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Liban - Perspective

Jean XXIII et Jean-Paul II, ou l’assurance d’une Église « bien guidée »

Près d'un million de catholiques de toutes les parties du monde, et notamment des milliers de Libanais, afflueront dimanche place Saint-Pierre, pour la cérémonie de canonisation des deux papes Jean XXIII et Jean-Paul II, une première dans l'histoire de l'Église.

Jean-Paul II : grandeur de vision, courage de décision, limpidité d’expression.

Canoniser ensemble deux saints, et de plus deux papes, c'est l'événement unique auquel le monde entier est convié, ce dimanche 27 avril, et pour lequel le pape François invite à prier, où que l'on soit.


Pour les Libanais, Jean-Paul II (1920-2005) est une figure populaire. C'est le voyageur infatigable, le second saint Paul. le farouche défenseur des droits des petites nations et de la liberté religieuse et « l'une des forces de dissolution de l'Empire soviétique » – le mot est du cardinal Poupard. C'est surtout, pour les Libanais, l'homme qui nous a consacré un synode, en 1995, et qui a forgé cette formule inoubliable et largement imméritée : « Le Liban est plus qu'un pays, c'est un message de pluralisme pour l'Orient et l'Occident. »
Jean XXIII (1881-1953), par contre, est un inconnu pour beaucoup. Sa canonisation sort sa figure de l'oubli. Pourtant, nous devons à cet homme d'origine rurale, que les chauffeurs de taxi romains appelaient « le bon pape », à ce pur produit de la curie romaine qui fut nonce apostolique en Bulgarie, en Turquie, en France et en Grèce, avant d'être élu pape en 1958, l'événement ecclésial majeur du XXe siècle dans l'Église catholique, le concile Vatican II (1962-1965), une consultation universelle « œcuménique » qui modifia le visage de l'Église. À l'ouverture du concile, Jean XXIII appela sur l'Église une « Nouvelle Pentecôte » et beaucoup pensent qu'il fut exaucé.


Le troisième âge se souviendra peut-être qu'en 1954, année mariale marquant le centenaire du dogme de l'Immaculée Conception, le cardinal Angelo Roncalli, futur Jean XXIII, foula le sol de notre patrie où le pape Pie XII l'avait délégué. Mais ce déplacement ne fit pas de vagues.

 

(Voir notre dossier : François fait coup double avec la canonisation de Jean-Paul II et Jean XXIII (réservé aux abonnés)

 


Pour justifier la double canonisation, on a prêté au pape François l'intention de vouloir plaire à tous. À l'appui de cette proposition, on évoque les deux tempéraments si différents de Jean XXIII et Jean-Paul II. On souligne aussi la différence d'époque qui marque leurs vies. Tout cela est vrai. Comme il est vrai aussi que tous les deux étaient profondément semblables dans leur élan pastoral.


Mais quelles que soient les similitudes et différences mises en avant, ces grilles de lectures restent superficielles. Elles ne permettent pas d'aller au fond des choses. Car, aux yeux de la foi, l'Église n'est pas une institution purement humaine, mais le fruit d'une synergie entre Dieu et les hommes, et que pour rendre compte de sa vie et de son évolution, une lecture sociologique ou psychologisante est insuffisante. Il faut lui superposer une lecture spirituelle et tenir compte de cette donnée mystérieuse qui veut que l'Église est conduite par l'Esprit Saint.

 

 

 

Aggiornamento
Pour en revenir au concile Vatican II (1962-1965), c'est très certainement, historiquement, le grand point commun des deux pontificats. Lancé par Jean XXIII, conclu par Paul VI, Vatican II, qu'il suivit de très près, fut toujours considéré par Jean-Paul II comme le principal événement ecclésial du XXe siècle.
L'esprit du concile fut rendu par le mot italien « aggiornamento », qui signifie mise à jour, dépoussiérage, adaptation. Mise à jour de la vérité de l'Évangile et dépoussiérage des formes de la religion, dans le souci de la présentation de l'Évangile à de nouvelles générations, comme dans le souci de l'unité et de l'ouverture aux autres religions du monde. Jean Guitton, le seul laïc invité par Jean XXIII au concile comme observateur, parle d'une « préadaptation » de l'Église aux mutations de tous ordres qui l'attendaient.


Il y a là, sans doute, la clé de lecture majeure de la double canonisation, le pape François soulignant à la fois la sainteté personnelle des deux pontifes, mais aussi la continuité entre les deux pontificats, au-delà des différences de sensibilités et d'époque. Cette continuité est celle d'une Église qui, dit John Newman, « ne change, ne se transforme, que pour rester fidèle à elle-même » ; d'une Église qui combat les ténèbres spirituelles où les trois derniers siècles ont plongé le monde occidental.


Cette dernière proposition est de Jean-Paul II. Elle figure dans l'un de ses ouvrages grand public, Entrez dans l'espérance. Le pape y affirme que « le combat contre Dieu domine, dans une large mesure, depuis trois siècles, la pensée et la vie de l'Occident » (Pocket, page 205).
Ce que Jean-Paul II met en cause, ce sont les idéologies de la mort de Dieu et de l'exploitation effrénée de l'homme par l'homme dont on a vu les ravages au XXe siècle. Écoutons la voix prophétique de Jean-Paul II : « L'Église reprend chaque jour son combat contre l'esprit de ce monde. Ce n'est rien d'autre que le combat pour l'âme de ce monde. En effet, si d'un côté l'Évangile est présent, l'évangélisation se poursuit. D'un autre côté une puissante anti-évangélisation ne désarme jamais. Elle dispose de moyens et de vastes programmes et elle s'oppose avec détermination à l'Évangile et à l'évangélisation. Le combat pour l'âme du monde contemporain est à son apogée là où l'esprit de ce monde semble le plus puissant. C'est en ce sens que l'encyclique Redemptoris missio parle des aréopages modernes. Ces aréopages sont le monde de la science, de la culture, des moyens de communication. Ce sont les milieux où se forment les élites intellectuelles, c'est la sphère des écrivains et des artistes.


« Aujourd'hui, l'évangélisation renouvelle sa rencontre avec l'homme, elle s'adapte au changement de génération. Tandis que passent les générations qui se sont éloignées du Christ et de l'Église, qui ont accepté le modèle "laïc", sécularisé de pensée et de vie, ou auxquelles ce modèle a été imposé, l'Église regarde toujours vers le futur ; sans jamais s'arrêter, elle va à la rencontre des nouvelles générations. Et il semble clair que ces nouvelles générations accueillent avec enthousiasme ce que leurs parents semblaient rejeter. » (Entrez dans l'Espérance pp. 178-179).
On entend presque, dans ces lignes fortes, les rugissements de joie des Journées mondiales de la jeunesse qui, depuis les années 90, rassemblent dans différentes capitales du monde des jeunes venus du monde entier ; les jeunes de cette « génération Jean-Paul II » qui a redécouvert avec une émotion qui ne passera pas les trésors de l'Église dédaignés par leurs aînés.

 

(Commentaire :  L'évangile de François)

 

Une morale de convenance
Le mot structures est un mot-clé dans le vocabulaire de Jean-Paul II. Dans le texte cité plus haut, il parle des « structures de pouvoir et de soumission aussi bien politiques que culturels » dont s'est doté l'Occident, qui lui ont permis d'imposer son hégémonie au monde. Dans d'autres textes, il parle des « structures du péché », c'est-à-dire de systèmes économiques, sociaux et culturel qui induisent des conduites contraires à l'Évangile. Le relativisme éthique, une espèce de « morale individuelle à la carte » où toute norme absolue a disparu, pour céder la place à une morale de convenance, est l'un de ces systèmes.


En canonisant Jean XXIII et Jean-Paul II, l'Église propose donc aussi bien un modèle de sainteté qu'un modèle de pensée pour un monde livré à de puissants courants antichrétiens, qu'il s'agisse du communisme qui continue de régner en maître sur un bon quart de l'humanité ; de théories du genre propagées par une ONU qui prétend devenir un gouvernement mondial à travers certaines de ses agences ;
ou encore de l'ultralibéralisme économique qui écrase les pauvres, approfondit le fossé Nord-Sud et produit ce que le pape François nomme aujourd'hui « une culture du déchet ».

 

(Lire aussi : Au volant d'une « relique » de Jean-Paul II)


L'Église propose, en échange, une vérité qui s'oppose à toute coupure de l'homme avec la transcendance, à toute culture bricolée à partir d'un structuralisme douteux qui considère que l'être humain est une espèce animale parmi d'autres, une espèce prédatrice parvenue à dominer le monde, et qu'il faut modeler avant qu'elle ne le détruise et se détruise. Certes, cette destruction est bien réelle, mais de là à stériliser les hommes pour contrôler la démographie, ou à « expérimenter » des modèles de comportements sur les enfants, il y a un pas qui, si on le franchit, projetterait l'homme sur la planète des singes ou sur l'île du Dr Moreau.
On le voit bien, l'appel à la sainteté de ces deux canonisations s'adresse d'abord aux élites intellectuelles. C'est sans doute la raison pour laquelle aucun miracle de guérison n'a été réclamé pour la canonisation de Jean XXIII, sinon une guérison qui remonte à 1966. Mais les élites, aujourd'hui, sont plus sensibles à la justice qu'aux miracles. Elles gardent les yeux ouverts, regardent la télé, vont sur les réseaux sociaux, épluchent les revues, créent des observatoires, s'activent, débattent, demandent des comptes, descendent dans la rue, bouillonnent.


En canonisant deux papes, le signal que François adresse d'abord aux catholiques, c'est que leur combat contre les ténèbres spirituelles « doit être inlassablement repris tous les jours », et que la sainteté de vie peut faire une différence. C'est aussi l'assurance de savoir l'Église « bien guidée » au milieu d'une confusion des valeurs qui semble aller grandissant.

 

 



 

 


Canoniser ensemble deux saints, et de plus deux papes, c'est l'événement unique auquel le monde entier est convié, ce dimanche 27 avril, et pour lequel le pape François invite à prier, où que l'on soit.
Pour les Libanais, Jean-Paul II (1920-2005) est une figure populaire. C'est le voyageur infatigable, le second saint Paul. le farouche défenseur des droits des petites nations et de la...

commentaires (1)

"En les canonisant, l'Église propose donc aussi bien un modèle pour un monde livré à de puissants courants antichrétiens, qu'il s'agisse du communisme ; de théories du genre ; ou encore de l'ultra-libéralisme économique.". Contre le "communisme" et la théorie du genre, on connait tous ses méthodes à l'église ; ses anathèmes étant si faciles ! Mais elle ne nous dit Rien sur ce qu'elle compte faire pour combattre l'Ultralibéralisme ! Nationaliser les ressources publiques, augmenter les impôts sur les riches etc. Qu'en est-il ?

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

11 h 55, le 24 avril 2014

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Commentaires (1)

  • "En les canonisant, l'Église propose donc aussi bien un modèle pour un monde livré à de puissants courants antichrétiens, qu'il s'agisse du communisme ; de théories du genre ; ou encore de l'ultra-libéralisme économique.". Contre le "communisme" et la théorie du genre, on connait tous ses méthodes à l'église ; ses anathèmes étant si faciles ! Mais elle ne nous dit Rien sur ce qu'elle compte faire pour combattre l'Ultralibéralisme ! Nationaliser les ressources publiques, augmenter les impôts sur les riches etc. Qu'en est-il ?

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    11 h 55, le 24 avril 2014

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