Des navires traversent le détroit d’Ormuz au large de Bandar Abbas, dans le sud de l’Iran, le 10 août 2026. Photo Atta Kenare / AFP
Une démarche révélatrice des difficultés de Washington à déterminer la véritable position de l'Iran. En pleins pourparlers avec Téhéran mi-mai, suite à l'accord de cessez-le-feu du 8 avril, l'administration Trump a ouvert un canal secret direct avec le corps des gardiens de la révolution afin de vérifier que les négociateurs iraniens, le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf, et le chef de la diplomatie Abbas Araghchi... parlaient bien au nom des CGRI. L'information a été révélée dimanche par le site américain Axios, qui cite plusieurs sources « ayant une connaissance directe des faits ». Le canal a été établi par l'intermédiaire de Nechirvan Barzani, président de la région du Kurdistan irakien, qui bénéficie à la fois de la confiance des États-Unis et du CGRI.
L'emprise des Gardiens sur le pouvoir en Iran a considérablement grandi après l'assassinat du guide Ali Khamenei et d’autres hauts responsables politiques le 28 février, juste après le déclenchement de la guerre israélo-américaine contre l'Iran. Une influence accrue du fait de l'absence de la scène publique du nouveau guide iranien, Mojtaba Khamenei, dont l'état de santé demeure inconnu après avoir été blessé dans la frappe ayant tué son père.
Résoudre la crise par la négociation
Selon Axios, les négociateurs de la Maison-Blanche ont commencé à penser mi-mai que leurs interlocuteurs iraniens « ne disposaient pas de l’autorité nécessaire pour conclure un accord et que leurs décisions étaient désavouées par le CGRI », après que l'Iran a retardé de 10 jours sa réponse pour un accord qui semblait alors proche. La Maison-Blanche a alors « compris qu’elle avait besoin d’un canal de communication parallèle avec la direction des Gardiens de la révolution », révèle le site américain.
Vers le 10 mai, Tulsi Gabbard, alors directrice du renseignement national, a appelé Nechirvan Barzani. Selon les sources ayant une connaissance directe de cet appel, elle a expliqué à son interlocuteur que l’administration pensait qu’il pouvait l’aider à entrer en contact avec le commandant du CGRI, le général Ahmad Vahidi. Axios rappelle que pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), M. Barzani a vécu en Iran et étudié à l’Université de Téhéran. Il parle couramment le persan et entretient des relations personnelles avec de nombreux hauts responsables du régime iranien, notamment des dirigeants du Corps des gardiens. « Nechirvan Barzani est quelqu’un de pragmatique, qui sait résoudre les problèmes. Il est respecté dans toute la région. Il connaît presque tout le monde à Téhéran comme à Washington. C’est la personne que l’on appelle dans une situation délicate », a déclaré dans un entretien Brett McGurk, qui a été conseiller pour le Moyen-Orient auprès de quatre présidents américains, poursuit Axios. Selon la source, Mme Gabbard a clairement indiqué à M. Barzani qu’elle passait cet appel avec l’aval du président Donald Trump et du vice-président JD Vance.
Elle lui a expliqué que la Maison-Blanche voulait savoir si M. Vahidi et la direction du CGRI approuvaient ce que Mohammad Bagher Ghalibaf et Abbas Araghchi avaient négocié, ou s’ils avaient d’autres propositions ou exigences, selon cette même source citée par Axios. La directrice du renseignement a précisé que les médiateurs ne parvenaient pas à joindre M. Vahidi pour obtenir des éclaircissements à ce sujet.
Après avoir demandé à rencontrer directement M. Vahidi, M. Barzani a reçu le 14 mai dans son bureau à Erbil, capitale du Kurdistan irakien, un responsable des Gardiens, qui s'était muni d’un téléphone crypté afin d’établir une communication sécurisée, a appris Axios. M. Barzani a demandé à M. Vahidi s’il était sur la même ligne que les négociateurs iraniens. « Je les soutiens pleinement et c’est également la position du CGRI. Nous préférons résoudre cette crise par la négociation », a déclaré M. Vahidi, selon une source ayant une connaissance directe de l’échange.
Les États-Unis ont alors souhaité que M. Barzani accueille à Erbil des discussions secrètes entre des négociateurs américains et iraniens de haut rang, pourparlers qui n'ont finalement pas eu lieu. Les Iraniens, sans rejeter le principe de la demande, ont « exprimé des inquiétudes concernant leur sécurité ». Ils estimaient que les « services de renseignement israéliens disposaient de nombreux agents ou relais au Kurdistan irakien et craignaient que les Israéliens ne tentent de les assassiner à Erbil ou pendant leur trajet aller-retour », affirme le site Axios.
Le principal point d'achoppement pour un accord de sortie de guerre entre l'Iran et les États-Unis, qui dure depuis plus de cinq mois et a fait des milliers de morts, se concentre actuellement autour du détroit d'Ormuz, voie maritime cruciale pour le transport des hydrocarbures mondiaux. Téhéran a réaffirmé samedi que ce détroit « restera iranien », après que le président américain Donald Trump a affirmé que ce passage stratégique ferait partie du territoire américain une fois l'Iran « battu ».


