'intervenir dans les affaires intérieures » d'autres pays, mais a rappelé que « le départ de l'actuel régime syrien (du président Bachar el-Assad) continue à faire partie de nos priorités ».
Les remarques de l'homme fort de Turquie interviennent à la veille du débat à huis clos prévu au Parlement sur une motion du gouvernement islamo-conservateur autorisant l'armée turque à intervenir en Irak et en Syrie contre les jihadistes de l'EI. Ankara s'est jusque-là refusé à rejoindre la coalition militaire réunie par les États-Unis pour combattre les jihadistes mais a amorcé un revirement après la libération, le 20 septembre, de 46 de ses ressortissants retenus en otage par le groupe jihadiste. Le texte déposé au Parlement, qui devrait être largement approuvé, prévoit la possibilité de conduire des opérations militaires sur le territoire de l'Irak et de la Syrie, ainsi que le stationnement ou le passage en Turquie de soldats étrangers qui y prendraient part. Ankara s'est également prononcé pour la création d'une « zone tampon » aux contours encore flous dans le nord de la Syrie pour accueillir les réfugiés et protéger sa frontière.
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À Kobané...
Pendant ce temps, à Kobané (nom kurde de la ville de Aïn el-Arab), des combats acharnés opposaient l'EI aux membres des unités de protection du peuple (YPG, principale milice kurde syrienne) qui la défendent « farouchement », selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Les jihadistes sont à quelque 3 km de cette troisième ville kurde de Syrie, dont la prise leur permettrait de contrôler sans discontinuité une longue bande de territoire le long de la frontière turque. « Bien qu'inférieurs en nombre et en armement, les combattants kurdes refusent de se retirer, a ajouté l'OSDH. C'est pour eux une question de vie ou de mort. » Les YPG ont reçu le soutien d'avions de la coalition conduite par les États-Unis. Des avions de chasse et des drones américains ont mené trois frappes contre des positions jihadistes près de Kobané. Au moins neuf jihadistes et neuf combattants kurdes ont été tués dans les frappes et les combats, a précisé l'OSDH, faisant par ailleurs état de l'exécution par l'EI de 10 personnes aux environs de la ville.
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Malgré ces raids, les jihadistes ont continué à tirer sur Kobané où se trouvent encore des milliers de civils, selon l'OSDH, après la fuite en Turquie de plus de 160 000 habitants de la région. « L'EI a bombardé intensément Kobané au mortier aujourd'hui (hier). J'ai jamais rien vu de tel », affirme Aliye Kahraman, une habitante de 70 ans ayant fui sa ville, au poste frontière turc de Mursitpinar. « La situation empire. Nous emmenons les femmes en Turquie et nous retournons combattre, témoigne un autre habitant, Husni Akca. J'ai cinq garçons qui participent à la guerre à Kobané. »
Ailleurs en Syrie, 41 enfants et sept autres personnes ont péri dans un double attentat à la bombe contre leur école dans le quartier loyaliste d'Akrama à Homs, selon l'OSDH. « Les enfants morts sont âgés entre six et neuf ans », a précisé le gouverneur de la ville, Talal el-Barazi. L'attentat n'a pas été revendiqué mais son modus operandi rappelle ceux de l'EI ou du Front al-Nosra, la branche syrienne d'el-Qaëda.
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... et en Irak
De l'autre côté de la frontière, les forces kurdes, appuyées par les raids américains, ont repris à l'EI la localité de Rabia à la frontière syrienne et y assiégeaient hier une clinique où des jihadistes étaient retranchés. Des frappes américaines ont en outre visé un camp de l'EI au nord de Bagdad, faisant neuf morts parmi les jihadistes, et des positions près du barrage de Haditha dans l'Ouest. Des Tornado britanniques ont mené de nouveaux raids à l'ouest de Bagdad. Selon la chaine qatarie al-Jazira, plus de cinquante jihadistes auraient trouvé la mort dans des combats contre les forces de l'ordre irakiennes dans les deux provinces de Salaheddine et Diyala.
Dans le cadre du renforcement de son dispositif militaire pour l'Irak, la France a de son côté décidé d'envoyer trois avions de chasse Rafale supplémentaires sur sa base aux Émirats arabes unis et de déployer une frégate antiaérienne dans le Golfe.
Commentaire
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Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
SUR LA TABLE DU JEU MOYEN ORIENTAL DEUX JOUEURS SE MESURENT AUJOURD'HUI... LE MASTODONTE ET L'IRAN DES AYATOLLAHS. CHACUN TIENT LES CARTES DANS UNE MAIN ET PARLE, NÉGOCIE ET NE SIGNE PAS OU SIGNE DE L'AUTRE. LE PREMIER TIENT LA CARTE DU NUCLÉAIRE IRANIEN, CELLE DE DAESCH, DE L'ASL, DE L'IRAQ, DE LA TURQUIE, DU NATO, ET CELLE DE LA FORCE MAGISTRALEMENT INTERNATIONALE CES JOURS-CI. L'IRAN TIENT PAR CONTRE LA CARTE PERDANTE DE UN PEU MOINS DE LA MOITIÉ DE LA SYRIE, CELLE DE LA MOITIÉ DU LIBAN, DE LA MOITIÉ DU YÉMEN ET DE LA MOITIÉ DE BAHREIN. MAIGRES CARTES DU SECOND PAR RAPPORT AU PREMIER. MAIS LE JEU SERA DUR, LONG ET DANGEREUX... MALGRÉ LE RAPPORT DES CARTES EN MAIN ET DES FORCES L'ISSUE OU LES ISSUES SONT ENCORE DU MOINS FLOUES ET INCERTAINES...
21 h 20, le 02 octobre 2014