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Grille des salaires : la séance reportée, le sort des examens plus que jamais inconnu

Liban

Berry au ministre de l’Éducation : "Il est impossible de tenir les examens de cette façon."

Rita SASSINE | OLJ
10/06/2014

"Un feuilleton mexicain âgé aujourd'hui de trois ans". Cette réaction du président du syndicat des enseignants des écoles privées, Nehmé Mahfoud, au report de la séance parlementaire consacrée à la grille des salaires de la fonction publique et des enseignants résume tout. De report en report et face à l'obstination des parties concernées, chacune campant sur ses positions, le sort des examens qui commencent jeudi sombre dans l'inconnu.

Mardi, le président du Parlement Nabih Berry a ainsi décidé de reporter la séance au 19 juin, faute de quorum. Le quorum requis (la majorité absolue soit 65 députés) pour la tenue de la séance parlementaire consacrée à l'étude de la grille des salaires n'a en effet pas été atteint, 54 députés uniquement s'étant présentés dans l'hémicycle.

Les blocs parlementaires du 8 Mars ainsi que des députés du Parti socialiste progressiste représentant le bloc démocratique de Walid Joumblatt se sont présentés au Parlement. M. Joumblatt lui-même s'est absenté. Dans son éditorial hebdomadaire paru lundi dans l'hebdomadaire de son parti al-Anba', le leader druze s'est montré d'ailleurs particulièrement critique à l'égard de la mouture actuelle du projet de loi sur la grille des salaires, dénonçant la surenchère "populiste" engagée sur ce plan et mettant en garde contre les retombées catastrophiques que pourraient avoir sur l'économie nationale l'approbation de l'échelle des salaires dans sa forme actuelle.

 

(Lire aussi: Joumblatt dénonce les « surenchères populistes » dans l'affaire de la grille des salaires)

 

La coalition du 14 Mars ainsi que les députés Nagib Mikati et Ahmad Karamé ont pour leur part boycotté la séance, bien que certains députés du groupe parlementaire du Courant du Futur se sont présentés au Parlement. Ce dernier bloc a d'ailleurs adopté lundi soir une position similaire à celle de M. Joumblatt, affirmant que le vote du projet de loi en question conduirait le pays à "l'effondrement économique".

 

La mise en garde de Berry
Après le report de la séance, Nabih Berry a déclaré au ministre de l'Éducation Élias Bou Saab qu'"il est impossible de tenir les examens officiels de cette façon". "Attention de mener le pays vers le point de non retour", a-t-il mis en garde.

Le député membre du Bloc parlementaire du Futur Ahmad Fatfat a, quant à lui, demandé au ministre de tenir les examens en dépit de la position des syndicats et de M. Berry, car les élèves ne doivent pas être "pris en otage". Il a néanmoins estimé qu'avaliser le projet dans sa mouture actuelle mènerait le pays au chaos.

 

(Lire aussi : Échelle des salaires : le Futur refuse de cautionner un projet « qui mènera le pays à l'effondrement »)

 

Élias Bou Saab, lui, persiste et signe. Après une rencontre avec Walid Joumblatt peu avant la séance, il a de nouveau invité les élèves à être prêts aux examens qui auront lieu jeudi. Le ministre a assuré qu'il continuera à défendre les droits des enseignants, mais pas aux dépens des examens officiels.

 

Pas de report "même pour un quart d'heure"
Lors d'une conférence de presse au siège du Parlement, M. Bou Saab s'est dit "désolé de la non approbation de la grille des salaires malgré tous nos efforts". "La tenue des examens officiels est une décision qui revient au ministère de l'Éducation, a-t-il en martelé. Je ne suis pas prêt à reporter les épreuves même pour un quart d'heure. Les examens auront lieu jeudi, je ne reculerai pas". Le ministre a dans ce but indiqué qu'il se réunira avec les comités des enseignants du secteur public pour trouver une issue à la crise.

 

Le Comité de coordination syndicale a, pour sa part, décidé d'accroître la pression. En réaction au report de la séance, les syndicalistes ont ainsi maintenu leur décision de boycotter les corrections des examens officiels et de poursuivre la grève générale.

La réponse du président du CCS Hanna Gharib au ministre Bou Saab n'a d'ailleurs pas tardé : "Je n'ai pas le temps d'engager des négociations".

"Personne d'autre que les enseignants du secteur public ne supervisera et ne corrigera les épreuves ", avait-il indiqué un peu plus tôt. Le syndicaliste a également annoncé que les manifestants ne quitteront pas le siège du ministère de l’Éducation.

"C'est la classe politique qui mène le pays à la faillite", a de son côté dénoncé Nehmé Mahfoud.

Une réunion en soirée entre M. Bou Saab et des représentants du CCS s'est soldée par un échec, les deux parties campant sur leurs positions.

Pour le député aouniste du Metn, Ibrahim Kanaan, il n'est plus permis de ne pas adopter la grille des salaires. "La grille a été étudiée pendant un an et demi par le gouvernement avant de passer aux commissions parlementaires mixtes, a-t-il rappelé. Après une cinquantaine de réunions, un rapport a été soulevé et les chiffres sont désormais clairs".

Le ministre des Finances Ali Hassan Khalil a abondé dans le même sens. "Tous les blocs parlementaires ont étudié le dossier et avalisé un certain nombre de chiffres. Pourquoi alors se dérober aujourd'hui à l'adoption de la grille ?", a-t-il demandé. Selon le ministre, le boycott de la séance n'est pas un coup porté uniquement à  la grille mais au Parlement.

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE SORT DES EXAMENS PLUS QUE JAMAIS INCONNU... OU : LE CRIME CONTRE LA JEUNESSE !!!

Pierre Hadjigeorgiou

Qu'ils élisent d'abord le Président de la République, car aujourd'hui le parlement n'a pas le droit de se réunir que pour cela, et alors la grille des salaires sera a nouveau présentée, vue, relue et corrigée pour être votée. Sans cela se sera une fois de plus une hérésie constitutionnelle de plus, encore plus dangereuse et catastrophique que le non vote de la grille des salaires car alors il n'y aura plus ni salaires ni grilles du tout! Au lieu de faire le jeu de ceux qui cherche a détruire le pays, que ces messieurs mordent sur leurs blessures et attendent le début de l’année scolaire et ne point permettre d'ouvrir les écoles. Car la ils sont irremplaçables alors pour les examens ils le sont et sans problèmes. Un peu de bon sens ne fait de mal a personne.

Sabbagha Antoine

Avec une belle chemise signée le président du syndicat des enseignants des écoles privées, Nehmé Mahfoud prétend bien défendre les pauvres fonctionnaires qui sont en effet tous riches .

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