Des milliers de personnes attendent des aides alimentaires larguées par la Croix-Rouge internationale, à Leer, dans le Soudan du Sud, le 5 Juillet 2014. AFP/Nichole Sobecki
Des milliers de Sud-Soudanais agitaient mercredi à Juba des drapeaux pour le troisième anniversaire du pays, même si le plus jeune Etat du monde n'a guère de raison de se réjouir, entre guerre civile et menace de famine.
Au cœur de la capitale contrôlée par le gouvernement du président Salva Kiir, chants, percussions et danses ont inauguré des festivités sous haute sécurité, avant une parade militaire. Le président ougandais Yoweri Museveni, qui a envoyé des troupes pour soutenir les forces gouvernementales, est l'un des rares dirigeants de la région attendus. Le Soudan voisin, l'ennemi durant des décennies, n'a dépêché que son deuxième vice-président.
Ces célébrations et les affiches proclamant "Un peuple, une nation" ne peuvent voiler l'essentiel. Né le 9 juillet 2011 dans une folle allégresse après l'interminable conflit contre Khartoum, le Soudan du Sud sombre chaque jour davantage dans le chaos.
Déclenchée le 15 décembre 2013 par la rivalité entre Salva Kiir et son ancien vice-président Riek Machar, la guerre a creusé les divisions entre les nombreuses ethnies, spécialement entre la communauté dinka de M. Kiir et les Nuer de son adversaire. Et elle s'est accompagnée d'un long cortège de massacres ethniques et d'atrocités.
(Lire aussi: L'ONU dénonce les atrocités et les tueries massives au Soudan du Sud)
"Jamais auparavant nous n'avons été témoins de pareilles tueries et atrocités commises par des Soudanais du Sud contre des Soudanais du Sud", estime la représentante de l'ONU dans le pays, Hilde Johnson.
Au moment d'achever son mandat à la tête de la mission onusienne (Minuss), elle a prononcé mardi un implacable réquisitoire contre les dirigeants des deux camps, occupés à "servir leurs propres intérêts", dévorés par le "cancer de la corruption", qui ramènent "des décennies en arrière" le pays, riche en pétrole mais aujourd'hui au bord de la catastrophe humanitaire. "Nous risquons de voir la pire famine de l'histoire du pays et ce n'est pas parce que les pluies ne sont pas tombées", a dénoncé Mme Johnson.
Après avoir fait des milliers, voire des dizaines de milliers de morts, chassé de chez eux environ 1,5 million d'habitants (plus de 10% de la population), et rayé de la carte des localités entières, la guerre engendre un nouveau fléau : la faim.
(Pour mémoire: Soudan du Sud : Plus de 600 millions de dollars promis contre la famine)
"La pire crise d'Afrique"
"Le Soudan du Sud connaît actuellement la pire crise d'Afrique avec près de quatre millions de personnes, soit un tiers de sa population, gravement menacées par la faim, et l'aide qui parvient à seulement la moitié de ceux qui en ont besoin", a alerté mercredi Oxfam. "La crise humanitaire est en train d'échapper à tout contrôle", a averti l'ONG.
Dans les zones les plus touchées - les Etats d'Unité (nord), du Haut-Nil (nord-est) et du Jonglei (est) -, les communautés pastorales ont perdu leur bétail et les cultivateurs leur graines, alors qu'il reste peu de temps avant la fin de la saison des semailles. La faim pousse de nombreux civils vers les bases de l'ONU, où s'entassent près de 100.000 personnes terrifiées.
(Lire aussi: Washington redoute un génocide et une famine au Soudan du Sud)
A Bentiu, capitale détruite et désertée de l'Etat pétrolifère d'Unité, le camp des Nations unies héberge désormais 40.000 personnes et "est en train de devenir rapidement l'un des plus importants désastres humanitaires dans ce pays", s'alarme Aimee Ansari, directrice de l'ONG Care au Soudan du Sud. Dans le camp, la boue monte jusqu'aux genoux et l'eau manque cruellement, "les cas de malnutrition sévère augmentent" et le choléra est apparu, égrène-t-elle.
Le conflit ne paraît pas près de trouver une issue, même si le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a appelé les belligérants, à la veille de ce sombre anniversaire, à "déposer les armes et retourner immédiatement à la table de négociations".
Pendant que d'innombrables Sud-Soudanais vivent un calvaire, les négociations se tenant dans le confort de luxueux hôtels à Addis Abeba, en Ethiopie, ont certes abouti à plusieurs accords de cessez-le-feu, et même à l'engagement de former un gouvernement d'union. Mais ces promesses se sont envolées. Pire, les deux camps boudent les discussions depuis des jours.
Pour Gatluak Nhial, un jeune homme qui, comme des milliers d'autres, s'est réfugié dans l'une des deux bases de l'ONU à Juba, le constat est sans appel: le Soudan du Sud "n'est plus une nation".
Lire aussi
La chrétienne condamnée à mort pour apostasie au Soudan a été libérée
Pour mémoire
Les médiateurs s'activent pour obtenir la fin des combats au Soudan du Sud
Une famine « catastrophique » menace le Soudan du Sud, selon Oxfam
Au cœur de la capitale contrôlée par le gouvernement du président Salva Kiir, chants, percussions et danses ont inauguré des festivités sous haute sécurité, avant une parade militaire. Le président ougandais Yoweri Museveni, qui a envoyé des troupes pour soutenir les forces gouvernementales, est l'un des rares dirigeants de la région attendus. Le Soudan voisin, l'ennemi durant des décennies, n'a dépêché que son deuxième vice-président.
Ces célébrations et les affiches proclamant "Un peuple, une nation" ne peuvent voiler l'essentiel. Né le 9 juillet 2011 dans une folle allégresse après...


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine