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Moyen Orient et Monde

Le prêche du « calife » à Mossoul montre sa force et « le niveau de confiance au sein de son organisation »

Irak
OLJ/AFP
07/07/2014

La première apparition officielle du chef des jihadistes de l'État islamique (EI, ou Daech) dans une vidéo tournée dans une mosquée irakienne témoigne de la prise de confiance de ce groupe et de sa volonté de s'imposer comme le leader du jihad mondial, selon des experts.

Abou Bakr al-Baghdadi, proclamé par l'EI « calife » sur les territoires qu'il contrôle du nord de la Syrie à l'est de l'Irak, a appelé les musulmans à lui « obéir » lors de ce prêche prononcé vendredi dans une mosquée de Mossoul et dont la vidéo, qui n'a pas pu être authentifiée, a été diffusée samedi sur des sites jihadistes. La vidéo montre un homme imposant, vêtu d'une longue abaya et d'un turban noirs, et arborant une barbe grisonnante, s'adressant aux fidèles lors de la prière hebdomadaire, dans une mosquée richement décorée. Elle présente l'homme comme étant le « calife Ibrahim », le nom que Baghdadi a pris quand son groupe a proclamé le 29 juin, au premier jour du ramadan, l'établissement d'un califat, un État islamique faisant fi des frontières officielles et dont le chef exerce un pouvoir à la fois temporel et spirituel. Baghdadi affirme aux fidèles être « le wali (leader) désigné pour vous diriger ». « Obéissez-moi tant que j'obéis à Dieu », martèle-t-il.

Cette apparition surprise d'un homme qui avait jusqu'alors cultivé l'image d'un commandant de l'ombre, présent d'abord sur les champs de bataille, montre le chemin parcouru par l'EI, alors que sa mouvance semblait vaincue il y a plusieurs années en Irak. « Pour dire les choses simplement, l'un des hommes les plus recherchés de la planète a pu se rendre dans le centre de Mossoul et faire un prêche d'une demi-heure dans la mosquée la plus vénérée, dans la plus grande ville contrôlée par le groupe jihadiste le plus connu de notre époque », résume Charles Lister, un expert du Brookings Doha Center. « Le simple fait que Baghdadi apparaisse publiquement dans un lieu si central souligne le niveau de confiance au sein de son organisation », ajoute-t-il.

Quand Baghdadi a pris en mai 2010 la direction de l'État islamique en Irak (ISI), alors branche d'el-Qaëda dans le pays, le groupe semblait en fort déclin, sous l'effet combiné de la stratégie anti-insurrectionnelle américaine et du retournement d'une partie des tribus sunnites contre les jihadistes. Mais il a lentement reconstruit sa structure et son encadrement, élargissant ses activités à la Syrie voisine à la faveur de la rébellion contre le régime de Bachar el-Assad, au point de faire désormais de l'ombre à el-Qaëda et à son chef, Ayman al-Zawahiri, avec lequel les ponts sont définitivement rompus.

Faire oublier Zawahiri
En Irak comme en Syrie, l'EI s'est distingué par sa brutalité, procédant à de nombreuses exécutions assorties parfois de mises en scène sordides, mais aussi à une série d'attentats particulièrement meurtriers. « En toute chose, le groupe (...) a fait preuve d'audace, cela semble donc logique que Baghdadi sorte de l'ombre pour se mettre en pleine lumière », estime Will McCants, ancien conseiller en matière d'antiterrorisme au département d'État américain. « Le prêche de Baghdadi n'est pas logique pour ce qui est de la sécurité, mais il l'est tout à fait dans le contexte de sa lutte avec el-Qaëda pour la direction du jihad au niveau mondial », ajoute-t-il.

L'EI a attiré des milliers de combattants étrangers, y compris occidentaux, capitalisant en particulier sur l'aura de Baghdadi, qui aurait rejoint l'insurrection après l'invasion américaine en 2003 et passé du temps dans une prison militaire américaine en Irak. Pour les experts, l'attrait du groupe auprès des étrangers doit cependant autant à l'idéal d'émirat islamique qu'il prône qu'à son choix d'ouvrir largement ses portes en Syrie, où les autres groupes ne recrutent en général que des arabophones parrainés par l'un de leurs membres. L'EI diffuse ainsi des magazines et des vidéos en anglais et dans d'autres langues européennes pour ne pas limiter son influence au monde arabe. La vidéo de Baghdadi figurera d'ailleurs « probablement dans les films de recrutement », estime Ahmad Ali, expert à l'Institute of the Study of War. « Baghdadi cherche depuis longtemps à se positionner comme le chef du jihad mondial, en compétition avec Zawahiri et d'autres figures de la structure centrale d'el-Qaëda », rappelle-t-il. « La prise de Mossoul et d'autres zones d'Irak est un moment parfait pour lui pour établir cette position de principal chef jihadiste. Une apparition publique du "calife" était donc importante », ajoute-t-il.


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