Alors que les pourparlers de paix pour la Syrie sont partis sur de mauvaises bases hier à Genève, des militants manifestaient devant le siège des Nations unies. Fabrice Coffrini/AFP
Le médiateur de l'ONU Lakhdar Brahimi a finalement convaincu les délégations du régime syrien et de l'opposition en exil de se réunir aujourd'hui dans une même pièce, alors que les toute premières négociations entre les émissaires du président Bachar el-Assad et la Coalition nationale syrienne (CNS) ont connu un faux départ.
La réunion prévue hier dans la matinée et devant mettre en présence les deux délégations ennemies a été annulée à la dernière minute. En cause, le refus de l'opposition de s'asseoir à la même table que le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Moallem tant que Damas n'aura pas accepté le principe d'un gouvernement de transition. La réponse du gouvernement syrien n'a pas tardé, M. Moallem menaçant de plier bagage et accusant ses détracteurs de manquer de « sérieux ».
« J'ai rencontré les délégations de l'opposition et du gouvernement séparément hier et encore aujourd'hui (vendredi) et demain (aujourd'hui), nous espérons, nous nous sommes mis d'accord, pour nous réunir dans la même pièce », a déclaré, au terme d'une journée éprouvante, M. Brahimi lors d'une conférence de presse au siège de l'ONU à Genève. L'émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe, artisan de ces négociations visant à trouver une issue à la guerre en Syrie qui a tué plus de 130 000 personnes depuis mars 2011, a exclu qu'une délégation quitte la négociation précipitamment. « Les deux parties seront là demain et se réuniront. Personne ne partira (aujourd'hui) et personne ne partira (demain) », a ajouté le diplomate.
Il a également appelé à l'aide « tous les pays qui ont de l'influence », en référence à la Russie, aux États-Unis, aux Européens et aux monarchies du Golfe, pour « faire avancer ce processus » afin de trouver une issue au conflit.
Washington a d'ailleurs salué l'annonce de M. Brahimi, qualifiant cette prochaine réunion de « pas positif en avant » dans le cadre d'un « processus long et compliqué ».
(Eclairage : L'opposition syrienne plus que jamais divisée)
Plus tôt, les deux parties, rencontrées séparément par M. Brahimi dans la journée, se sont accusées mutuellement d'entraver ces négociations parrainées par les États-Unis, alliées de l'opposition, et la Russie, soutien indéfectible de Damas, et maintes fois reportées. « Le problème de ces gens est qu'ils ne veulent pas faire la paix, ils viennent ici avec des préconditions », a accusé le vice-ministre syrien des Affaires étrangères Fayçal Moqdad, qualifiant la revendication d'un départ d'Assad d'« illusions ». « Nous ne voulons pas nous asseoir avec eux tant que le régime n'aura pas accepté » Genève I, a affirmé de son côté Nazir al-Hakim, membre de la délégation de l'opposition, en référence à l'accord signé entre les grandes puissances en 2012 et prévoyant une période de transition.
Négociations sur le sort de Homs
Le premier cycle de négociations est censé durer « jusqu'à la fin de la semaine prochaine », soit le 31 janvier. Un responsable de l'opposition présent à Genève a affirmé que les négociations se concentreront d'abord sur le sort de Homs, ville du centre de la Syrie assiégée par les troupes loyalistes depuis presque 600 jours. « On va discuter exclusivement de la question de la ville de Homs et de comment mettre fin à son siège et comment assurer des corridors humanitaires dans les régions assiégée, et arrêter le bombardement et les tueries faites par le régime », a indiqué Ahmad Ramadan. Il a indiqué que les discussions porteront par la suite sur Genève I, réclamant un « calendrier » pour les négociations.
M. Brahimi avait déjà évoqué des « indications » sur une disponibilité des délégations à discuter de l'acheminement de l'aide humanitaire, de cessez-le-feu localisés, notamment à Alep, deuxième ville du pays, et d'échanges de prisonniers. Une partie de l'équation tient également à la capacité des « parrains » des deux camps, les États-Unis pour l'opposition et la Russie pour le président Assad, à peser et à manœuvrer en coulisses.
Pendant ce temps, un membre influent de la famille royale saoudienne a plaidé hier pour l'adoption à l'ONU d'une résolution prévoyant le déploiement d'une force internationale en Syrie et exigeant le retrait des milices libanaises et irakiennes qui soutiennent Bachar el-Assad. Le prince Turki el-Fayçal, ancien chef des services de renseignement saoudiens, a critiqué dans la foulée « l'absence de direction » de la politique étrangère américaine au Proche-Orient.
Dans ce contexte d'ailleurs, un activiste d'el-Qaëda figurant sur une liste des islamistes les plus recherchés d'Arabie saoudite a été tué en Syrie, rapportait hier la société SITE de surveillance des sites islamistes. Abdallah Souleiman Salih el-Dhabah, connu également sous le nom d'Abou Ali el-Qassimi, a péri dans un raid aérien sur la ville d'el-Bab, près d'Alep, tué par une roquette tirée d'un MiG, déclare SITE, qui s'appuie sur des messages postés par des islamistes le 18 janvier.
Enfin, 63 personnes, dont des femmes et des enfants, sont décédées à cause de la pénurie de nourriture et d'un manque de soins médicaux dans le camp palestinien assiégé de Yarmouk, dans le sud de Damas, rapportait hier l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), faisant état de combats et de bombardements incessants à travers le pays.
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Montreux 1, Genève 2, machin 3, une mascarade ! "Absence de direction" non seulement de la politique étrangère américaine au Proche-Orient, mais de l'ONU et de son Conseil de sécurité. Il est absolument sûr que l'émissaire de ce dernier et -pour rire- de la Ligue arabe, Lakhdar Brahimi, est encore plus sûr qu'il n'arrivera pas à distiller une goutte de paix du venin de Walid Moallem, représentant de Bachar le chimique.
04 h 47, le 25 janvier 2014