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Moyen Orient et Monde

Stratégie contre l’État islamique : les dix contradictions

Analyse

Les régimes du Golfe viendront-ils au secours de Bagdad ? Peuvent-ils écarter l'Iran ? Quelle est la position de la Turquie ? Existe-t-il une convergence d'intérêts avec Damas ?

29/09/2014

Face à l'urgence d'endiguer puis de mettre un terme définitif à la menace que constitue l'État islamique (EI), les pays membres de la coalition ont élaboré dans la précipitation un embryon de stratégie. Personne ne voulant vraiment y aller, au départ, avec les Américains, à part peut-être les Français, il a fallu composer avec les ambivalences de chacun. Formant une coalition à géométrie variable et aux objectifs contradictoires, les États ont pris le risque de s'embourber, une nouvelle fois, dans un conflit à long terme où les perspectives de victoire semblent a priori restreintes. Pire encore, leurs nombreuses incohérences pourraient au contraire favoriser l'État islamique. La preuve en 10 points.

1. La coalition internationale vise à éradiquer l'EI, or ces 15 dernières années, aucune opération n'a permis de dynamiter une organisation islamiste. Que ce soit contre les talibans, contre le Hamas ou contre le Hezbollah, les expériences passées ont démontré les difficultés qu'ont les armées conventionnelles à mener ce type de confit, en tout point asymétrique, face à des milices intégrées auprès des populations locales.

2. Éradiquer l'EI apparaît être un objectif d'autant plus chimérique que les membres de la coalition refusent d'envoyer des troupes au sol. En plus d'être insuffisante, cette stratégie risque de provoquer des victimes civiles et de renforcer de ce fait le soutien des populations locales à ce mouvement.

(Lire aussi : Le Liban ne doit pas être la prochaine victime de « l’État islamique »...)

3. La coalition souhaite renforcer l'opposition syrienne. Pourtant, le groupe Jabhat al-Nosra, qui a des liens solides, au niveau individuel, avec les membres de l'ASL, a été visé par les frappes américaines. Cette stratégie est d'autant plus contradictoire que les principaux soutiens de cette organisation (Qatar et Arabie saoudite) sont membres de la coalition. L'attitude d'al-Nosra, clairement engagé dans la lutte contre Damas mais utilisant des stratégies de terreur semblables à celles-de l'EI, pose une véritable problématique à la coalition : faut-il traiter les deux organisaitons de la même manière au risque de fragmenter encore davantage l'opposition syrienne et de prendre le risque qu'ils fassent front commun – un risque dont les prémices commencent d'ailleurs à poindre ?

4. Dans sa volonté de renforcer l'opposition syrienne (financement et armement), la coalition, et surtout les États-Unis, va soutenir, au moins indirectement, des groupes islamistes plus ou moins proches des idées et de l'idéologie des Frères musulmans : les récentes prises de position du secrétaire d'État US John Kerry ont été dans cette direction. Or, parmi les membres de la coalition se trouvent des alliées de la confrérie (Qatar et Turquie), mais aussi un État qui lui est ouvertement hostile, et qui a soutenu la répression de ses membres en Égypte : l'Arabie saoudite.

(Lire aussi : Quand des experts militaires US appellent à l’aide... le créateur de « Call of Duty »)

5. La montée en puissance de l'État islamique s'explique notamment par l'exacerbation des tensions communautaires entre chiites et sunnites ces dernières années. La chute du régime Maliki, allié de l'Iran, a plutôt été perçue comme une bonne nouvelle par les puissances du Golfe. Aussi, il y a fort à parier que les pétromonarchies sunnites n'interviendront pas sur le théâtre d'opération irakien pour soutenir le gouvernement chiite de Bagdad.

6. La coalition déclare sans cesse qu'elle soutient le régime de Bagdad. Néanmoins, l'Iran, allié de Bagdad, pays frontalier, principale puissance chiite de la région, et dont les politiques ont des répercussions régionales, est exclue de la coalition, à la demande de Riyad.

7. La coalition soutient le régime de Bagdad et critique celui de Damas avec qui elle refuse, officiellement, de collaborer. Pourtant Damas est informée, de manière tout à fait officielle et régulière, de l'avancée de la stratégie de la coalition par Bagdad. La coalition est donc clairement l'allié objectif d'un régime qu'elle prétend combattre. Situation encore une fois extrêmement ambiguë, puisqu'en même temps, les alliés arment l'opposition anti-Assad.

(Lire aussi : « Vos dirigeants ne paieront pas seuls le prix de la guerre, vous allez payer cher »)

8. Parmi les (nouveaux) membres de la coalition, il y a la Turquie. Ces derniers mois, Ankara a été critiqué et accusé d'avoir soutenu l'État islamique, d'avoir laissé passer les jihadistes voulant se rendre en Syrie sur son territoire, et d'avoir acheté (et de continuer à le faire) le pétrole vendu par ce groupe. La position de la Turquie, membre de l'Otan, demeure assez floue et de grands points d'interrogation subsistent quant à ses intentions réelles.

9. Les membres de la coalition, les États-Unis et les pays européens en particulier, ont fourni des armements aux Kurdes. Outre le risque réel qu'il tombe entre les mains du PKK (classé sur la liste des organisations terroristes par l'UE), cet armement pourrait constituer un facteur déstabilisant non seulement pour l'Irak, mais aussi pour toute la région : les Kurdes sont loin d'avoir tiré un trait sur leurs rêves de grand Kurdistan.

10. Enfin, les membres de la coalition s'exposent à des attentats terroristes sur leur sol ou contre leurs ressortissants à l'étranger, à l'instar de James Foley, Steven Sotloff et tout dernièrement Hervé Gourdel en Algérie. Plus les frappes s'éternisent, plus les risques d'attentats sont importants. Face à cette menace constante, les États, pressés par l'opinion publique, seront amenés à s'engager encore davantage dans le conflit pour assurer la sécurité de leurs concitoyens. Se crée alors un engrenage, qui fait l'affaire de l'EI, duquel ces pays peuvent difficilement s'échapper.

P.-S. : bien entendu, cette liste n'est pas exhaustive



Lire aussi

Les portes de l'enfer, la chronique de Nagib Aoun

Vaincre Daech sur le front des idées, le commentaire de Mohammad ben Rached Al-Maktoum


Commentaires

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DAESCH = LE FRANKENSTEIN DE DRACULA !

nora panoyan

La Coalition, une "powerhouse" criminelle , ISIS c'est leur creation "geniale" ..quelle farce! Dommage pour les etats arabes detruits.

Sabbagha Antoine

La foire totale . Une chose certaine les pays arabes sont devenus des tribus sauvages qui s 'entretuent au nom de l'Occident qui les encourage et le comble sans savoir pourquoi .

Bery tus

Oui il y a des lacunes ... Oui ils sont rentrer pour protéger une économie mondial déjà bancale .. Mais auriez vous préférer qu'ils ne fassent rien et laisser l'EI monter et devenir encore plus puissant que certain pays arabe?!?! Ou auriez. Lus préférer ke cela soit l'Iran et la Syrie ki s'occupe de l'EI?!? Je ne crois pas non plus cette possibilité et a vous dire vrai entre les 2 possibilité je préfère encore et de loin la première !!!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CORRECTION : NE DESCEND PAS SUR TERRE POUR L'ACHEVER ! GARE... CAR ELLE SURVIT... ET LUI ÉCHAPPE !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SI ELLES N'ÉTAIENT QUE "DIX" CES CONTRADICTIONS... ENCORE ILS POUVAIENT EN FINIR AVEC TOUS LES DAESCHS DE LA RÉGION... CAR IL Y EN A MAINTS... L'AIR SANS LE SOL... RESSEMBLE À L'AIGLE QUI PLANE, FRAPPE... SA PROIE EN L'AIR... MAIS NE DESCEND PAS SUR TERRE POUR LA FINIR ! GARE, CAR ELLE SURVIE... ET LUI ÉCHAPPE !!!

Pierre Hadjigeorgiou

La plus grande erreur que commettent les grandes puissances est de réagir a chaud a une situation qui les dépassent. Il est clair qu'il faut peut être le faire pour des raisons économico-politique qui relèvent de la sécurité mondiale comme de l’économie et de la prospérité du système que nous partageons, cependant, l’être humain est toujours trop pressé car il ne pense qu'en pertes et profits immédiats. S'il n'obtient pas des résultats rapides, il n'a pas le temps de goûter a sa manne et donc il fait du n'importe quoi et de l'a peu près! L'intervention en Afghanistan et en Irak, d'aucuns la trouve erroné en vue des résultats que nous voyons. En fait elle devaient avoir lieu mais ont été très mal initiées et surtout très mal gérées. Dans les deux cas, il aurait fallu que fut établi un plan Marshall complet avec tous les budgets nécessaires alloués, prenant compte des intérêts de toutes les puissances lors de la reconstructions et des investissements. Soyez en sur que personne n'aurait voulu voir le projet rater. Mais la puissance et le gout du lucre aveugle l’être humain et au lieu de faire du monde un lieu ou il faut bon vivre, ils se battent tous comme des chiffonniers pour comprendre qu'au bout du compte nous aurons tous tout perdu. Je ne commenterai pas sur les Turcs qui sont la pire espèce dans la région au même titre que les régimes Syrien et Iranien.

PAUL TRONC

Le chef d’état-major de l’armée de terre turque, le général Hulusi Akar, est venu inspecter les préparatifs de ses troupes, à la frontière syrienne, indique le journal Hürriyet.
Lors de son intervention, à la 69ème Assemblée générale des Nations unies, le Président Recep Tayyip Erdoğan a dénoncé l’attentisme des grandes puissances, à Gaza et en Syrie.
En réalité, l’armée turque est, secrètement, présente, dans le Nord de la Syrie, depuis juillet 2012. En outre, et contrairement aux affirmations du Président Erdoğan, aux Nations unies, l’armée turque ne protège pas les Chrétiens et ne lutte pas contre le terrorisme, mais est entrée, en Syrie, le 21 mars 2014, pour prendre la ville syro-arménienne de Kassab, avec le Front Al-Nosra (Al-Qaïda) et l’Armée de l’Islam (pro-Saoudien) [1].
“Turkey’s top soldier inspects troops on Syrian border as gov’t signals joining anti-ISIL bid”, Hürriyet, 24 septembre 2014. Une coalition bancale et fumiste tant que les parrains de l'ideologie salafowahabite seront caresses dans le sens du poil !!


HABIBI FRANCAIS

Quand l occident favorisera vraiment la democratie et la prosperite dans le monde arabe,il en sera fini de DAECH.

Halim Abou Chacra

Cette analyse dit en somme : messieurs de la Coalition, vos frappes contre Daech sont inutiles, je vous conseille de désister. La bonne analyse serait d'examiner, ce qui, outre ces frappes, est absolument nécessaire sur le plan interne en Syrie et en Irak. Dans ce dernier pays, il y avait le gouvernement sectaire de Nouri el-Maliki qui, sous la houlette de l'Iran, a pratiqué durant huit ans une discrimination aveugle et grossière à l'égard de la communauté sunnite, ce qui a créé une ambiance bien favorable à Daech. Nouri el-Maliki a été écarté. C'est à son successeur maintenant d'être protagooniste d'une politique nationale équilibrée et équitable. En Syrie il y a une dictature réellement nazie qui commet un génocide depuis trois ans contre le peuple syrien et qui, par là, offre à Daech et al-Nosra leur raison d'existence et leur prétension de "défendre les sunnites". En plus, cette dictature a contribué énormément et délibérément à l'installation de Daech en son pays pour s'en servir comme justification de sa permanence au pouvoir. Les conversations de Genève, promues par l'ONU, ont prouvé l'impossibilité de composition avec cette dictature. Une nouvelle formule de pouvoir l'écartant de la scène syrienne est absolument nécessaire. Sinon lesdites raisons pour l'existence et les prétensions de Daech et d'al-Nosra resteront intactes.

Gebran Eid

AL-ARAB...JARAB. UNE SALADE DE POLITIQUE ARABE. DEPUIS QU'ON A OFFICIALISÉ LE LIBAN COMME UN PAYS ARABE, SON IMAGE DE MARC EST DEVENU COMME UNE POUBELLE. LA PERSONNE QUI PORTE LE PASSEPORT LIBANAIS EST CONSIDÉRÉ COMME UN TERRORISTE POTENTIEL GRACE AUX MERCENAIRES QUI PORTENT DES PASSEPORTS VOLÉS. ET POURTANT QUE NOUS SOMMES DES INNOCENTS.

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