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Liban

Le nombre de réfugiés syriens enregistrés au Liban auprès du HCR dépasse le million

Conflit syrien

Le Liban est de plus en plus débordé par l'afflux de réfugiés et les communautés d'accueil sont proches du point de rupture, a averti hier le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

OLJ/AFP
04/04/2014

Le nombre de réfugiés ayant fui la Syrie vers le Liban voisin a dépassé hier un million, un record désastreux aggravé par des ressources qui s'épuisent rapidement et une communauté hôte proche du point de rupture, a souligné le HCR dans un rapport qu'il a publié hier.


Yehia, un jeune homme de 18 ans originaire de la ville syrienne de Homs, a été le millionième réfugié à s'être enregistré dans le pays.
Officiellement donc, les réfugiés syriens ont dépassé le million. Officieusement, leur nombre a franchi cette barre depuis bien longtemps puisqu'on sait qu'ils sont nombreux à refuser de s'enregistrer auprès du HCR, pour des raisons essentiellement politiques.


Quoi qu'il en soit, trois ans après le début du conflit en Syrie, le Liban est devenu le pays au monde hébergeant la plus forte densité de réfugiés par habitant et s'efforçant de suivre le rythme d'une crise qui ne montre aucun signe de ralentissement.

 


L’évolution de l’arrivée des Syriens entre avril 2011 et avril 2014. (HCR)


Les réfugiés de Syrie représentent désormais un quart de la population du pays hôte, avec plus de 220 réfugiés syriens pour 1 000 habitants libanais, selon les chiffres officiels.
« L'afflux d'un million de réfugiés serait massif dans n'importe quel pays. Pour le Liban, une petite nation engluée dans des difficultés internes, l'impact est stupéfiant », a déclaré António Guterres, le haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés. « Les Libanais manifestent une générosité remarquable, mais ils luttent pour faire face. Le Liban accueille la plus importante concentration de réfugiés de toute l'histoire récente. Nous ne pouvons pas le laisser porter seul cette charge », a-t-il lancé dans ce qui ressemble presque à un appel au secours.

 

(Lire aussi : Une campagne libanaise, sur les réseaux sociaux, contre le racisme à l'égard des réfugiés syriens)


« Il ne s'agit pas seulement d'une tragédie personnelle mais aussi d'un terrible fardeau pour le Liban, qui accueille désormais le plus grand nombre de réfugiés par habitant au monde », a confié aux journalistes Ninette Kelly, représentante au Liban du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

L'afflux s'accélère. En avril 2012, il y avait 18 000 réfugiés syriens au Liban ; en avril 2013, ils étaient 356 000 et actuellement, en avril 2014, un million. Le HCR au Liban enregistre quotidiennement 2 500 nouveaux réfugiés, soit plus d'une personne par minute.


L'impact sur le Liban est immense, relève l'organisme. Le pays connaît de graves secousses économiques en raison du conflit en Syrie, notamment un déclin du commerce, du tourisme et des investissements et une augmentation des dépenses publiques. Les services publics se démènent pour satisfaire la demande croissante. Les services de santé, d'éducation, la distribution d'électricité et d'eau ainsi que les installations d'assainissement sont particulièrement mis à l'épreuve, souligne-t-il.

Selon la Banque mondiale, la crise syrienne a coûté au Liban 2,5 milliards de dollars en perte d'activité économique en 2013 et menace de faire basculer 170 000 Libanais dans la pauvreté d'ici à la fin de l'année. Les salaires s'effondrent et les familles luttent pour joindre les deux bouts.


Les enfants représentent la moitié de la population syrienne réfugiée au Liban. Le nombre d'enfants en âge d'être scolarisés dépasse désormais 400 000, éclipsant celui des enfants libanais dans les écoles publiques. Ces écoles ont ouvert leurs portes à plus de 100 000 réfugiés, mais leur capacité pour en accueillir davantage est sévèrement limitée.

 


Ce graphe montre le point de départ des réfugiés syriens vers le Liban. (HCR)


Les communautés locales sont celles qui ressentent le plus la pression de l'afflux des réfugiés, de nombreux villages et villes accueillant désormais davantage de réfugiés que de Libanais. Dans l'ensemble du pays, les infrastructures essentielles sont mises à rude épreuve, ce qui affecte de la même façon les réfugiés et les Libanais. Les installations d'assainissement et les services de traitement des déchets sont sévèrement affaiblis, les cliniques et les hôpitaux sont débordés, et les ressources en eau s'épuisent. Les salaires baissent en raison de l'augmentation de la main-d'œuvre disponible. Il est de plus en plus admis que le Liban a besoin d'un soutien à long terme en matière de développement pour réchapper à la crise.

 

(Pour mémoire : A Tripoli, une réfugiée syrienne, au bout du désespoir, tente de s'immoler)


« Le soutien international aux institutions gouvernementales et aux communautés locales est à un niveau qui, bien qu'en légère augmentation, se trouve totalement hors de proportion par rapport aux besoins », a insisté António Guterres. « Soutenir le Liban ne relève pas seulement d'un impératif moral, mais c'est également indispensable pour stopper la dégradation continue de la paix et de la sécurité dans cette société fragile, voire dans toute la région », a-t-il fait valoir.


Et tandis que l'ampleur de l'urgence humanitaire s'étend, et que les conséquences graves pour le pays s'accentuent, l'appel humanitaire pour le Liban n'est financé qu'à hauteur de 13 %.
Les organisations humanitaires s'efforcent de définir des priorités entre des besoins aussi pressants les uns que les autres et de cibler l'aide d'abord et avant tout sur les plus vulnérables parmi la population dans le besoin. Des financements humanitaires limités, couplés à un épuisement constant des propres ressources des réfugiés peuvent avoir des conséquences désastreuses. De plus en plus de réfugiés sont incapables de se payer ou de trouver un hébergement adéquat et ont recours à des habitations précaires comme des tentes, des garages et des étables. 80 000 personnes ont un besoin urgent des soins de santé. Plus de 650 000 personnes bénéficient d'une aide alimentaire mensuelle pour survivre.

 


La grande majorité des enfants ne fréquentent pas l'école, nombre d'entre eux travaillent, des jeunes filles font des mariages précoces et les perspectives d'un avenir meilleur s'éloignent au fur et à mesure qu'ils ne vont pas à l'école.
« Les enfants syriens d'aujourd'hu, a déclaré Ninette Kelley, construiront la Syrie de demain. Nous devons veiller à ce qu'ils aient les compétences nécessaires pour relever les immenses défis qu'ils sont certains de rencontrer dans les années qui viennent. »


Les Nations unies et les organisations partenaires ont élaboré un plan d'aide sans précédent, ciblant à la fois les réfugiés et les communautés d'accueil libanaises. À la fin de l'année dernière, ils ont lancé un appel de fonds d'un montant de 1,89 milliard de dollars pour 2014. À ce jour, seulement 242 millions de dollars ont été reçus.
« Les communautés libanaises ont de plus en plus de mal à faire face, et les tensions augmentent », a indiqué Ninette Kelley. « Les places de réinstallation dans des pays tiers plus prospères restent toutefois limitées et l'appel de fonds est très loin d'un financement suffisant. La moralité et le pragmatisme exigent que nous fassions davantage ».

 

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