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Culture

Rony Araiji, homme de foi, de loi et de culture

Liban

Il se nomme Raymond Araiji. Mais c'est par le diminutif de Rony que les Libanais le connaissent, notamment depuis le 15 février 2014, date à laquelle le portefeuille de la Culture lui a été confié. Depuis, il essaie d'être partout. À une fête de village dans le Hermel, comme sur le tapis rouge du Festival de Cannes pour accompagner les festivités du pavillon libanais.

17/06/2014

De la fenêtre de son bureau du 8e étage, on peut voir le toit de l'hôtel Le Bristol en pleine rénovation. Le ministère de la Culture est lui aussi en plein chantier. Mais pas architectural. Plutôt légal. Les premiers temps, Rony Araiji s'était attelé à la mise au point d'un plan stratégique, à court et à long terme, qui guiderait les actions du ministère. Mais face à un gâteau financier toujours plus petit, l'avocat a compris que, pour valoriser ce domaine, il fallait d'abord s'attaquer aux bases, aux racines. Pour réformer la culture, il brandit donc un arsenal juridique dont son ministère a grandement besoin. Il possède toutefois une politique culturelle bien claire, dont il explique les grandes lignes à L'Orient-Le Jour.


Avocat spécialisé en droit commercial et droit des affaires, membre fondateur (1988) et coordinateur des relations extérieures du courant des Marada, Rony Araiji a en effet été conseiller du ministre Sleiman Frangié dans plusieurs ministères: à la Santé publique (1996-1998 et 2000-2004), à l'Agriculture (1998-2000) et au ministère de l'Intérieur et des Municipalités (2004-2005). Il n'est donc pas étranger aux rouages de la politique. Des surprises durant ces quatre premiers mois? «Pas vraiment, non. Je connais ce milieu. Même si je n'étais pas impliqué dans les hautes sphères de la politique. Mais l'expérience du Conseil des ministres est très nouvelle», précise-t-il.


Parmi ses priorités: contribuer à l'affirmation de l'identité et de la vitalité culturelle libanaises, favoriser l'accès et la participation des citoyennes et des citoyens à la vie culturelle, et susciter le développement des communications. Faire de la culture une responsabilité libanaise et une composante essentielle du développement de la société, qui s'intègre aux dimensions sociale, économique, environnementale et territoriale et qui appelle l'engagement des partenaires.
Pour cela, il envisage ses nouvelles tâches en plusieurs axes. «Le premier touche les artistes, leur milieu. Le deuxième concerne le ministère comme structure étatique. Le troisième vise le rôle du ministère même, sa mission.»


Pour aider, il faut légiférer. Tel serait son slogan. Mais il en aurait aussi d'autres. Comme celui-ci: «Quand on n'a pas de moyens, on cherche des idées.» Toujours à l'affût de nouveaux projets, il note, jauge, évalue, demande conseil aux spécialistes, cherche des partenaires.
«J'ai un ministère qui n'a pas de moyens à deux niveaux: sur le plan financier et sur le plan des ressources humaines. Le côté financier a son importance mais, personnellement, je crois que le second problème est plus important. La culture implique beaucoup le secteur privé. J'ai plein de propositions de financement de projets. Mais pour cela, il faut que quelqu'un m'aide au ministère pour ancrer ces projets et assurer leur continuité après la fin de mon terme. C'est là où l'élément humain me manque. J'ai beaucoup d'amis, de conseillers qui m'aident mais, à la fin, j'ai besoin d'un point d'ancrage, d'effectifs», indique Araiji, en ajoutant toutefois que «cela ne veut pas dire qu'il n'existe pas d'éléments valables au ministère. Mais ces derniers ont déjà leur tâche. Ils m'aident, mais le manque d'effectif freine l'élan. Je ne désespère pas, je continue.»
Sa définition de la culture? «C'est l'identité d'un pays, son patrimoine. C'est aussi son miroir. C'est la belle image d'un pays à l'étranger. Par opposition à une image ternie, véhiculée par les événements sécuritaires, par la désolation.»


Pour le ministre, la culture peut également jouer le rôle d'un ciment national. «Elle véhicule des valeurs communes. Le cinéma, le théâtre, la musique, l'art pictural, etc. sont des plateformes où tout le monde peut se façonner une partie d'une identité commune.»
«La culture peut également être un élément générateur d'économie, créateur d'emplois, promoteur de tourisme. Donc responsable de rentrées d'argent à l'État. Nous sommes un peuple riche en idées et en culture. Nous sommes forts en services. C'est là où l'État peut jouer un rôle primordial. En légiférant pour aider ces différents secteurs artistiques et culturels, en leur donnant des subventions là où il faut.»
Et Rony Araiji de poursuivre: «Quand un État veut promouvoir la culture, c'est-à-dire l'histoire et l'identité de son peuple, il ne peut pas non plus réfléchir en termes de gain et de perte. Bien sûr, l'aide est parfois accordée à fond perdu, mais il faut garder à l'esprit que nous sommes en train de constituer l'image d'un pays. Nous ne pouvons pas nous demander où est passé le million investi dans la culture. Il va être récupéré, tôt ou tard, d'une manière indirecte. Tous les États subventionnent ce secteur. L'État libanais le fait très peu, d'une manière dérisoire, qui ne mérite même pas d'être citée.»

 

Un travail de fond
Les grands chantiers du ministre Araiji? «Je raisonne en ministère pas en ministre, rétorque l'intéressé. C'est le ministère qui perdure et non pas le ministre. Pourtant, je travaille comme si je devais gérer ce portefeuille pour mille ans. Si j'achève un dossier, tant mieux. Si mon successeur hérite de mes projets, s'il en est convaincu et s'il poursuit à partir du point où je les aurais fait aboutir, j'aurai réussi.»
Concernant ses projets, il indique qu'ils ne manquent pas. «Il faut entreprendre un travail de fond pour aider la culture. Plusieurs chantiers sont en cours. Nous en dévoilons les résultats au fur et à mesure. Dernièrement, nous avons annoncé la signature d'un accord avec l'ALBA pour la création d'un musée virtuel d'art moderne au Liban. Nous avons également inauguré les travaux de réhabilitation au sous-sol du Musée national grâce à un don de l'Italie.»


Le ministre-avocat revient aux textes de lois. «J'ai constaté qu'il y a beaucoup de lacunes au niveau des textes de lois et des réglementations. Je suis en train d'y remédier. De rédiger des décrets d'application sur les fonctions du ministère. Des textes fondamentaux manquaient. D'autres existaient, mais ils étaient au point mort quelque part.»
Pour les réactiver, le dynamique ministre de la Culture est sorti de la routine de ses fonctions pour aller personnellement chez les personnes concernées dans d'autres ministères, au Conseil d'État, au Conseil du service civil et hâter ainsi le processus administratif.
Il s'attelle également aux textes pour le cadre légal de la Bibliothèque nationale, dont le bâtiment à Sanayeh est en plein chantier, grâce à un don de 25 millions de dollars US de l'émir du Qatar, Hamad Bin Khalifa al-Thani. «On essaie, par ailleurs, d'écrire une loi pour le patrimoine tangible, plus précisément des bâtisses. Un projet de loi existait en 2007, il a été déféré au Parlement, mais malheureusement c'était la période où le gouvernement avait perdu l'une de ses composantes (les ministres chiites), donc ces projets de lois ne vont pas être acceptés au Parlement. On reprend de nouveau avec une remise à jour et de nouvelles idées.» Le ministre étudie également des lois pour des exemptions d'impôts. Ou des crédits subventionnés. «J'ai des projets qui sont en cours, en coopération avec d'autres ministères.»


Il ne zappe pas non plus la technologie numérique. Tweet fervent, il a inauguré son compte Twitter le 21 mars 2014 par un court message adressé à sa mère: «Oummi ya malaki, ya houbbi al-baqi ila el-abad.» Un poème éternel de Saïd Akl, chanté par Feyrouz.
Voilà donc un homme, un compte, à suivre.

 

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Ali Farhat

Voilà... Dès qu'on a quelqu'un de bien d'instruit, de bonne culture et de bonne préstance, certains Libanais accrochent sa photo en cible sur le mur pour y lancer maladroitement leurs flèchettes empoisonnées (tiens y en a meme une accrochée au plafond de platre, ch'ai pas comment il a fait le gars.. il devait etre très faché, c'est sur). Qu'ils s' amusent, qu'ils extériorisent leur haine et leur colère.. tous les moyens sont bons pour décompresser..c'est pas bien de garder dedans et puis faut bien que le peuple s'amuse aussi.. ça rigole pas tous les jours dans ce drole de bled.

Achkar-Malezet Marie-Therese

Quand on est Homme de culture, on est un Homme libre. ce qui est loin d'être le cas de Rony, et puis foi en quoi ? en Hafez el Assad ... Allons !!! Arrêtons de distribuer des adjectifs à tort et à travers !!!

Merci

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UN HOMME DE BONNE FOI... OUI ! MAIS C'EST TRÈS TRISTE DE VOIR AU LIBAN DES INSTRUITS DANS LES CHEPTELS DE MOUTONS... QUI SUIVENT LES PANURGES !

Gebran Eid

BRAVO, MAIS J'AIME BIEN SAVOIR, CE MONSIEUR QUI A L'AIR BIEN CULTIVÉ COMMENT COLLABORE-IL AVEC SON CHEF SLEIMAN ? LUI QUI CONNAIT QUE LA CULTURE DE LA VULGARITÉ !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Tous les États subventionnent ce secteur. L'État libanais le fait très peu, d'une manière dérisoire, qui ne mérite même pas d'être citée." ! A contrario, bien sûr, de l’État bääSSyrien ; son allié ; qui, lui, n'a fait que subventionner "la culture" durant une quarantaine d'années ! Yâ wâïyléééh !

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