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Liban - Liban

Non-lieu pour le mari, la famille de Roula Yaacoub s'en prend à la justice

L'acte d'accusation publié par le magistrat Ala' el-Khatib dans l'affaire de Roula Yaacoub, dans lequel il a requis un non-lieu en faveur du mari, « provoque une vague d'indignation au sein de la famille. L'ONG Kafa affirme qu'elle poursuivra le dossier jusqu'à établir la vérité ».

Roula Yacoub. Photo tirée de la page Facebook de Red Lips High Heels

Les conclusions de l'acte d'accusation dans l'affaire de Roula Yaacoub sont tombées comme un couperet sur la famille de la femme, décédée le 7 juillet 2013, à l'âge de 32 ans. Le juge d'instruction, Ala' el-Khatib, a en effet requis « un non-lieu en faveur du mari, Karam Afif al-Bazzi, pour insuffisance de preuves ainsi que sa libération à moins qu'il ne soit arrêté pour d'autres motifs ». Karam al-Bazzi est accusé par la famille de la victime de l'avoir sauvagement battue à mort.


Selon le document, le corps de Roula Yaacoub avait été examiné par deux médecins légistes à l'hôpital al-Youssef au Akkar, où elle avait été admise le 7 juillet 2013. Les spécialistes avaient conclu dans leur rapport que le décès était dû à une « maladie », en l'occurrence une « rupture d'anévrisme ».
Doutant de la crédibilité du rapport, les proches de Roula Yaacoub avaient alors déposé plainte au poste de gendarmerie de Halba, au Akkar, demandant qu'un deuxième conseil médical examine le corps de la femme, d'autant que « ce n'était pas la première fois » que Karam al-Bazzi la battait, comme l'avait affirmé la maman de la victime, Leila el-Khoury. Les proches de Roula Yaacoub avaient même demandé qu'une autopsie soit réalisée sur son corps.


Dans l'acte d'accusation, le magistrat Ala' el-Khatib précise que deux autres médecins légistes avaient été désignés. Ils avaient également conclu que « le décès a été causé par la rupture d'une artère dans la région cervicale causant une hémorragie cérébrale ». Selon les spécialistes, « les contusions observées sur le corps » de Roula Yaacoub « sont superficielles et ne peuvent causer un décès ni une hémorragie cérébrale ».
Selon l'acte d'accusation également, un conseil médical multidisciplinaire avait été formé avec pour mission celle d'étudier le dossier de Roula Yaacoub pour définir les causes du décès. Le 17 septembre 2013, et suite à une demande formulée par le conseil en question, une autopsie virtuelle avait été réalisée sur « le corps de la femme avec un scanner 64 barrettes », parce que « cette technique permet de trouver plus facilement des fractures anciennes dans les différentes parties du corps, notamment les vertèbres cervicales ». Un conseil médical mixte formé de spécialistes des ordres de médecins de Beyrouth et du Liban-Nord avait été chargé d'étudier le dossier de Roula Yaacoub. Selon ce conseil, « il n'y a pas de lésions osseuses au niveau du crâne, de la colonne vertébrale et du bassin ». De même, « il n'y a pas eu de luxation (perte totale de contact des surfaces articulaires d'une articulation, se produisant lors d'un traumatisme, NDLR) au niveau du cou avant le décès et même juste après ».

 

Les témoignages
Pour ce qui est des faits, l'acte d'accusation est basé sur le témoignage de deux hommes, Talal et Hachem Khodr, qui auraient aidé Karam al-Bazzi, le 7 juillet 2013, à transporter Roula Yaacoub à l'hôpital après l'évanouissement de cette dernière, ainsi que sur celui des deux filles aînées de la victime, Gladys (12 ans) et Gabrielle (11 ans).


Talal raconte qu'en passant ce dimanche dans la rue, il a vu « une fillette de près de dix ans debout sur le perron de la maison de l'accusé appelant au secours ». Lorsqu'il est entré dans la maison, il a trouvé « Karam al-Bazzi qui essayait de soulever de terre sa femme Roula Yaacoub, qui s'était évanouie, en présence de ses filles ». Il a essayé de l'aider à la transporter vers la voiture, mais en vain. Talal est alors sorti appeler de l'aide. Son frère Hicham est ainsi arrivé, « ainsi que deux autres hommes, de nationalité syrienne, qui passaient à bord d'une motocycle ». « Ils ont tous transporté Roula Yaacoub vers la voiture, en présence de Jean et Mikhaël Yaacoub, notent les témoins. Son mari l'a ensuite conduite à l'hôpital al-Youssef. »
Gladys et Gabrielle, quant à elles, racontent qu'elles s'étaient disputées avec leur maman « qui les a battues avec le manche d'un balai ». C'est alors que le père est intervenu, grondant tout le monde « pour mettre un terme à la dispute ». « Il a par la suite saisi le manche du balai et l'a cassé. Peu de temps après, Roula Yaacoub s'est évanouie, en entrant dans la salle de séjour », selon les fillettes.

 

Réaction des parents
Le non-lieu requis par le magistrat el-Khatib a provoqué une vague d'indignation au sein de la famille de la victime qui confie « être surprise des conclusions auxquelles a abouti le juge ». Elle accuse l'avocat de « ne pas avoir bien géré le dossier ». Salwa el-Cheikh, marraine de Roula Yaacoub, déclare à L'Orient-Le Jour que la famille « a été surprise par cet acte d'accusation basé sur le témoignage de deux mineures ». « L'acte d'accusation est basé sur des preuves futiles, ajoute-t-elle. Pourquoi le magistrat n'a-t-il pas pris en considération les témoignages des voisins et du gendarme ? Qu'est-il advenu de mon témoignage ? En ce dimanche, Roula a crié de douleur pendant plus d'un quart d'heure ! »


En effet, une voisine de Roula Yaacoub avait confié le jour du drame à L'Orient-Le Jour sous couvert d'anonymat (voir notre édition du 8 juillet 2013) : « Nous avons entendu les cris de Roula et ceux des enfants, mais nous n'avons pas pu intervenir, parce qu'il (le mari, NDLR) refusait d'ouvrir la porte. Deux hommes du village ont essayé en vain de la sauver. Ils n'ont pas pu forcer la porte en fer. Il battait même ses filles. Des marques de coups étaient visibles sur les corps de ses deux filles. » Elle avait noté que ce n'était pas la première fois qu'il frappait Roula et que depuis quelque temps les choses allaient mal entre eux.
Une autre témoin avait expliqué que lorsque Roula s'était évanouie, son mari s'était « décidé à la transporter à l'hôpital, mais elle était déjà morte ». « Il a expliqué aux responsables de l'hôpital que sa femme était tombée des escaliers », avait-elle indiqué.


« Pourquoi le juge Ala' el-Khatib n'a-t-il même pas mentionné les accusations basées sur la violence du mari à l'égard de Roula ? s'insurge Salwa el-Cheikh. Pourquoi n'a-t-il pas examiné ce chef d'accusation, préférant l'occulter entièrement ?
Pourquoi a-t-il attendu septembre pour autoriser qu'une autopsie soit réalisée sur le corps de Roula alors qu'on l'avait demandée le 8 juillet, au lendemain du décès ? »...
Des interrogations auxquelles la famille de Roula Yaacoub n'arrive pas à trouver des réponses rationnelles et convaincantes. Salwa el-Cheikh affirme que la famille ne laissera pas tomber le dossier, « mais j'ai peur qu'il ne prenne les filles (Roula était mère de cinq filles âgées entre 1 an et 12 ans) et rejoigne sa famille au Venezuela », note-t-elle.

 

Faire éclater la vérité
De son côté, l'ONG Kafa, qui avait suivi le dossier dès le départ, affirme qu'elle ne restera pas les bras croisés. « Nous aurons recours à tous les moyens pour faire éclater la vérité, affirme ainsi Leila Awada, avocate et membre de l'ONG. Le dossier de Roula n'est plus un dossier à caractère familial ou privé, il est désormais un dossier public, puisque c'est cette affaire qui a poussé les commissions parlementaires mixtes à approuver le projet de loi sur la protection de la femme de la violence domestique, deux semaines après son décès. La justice a le devoir de mieux enquêter sur l'affaire et d'entendre un plus grand nombre de témoins. Elle ne doit pas se suffire du témoignage de deux fillettes mineures, en l'occurrence les filles de la victime, qui vivent sous la pression de la famille du père. »


Depuis le jour du drame, les filles de Roula Yaacoub vivent en fait chez la famille de Karam al-Bazzi, où leur grand-mère maternelle est interdite de visite.

 

Pour mémoire
Violence domestique : la mort atroce de Roula Yacoub suffira-t-elle à faire voter la loi ?

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Les conclusions de l'acte d'accusation dans l'affaire de Roula Yaacoub sont tombées comme un couperet sur la famille de la femme, décédée le 7 juillet 2013, à l'âge de 32 ans. Le juge d'instruction, Ala' el-Khatib, a en effet requis « un non-lieu en faveur du mari, Karam Afif al-Bazzi, pour insuffisance de preuves ainsi que sa libération à moins qu'il ne soit arrêté pour d'autres...

commentaires (5)

La HONTE!!!!!

Nadine Naccache

13 h 52, le 28 janvier 2014

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Commentaires (5)

  • La HONTE!!!!!

    Nadine Naccache

    13 h 52, le 28 janvier 2014

  • La vérité se camoufle se paye dans un pays ou chaque juge a un prix . Triste .

    Sabbagha Antoine

    12 h 34, le 28 janvier 2014

  • DANS NOTRE PAUVRE PAYS... CHACUN A SON PRIX !

    SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

    12 h 18, le 28 janvier 2014

  • Mais puisque le magistrat affirme que deux autres médecins légistes avaient conclu que «le décès a été causé par la rupture d'une artère dans la région CERVICALE, CAUSANT UNE HEMORRAGIE CEREBRALE», c'est que ce sont bien les coups que son mari lui a sauvagement assenes sur la tete avec le manche a balai qui l'ont tuee.C'est un monstre et il devrait etre mis en prison ad vitam aeternam.... Honte a notre justice qui se laisse acheter!

    Michele Aoun

    10 h 59, le 28 janvier 2014

  • Il y a des coups sur le corps donc elle a été battue même si ceux là n'ont pas provoqué la mort, le coup fatal sur la tête a du lui provoquer sa rupture d'anévrisme Logique non?

    Riga Pavla

    07 h 51, le 28 janvier 2014

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