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Jean XXIII et Jean-Paul II élevés à la gloire des autels

Jean XXIII et Jean-Paul II élevés à la gloire des autels

Canonisations

Dimanche de la divine Miséricorde pour un million de pèlerins à Rome ; François rend hommage à la « docilité à l'Esprit » de ses deux prédécesseurs.

Fady NOUN | OLJ/ ROME, de notre envoyé spécial
28/04/2014

Sur un parterre de prières et d'espérances, « oliviers verdoyants dans la maison de Dieu », cèdres inébranlables parfumant la brise du jour, deux nouveaux géants de sainteté, Jean XXIII et Jean-Paul II, se dressent depuis hier.
Grandiose par le nombre de pèlerins qui y assistaient et l'audience qui lui a été accordée – on parle de 2 milliards de téléspectateurs –, la messe de canonisation a été concélébrée par Benoît XVI. Ce détail a été exploité par la presse locale qui a parlé de la « journée des quatre papes ».
Elle aurait tout aussi bien pu rendre justice à la géniale intuition de Benoît XVI, que la foule a affectueusement acclamé, pour avoir su se retirer au bon moment et céder la barre à plus jeune. Son beau visage reflétait d'ailleurs une paix totale, au moment de l'accolade que lui a donné son successeur, comme l'ont montré les caméras.
On peut parler aussi, en cette fin de l'octave de Pâques proclamée « Fête de la divine Miséricorde » par Jean-Paul II, d'une véritable « Journée mondiale de la miséricorde », avec près d'un million de pèlerins du monde entier, venus souvent en famille jusqu'à Saint-Pierre de Rome, exprimer leur reconnaissance à un pape qui, avec sa crosse de pasteur, avait pris les devants et s'était rendu chez eux, ayant « fait du monde sa vaste paroisse ».

 


François a fait saints dimanche les deux papes les plus emblématiques de l'après-guerre. GABRIEL BOUYS/AFP

 

Bonne figure
Tout étant relatif par ailleurs, les Libanais ont fait bonne figure dans cette impressionnante foule, avec quelque 7 000 pèlerins venus du Liban, d'après le nombre de visas délivrés, et des milliers d'autres des États-Unis, du Canada, d'Amérique latine, d'Australie et de différents pays d'Europe.
C'est avec une réelle abnégation que beaucoup d'entre eux ont bravé la fatigue pour se rendre, à 3 heures du matin, à la veillée de prière qui a précédé la cérémonie de dimanche. Ils ont ainsi su vaincre le sommeil ou somnoler pour se reposer sur des strapontins de fortune que les plus prévoyants avaient emportés. Ballottés, pressés par l'immense foule, confrontés à des conduites parfois grossières, ils ont dû, malgré leur indignation, prendre patience et suivre la cérémonie sur des écrans installés dans des endroits stratégiques.
Pour la place Saint-Pierre elle-même, il fallait s'y prendre bien avant. Dès samedi midi, en effet, d'irréductibles Polonais et d'autres inconditionnels de Jean-Paul II l'avaient réservée, et y avaient installé leurs tapis de tente et de sol et disposé leurs sacs de couchage.

 

Huit cent mille fidèles ont assisté à la cérémonie, selon le Vatican. VINCENZO PINTO/AFP

 

 

La foule est la foule
Il faut dire que rien dans les mouvements de cette foule ne paraît nouveau à celui qui est familier des Évangiles. Les cas de bousculades, d'indélicatesse et de rudesse y abondent , en effet, à commencer par le récit de la nativité à Bethléem, où « tout était complet » comme on dit aujourd'hui, en passant par la foule si dense que même la mère de Jésus ne pouvait plus le joindre sans se faire écraser, pour finir par le récit des amis de ce paralytique qui, en désespoir de cause, démontent un toit pour l'introduire dans la maison. La foule est la foule et peut être imprévisible.

 

(Lire aussi : Vaste rassemblement de jeunes à Jounieh pour suivre dans la joie et le recueillement la canonisation de Jean-Paul II et Jean XXIII)

 


Par ailleurs, les Libanais ont été intrigués ou simplement amusés par le canular de l'apparition d'une lumière sur la tombe de Jean-Paul II, dans la basilique Saint-Pierre, sachant que la photo circulant à ce sujet a été prise avec un flash, vers 18 h 30, et qu'un effet de réflexion est plus que probable.
Le président de la République, Michel Sleiman, le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, et des délégations de la Fondation maronite dans le monde et de la Ligue maronite ont assisté à ce moment solennel, ainsi que les patriarches Béchara Raï des maronites et Youssef III Younan des syriaques-catholiques, ainsi que de nombreux évêques libanais et supérieurs d'ordres religieux.

 


Benoît XVI, tout de blanc vêtu et coiffé d'une mitre, a pris place à gauche de l'autel. ANDREAS SOLARO/AFP

 

Un guide guidé
Dans son homélie, entamée par une réflexion sur « les plaies glorieuses » de Jésus, le pape François a affirmé : « Dans la convocation du concile, saint Jean XXIII a montré une délicate docilité à l'Esprit Saint, il s'est laissé conduire et a été pour l'Église un pasteur, un guide guidé, guidé par l'Esprit. Cela a été le grand service qu'il a rendu à l'Église. »
« Dans ce service du peuple de Dieu, saint Jean-Paul II a été le pape de la famille. Lui-même a dit un jour qu'il aurait voulu qu'on se souvienne de lui comme du pape de la famille. »
Commentant l'Évangile du jour sur les doutes de l'apôtre Thomas, le pape avait commencé par dire : « Si ces plaies ne disparaissent pas du corps du Christ ressuscité, c'est qu'elles sont nécessaires pour notre foi, qu'elles sont le signe permanent de l'amour de Dieu pour nous ; qu'elles sont indispensables pour croire en Dieu. Non pour croire que Dieu existe, mais pour croire que Dieu est amour, miséricorde, fidélité. »

 

Jean-Paul II reste le pape le plus populaire de tous les temps. Remo Casilli/Reuters

 

Les « plaies glorieuses » du Christ
Et ces plaies, a ajouté le pape, sont les plaies de toute personne souffrante. C'est cet héritage de la miséricorde de Dieu que l'Église nous invite à intérioriser et à transmettre comme son trésor le plus précieux, ce que nous constatons notamment dans la vie des saints.
« Jean XXIII et Jean-Paul II ont été des prêtres, des évêques, des papes du XXe siècle, a repris le pape. Ils en ont connu les tragédies, mais n'en ont pas été écrasés. En eux, Dieu était plus fort ; plus forte était la foi en Jésus-Christ rédempteur de l'homme et Seigneur de l'histoire ; plus forte était en eux la miséricorde de Dieu manifestée par les cinq plaies ; plus forte était la proximité maternelle de Marie. »
« Ces deux hommes, contemplatifs des plaies du Christ et témoins de sa miséricorde (...) ont coopéré avec le Saint Esprit pour restaurer et actualiser l'Église selon sa physionomie d'origine, la physionomie que lui ont donnée les saints au cours des siècles. N'oublions pas que ce sont, justement, les saints qui vont de l'avant et font grandir l'Église. Cela me plaît de le souligner alors que nous vivons un chemin synodal sur la famille (...) Que ces deux nouveaux saints pasteurs du peuple de Dieu intercèdent pour l'Église (...) Qu'ils nous apprennent à ne pas nous scandaliser des plaies du Christ, et à entrer dans le mystère de la miséricorde divine qui toujours espère, toujours pardonne, parce qu'elle aime toujours. »

 

(Lire aussi : Jean XXIII et Jean-Paul II, ou l'assurance d'une Église « bien guidée »)


La fête du pape Jean-Paul II a été inscrite au martyrologe romain au 22 octobre, jour anniversaire de l'inauguration de son pontificat, en 1978, et celle du pape Jean XXIII, au 3 juin, date anniversaire de sa « naissance au ciel », en 1963.
Au terme de la célébration, le pape François a salué les quelque 90 délégations sur le parvis de Saint-Pierre, et notamment la délégation libanaise. Le pape devrait ensuite faire le tour de la place pour saluer la foule.

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