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Violence domestique : la mort atroce de Roula Yacoub suffira-t-elle à faire voter la loi ?

Liban Le projet de loi pour la protection de la femme de la violence domestique figure en tête de l’ordre du jour de la réunion des commissions parlementaires mixtes, prévue le 22 juillet.
Nada MERHI | OLJ
11/07/2013

Combien de femmes doivent encore mourir avant qu’une loi qui les protège de la violence domestique ne soit votée ? Roula Yacoub est la dernière victime en date de cette violence. Fille unique, mère de cinq fillettes, âgées entre 10 mois et 13 ans, la jeune femme de 32 ans et ses deux aînées subissaient souvent l’ire de l’époux. Dimanche toutefois, Roula avait rendez-vous avec la mort. Son conjoint l’a sauvagement battue sur la tête avec un manche à balai, devant ses filles, jusqu’à ce qu’elle perde conscience.


Comme si l’injustice et la violence dont elle était victime de son vivant ne suffisaient pas, Roula Yacoub est châtiée même après sa mort. Selon des informations obtenues de proches de la victime, des députés de la région sont intervenus pour obtenir la libération de l’époux, les déclarations des filles aînées et les témoignages des voisins n’ayant peut-être aucune valeur aux yeux de la justice, ni même la plainte déposée par la mère de la jeune femme contre Karam al-Bazzi ! Quant au décès, il a été causé, selon le rapport du médecin légiste, par « la rupture d’une artère dans la région cervicale responsable de la respiration et de l’animation du corps ». La famille a rejeté ce rapport et demandé qu’une autopsie soit faite. Sa requête semble être restée sans réponse.


« Pourquoi cette hâte à clore le dossier ? » s’insurge Leila Awada, avocate et membre de l’ONG Kafa. « Il s’agit pourtant d’un décès dans le cadre d’une violence domestique ! Dans le cas d’un chèque sans provision, les procédures durent au moins deux semaines. Qu’on estime qu’il s’agit, là aussi, d’un chèque sans provision et qu’on prenne la peine de mener une enquête en bonne et due forme ! »


Roula Yacoub est la énième victime de la violence domestique, en l’absence d’une loi qui protège les femmes. « Si la loi avait été votée, Roula Yacoub aurait pu au moins demander une ordonnance de non-communication contre son mari, ce qui l’aurait protégée ainsi que ses filles de cette violence récurrente, poursuit Me Awada. Maintenant que l’époux a été libéré, quel serait l’avenir des cinq filles ? Qui pourrait les protéger de la violence de leur père ? Que les politiciens qui seraient intervenus en faveur du mari répondent à cette question ! Le problème au Liban, c’est qu’on n’agit que lorsqu’une catastrophe s’abat. Malheureusement, on ne croit pas à la prévention. Pour nos responsables, tant que la femme survit à la violence physique, il n’est pas nécessaire d’agir ! »

Le lobbying de la société civile
Leila Awada rappelle que le projet de loi pour la protection de la femme de la violence domestique, approuvé en Conseil des ministres en avril 2010, n’a toujours pas été voté. Il a été longuement examiné en sous-commission parlementaire, laquelle rappelons-le l’avait dénaturé de son sens en amendant plusieurs articles essentiels pour la protection de la femme. Aucune suite n’a été donnée au projet. « Depuis 2010, la Coalition nationale pour la promulgation d’une loi protégeant la femme de la violence domestique n’a pas encore réussi à convaincre les parlementaires de l’importance d’une telle loi », constate Leila Awada. Elle ajoute d’un ton ironique : « Je pense qu’ils estiment que le nombre des femmes décédées en raison de cette violence n’est pas suffisant. Ils ont besoin de collecter un plus grand nombre de cas pour être persuadés. Mais je suis en admiration devant leur célérité pour intercéder en faveur du fautif ! Ce qui est encore plus choquant, c’est qu’on essaie d’étouffer le crime dont Roula Yacoub a été victime, en faisant circuler des scénarios du genre “elle a dû faire quelque chose pour qu’il l’ait battue”. »


La société civile refuse d’abandonner le dossier de Roula Yacoub et des centaines d’autres victimes de la violence domestique. Sous la pression qu’elle exerce dans le cadre de nombreuses campagnes auprès des médias, le président de la Chambre a enfin décidé de mettre le projet de loi en tête de l’ordre du jour de la réunion des commissions parlementaires mixtes prévue le 22 juillet.


« La Coalition nationale a réussi au cours de la dernière réunion de la sous-commission parlementaire chargée de l’examen du projet de loi à amender quelques-uns des articles, comme le fait de réintégrer le mot “femme” au titre de la loi et de prévoir des mécanismes pour protéger la femme et les enfants de la violence domestique, explique Leila Awada. Nous avons également réussi à amender l’article 22, selon lequel la femme peut porter les cas de violence conjugale et familiale devant les tribunaux civils, uniquement dans le cas où les tribunaux religieux le permettent. Certaines lacunes persistent. Toutefois, nous préférons avoir une loi, même si elle n’est pas optimale quitte à œuvrer pour l’amender, que rien du tout ». La société civile aurait-elle enfin gain de cause ?

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