Des chiites irakiens qui se sont portés volontaires pour combattre les jihadistes de l'Etat islamique auprès de l'armée. REUTERS/Ahmed Saad
La région autonome du Kurdistan irakien a annoncé hier avoir pris le contrôle de champs de pétrole disputés dans la région de Kirkouk, provoquant la colère des autorités centrales de Bagdad.
« La production des nouveaux champs maintenant sous contrôle kurde va servir d'abord à faire face à la pénurie de produits raffinés sur le marché intérieur », a annoncé le gouvernement kurde dans un communiqué, précisant que le personnel était invité à coopérer ou à partir. Les Kurdes, qui se sont déjà emparés il y a un mois de la ville disputée de Kirkouk à la faveur de la crise provoquée par l'offensive fulgurante des insurgés sunnites, ont expliqué avoir pris cette initiative en réaction à la volonté du ministère du Pétrole de saboter un oléoduc de la zone.
Plus tôt dans la journée, ce ministère avait accusé les forces de sécurité kurdes, les peshmergas, de s'être emparées de deux champs pétrolifères près de Kirkouk. Les autorités du Kurdistan irakien avaient alors démenti. Leur initiative marque une nouvelle escalade dans les tensions entre Erbil et Bagdad, qui ont contribué au retard pris dans la formation d'un gouvernement d'union nationale face à l'offensive des insurgés sunnites.
Pour rappel, les autorités kurdes ont demandé jeudi au Premier ministre Nouri al-Maliki de quitter le pouvoir, le qualifiant d' « hystérique » après ses déclarations accusant la province autonome d'être le quartier général des insurgés.
À deux jours d'une réunion cruciale du Parlement, le Premier ministre Nouri al-Maliki, qui s'appuie sur sa victoire aux législatives d'avril pour briguer un troisième mandat, est confronté à la fois à l'offensive des insurgés sunnites et aux tensions grandissantes avec le Kurdistan irakien.
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Sur le terrain, des insurgés sunnites ont lancé une offensive près de Ramadi, chef-lieu de la province d'al-Anbar. Ils ont pris plusieurs secteurs à l'ouest de la ville et tué 11 policiers, selon un officier et un médecin. Une éventuelle chute de Ramadi, où ils sont présents depuis janvier, représenterait une avancée majeure pour les insurgés, qui contrôlent depuis un mois de vastes pans de territoires dans cinq provinces de l'ouest, du nord et de l'est du pays. De plus, au moins 28 personnes ont été tuées hier dans un double attentat dans la ville disputée de Kirkouk, désormais tenue par les forces kurdes, a rapporté Sabah Mohammad Amin, responsable médical à Kirkouk. Quatre femmes, deux enfants et deux policiers figurent parmi les victimes d'un attentat-suicide à la voiture piégée et de l'explosion d'une bombe.
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Vains appels à l'unité
Par ailleurs, le Parlement doit se réunir demain pour tenter d'ouvrir la voie à la formation d'un gouvernement suite aux législatives du 30 avril, après une première session désastreuse le 1er juillet et le report d'une séance prévue mardi.
Mais les appels à l'unité, lancés également par des puissances occidentales, semblent pour l'instant bien vains. En dépit des critiques, qui portent sur son autoritarisme et sur son choix de marginaliser la minorité sunnite, M. Maliki a affirmé qu'il ne se retirerait jamais. Hier, il a chargé un chiite de remplacer le ministre des Affaires étrangères Hoshyar Zebari, l'un des membres kurdes du gouvernement ayant décidé d'en boycotter les réunions. Et pour certains, il pourrait bien saborder volontairement la session parlementaire de demain pour gagner du temps. « Il essaie de faire durer le jeu car c'est sa seule chance », a déclaré de son côté un diplomate occidental.
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De son côté, l'ambassade des États-Unis à Bagdad a également publié un communiqué très critique à l'égard des élus : « De nouveaux retards dans la formation du gouvernement ou une escalade orchestrée par n'importe quel camp, quel qu'en soit le prétexte, ne saurait se justifier et ne ferait que desservir les irakiens. »
Pourtant, les reproches contre M. Maliki portent aussi sur l'incapacité des forces armées à enrayer l'avancée des jihadistes et à reprendre le contrôle des zones perdues. Après la débandade militaire des premiers jours, et malgré l'aide des États-Unis, de la Russie et de milices chiites, l'armée irakienne n'a toujours pas enregistré de réels succès. Les opérations lancées fin juin pour tenter de reprendre Tikrit, fief de l'ancien dictateur Saddam Hussein, sont au point mort et les forces irakiennes n'ont même pas envisagé de contre-offensive sur Mossoul, la deuxième ville du pays, tombée dès le 10 juin aux mains des insurgés.
Enfin, l'ONG Human Rights Watch a affirmé hier que les forces irakiennes et des milices alliées avaient pour leur part exécuté « au moins 255 prisonniers sunnites » en juin, en particulier à Mossoul, à Tal Afar et à Baqouba.
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14 h 44, le 12 juillet 2014