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Société - Liban

Les créatifs libanais victimes collatérales de la guerre régionale qui fragilise les économies du Golfe


Un artiste peignant sur un mur au Liban. Photo d'illustration AFP

Pendant des décennies, le Golfe a constitué le centre de gravité d’une grande partie des talents créatifs libanais, des cohortes de designers et de cadres marketing convergeant vers ses villes pour y trouver des clients ou comptant sur les fondations et centres culturels locaux pour obtenir des financements. Mais alors que les économies du Golfe sont désormais sous pression en raison d’une guerre régionale qui dure depuis près de six mois, les créatifs libanais affirment que les financements et les opportunités de travail s’assèchent.

L’incertitude liée au conflit a poussé les clients basés dans le Golfe à reporter des projets, réduire les budgets et ralentir les paiements, entraînant licenciements et baisses de revenus, ont confié des professionnels libanais de la publicité, du branding et de la communication.


L’école de mode Creative Space Beirut (CSB) comptait sur les dons et les partenariats avec des particuliers et des institutions du Golfe pour maintenir ses formations gratuites accessibles aux étudiants défavorisés. La CSB espérait que ces relais de financement pourraient générer 500 000 dollars cette année, mais sa cofondatrice et directrice générale Sarah Hermez a indiqué que la guerre régionale avait poussé les donateurs basés dans le Golfe en « mode survie » et que nombre de « promesses n’avaient pu être tenues ». Les donateurs n’ont pas pu renouveler leurs contributions ou ont dû les réduire drastiquement, a-t-elle expliqué, ce qui met en péril des bourses étudiantes, alors que tout au long de son parcours, l'établissement avait pu compter sur les financements venus du Golfe. Il doit désormais se tourner vers des campagnes de financement participatif et la recherche de nouveaux partenaires pour maintenir ses formations gratuites.

Selon un sondage Reuters publié en juillet, la plupart des économies du Golfe connaîtront cette année une contraction plus forte que prévu, avant un rebond attendu en 2027.

Marwan Barakat, chef économiste responsable de la recherche à Bank Audi, souligne que tous les indicateurs-clés du Golfe sont en baisse, notamment la croissance du PIB, le trafic aérien, les performances boursières et les soldes budgétaires.

Restrictions sur l'emploi et les revenus

Si les Libanais se sont longtemps appuyés sur les salaires gagnés dans le Golfe pour envoyer des fonds à leurs familles restées au pays, certains craignent de ne plus pouvoir soutenir autant leurs proches dans les mois qui viennent. Le Liban lui-même a été rattrapé par la guerre lorsque le Hezbollah a tiré sur Israël début mars pour soutenir son allié iranien, déclenchant un conflit qui a fait plus de 4 300 morts au Liban.

Wassim Haddad, lui, dirige une agence de publicité et de stratégie basée au Liban, qui travaille avec des clients dans le Golfe. Il estime que ses revenus ont chuté de 70 % principalement en raison des pressions économiques dans le Golfe, ce qui l’a contraint à réduire de moitié ses effectifs. « J’ai l’impression que la plupart des clients non originaires de la région ne comprennent pas comment avancer pendant que la guerre fait rage », explique ce chef d'entreprise de 33 ans, en allusion aux entreprises occidentales cherchant à s’implanter dans le Golfe.

Attente de paiement de la part de clients du Golfe

Plusieurs personnes se sont confiées à Reuters sous couvert d’anonymat, par crainte de mettre en péril d’autres missions professionnelles si elles s’exprimaient publiquement. Un professionnel du branding basé à Beyrouth raconte ainsi qu’il gagnait auparavant jusqu’à 12 000 dollars par projet avec des clients du Golfe, mais que les occasions se font rares et que les entreprises exigent désormais des remises. Un de ses clients, basé en Arabie saoudite, a baissé sa rémunération en promettant une hausse si de nouveaux projets arrivaient. Un client qatari habituel lui a annoncé que son entreprise ne pouvait plus s’engager sur de nouveaux contrats.

Une professionnelle de la communication libanaise rapporte une baisse de 30 % de ses revenus prévisionnels. « Si ça continue comme cela, je vais devoir retourner vivre chez mes parents », dit-elle.

À la CSB, Kim Heshme, mère célibataire, experte freelance en branding et responsable des opérations de la CSB a vu ses revenus diminuer d’environ 60 %, le travail en freelance s’étant tari suite à la guerre. Elle a eu du mal à récupérer les honoraires pour des missions finalisées, certains clients ne lui payant qu’un tiers de leurs dus et d’autres ignorant purement ses factures. Mme Heshme estime que les clients du Golfe semblent moins habitués que les Libanais à évoluer dans un climat de guerre et d’incertitude prolongée.

*Cet article est la traduction réalisée par L'Orient-Le Jour d'une dépêche initialement publiée en anglais par l'agence Reuters.

Pendant des décennies, le Golfe a constitué le centre de gravité d’une grande partie des talents créatifs libanais, des cohortes de designers et de cadres marketing convergeant vers ses villes pour y trouver des clients ou comptant sur les fondations et centres culturels locaux pour obtenir des financements. Mais alors que les économies du Golfe sont désormais sous pression en raison d’une guerre régionale qui dure depuis près de six mois, les créatifs libanais affirment que les financements et les opportunités de travail s’assèchent.L’incertitude liée au conflit a poussé les clients basés dans le Golfe à reporter des projets, réduire les budgets et ralentir les paiements, entraînant licenciements et baisses de revenus, ont confié des professionnels libanais de la publicité, du branding et de la communication. ...
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