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Syrie

La polémique autour de la participation iranienne à Genève 2 ne faiblit pas

La conférence débute aujourd'hui ; les Kurdes désignent une assemblée locale dans le nord-est.

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, serrant la main du secrétaire d'Etat américain, John Kerry (à gauche) et du chef de la diplomatie russe, Serguei Lavrov, réunis à Montreux à la veille de la tenue de la conférence de paix sur la Syrie. Gary Cameron/Reuters

Genève 2, la conférence de paix sur le conflit syrien qui s'ouvre aujourd'hui à Montreux, réunit pour la première fois l'opposition et le régime de Damas.

« Nous devons être mesurés dans nos attentes. On ne va pas voir triompher la paix pendant ces discussions », a prédit hier le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier, en soulignant la nécessité d'« opter pour une politique des petits pas », notamment dans l'humanitaire. Pour son homologue français Laurent Fabius qui le recevait à Paris, « l'idéal, c'est d'aller vers la paix, ça passe par une solution politique », qui « passe par discuter » en Suisse. L'objectif, c'est « des avancées vers la paix », en restant « fidèle » à la lettre d'invitation de l'ONU qui parle de bâtir sur la base d'un consentement mutuel « un gouvernement de transition doté de tous les pouvoirs exécutifs ». « Une conférence réussie, c'est une conférence qui réunira ces deux approches », établir un gouvernement transitoire et améliorer la situation humanitaire des Syriens, a précisé M. Fabius, alors que le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Moallem a clairement signifié hier que le sort du président Bachar el-Assad était une « ligne rouge ».

L'exclusion de l'Iran a sauvé in extremis la tenue de la conférence mais Téhéran annonce par avance un échec des discussions en son absence. Lundi soir, l'hôte de la conférence, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, a dû en effet se rétracter et retirer l'invitation de dernière minute qu'il avait adressée à l'Iran, devant les protestations des Occidentaux et la menace de la délégation de l'opposition syrienne de boycotter la réunion.

Les réactions ne se sont pas fait attendre : l'ONU a d'ailleurs dû se justifier vivement hier d'avoir exclu l'Iran de la conférence de paix, expliquant que Téhéran était revenu sur des engagements verbaux et que tous les participants devaient « négocier de bonne foi ». Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a accusé plus tôt en journée M. Ban d'avoir retiré « sous la pression » son invitation à cette réunion et de cacher les « vraies raisons » de ce revirement. Autre soutien de Damas, la Russie, qui s'était concertée la semaine dernière à Moscou avec les ministres syrien et iranien des Affaires étrangères a réagi sobrement. « C'est bien sûr une erreur », a déclaré à la presse Sergueï Lavrov. « Nous avons toujours souligné que tous les acteurs extérieurs devaient être représentés », a-t-il ajouté.

(Eclairage : L'opposition syrienne plus que jamais divisée)

 

Pas d'excès d'optimisme
À l'abri du Montreux Palace, siège de la conférence, il devrait surtout y avoir de nombreuses discussions discrètes pour préparer la réunion vendredi à l'ONU, à Genève, impliquant uniquement les deux délégations syriennes et l'émissaire spécial de l'ONU et de la Ligue arabe Lahkdar Brahimi. Ce devrait être le début d'un long processus, de sept à dix jours dans une première étape, selon un membre de la délégation russe cité par l'agence Interfax. Des « experts » russes et américains aideraient à l'avancée des discussions, selon cette source. À Washington, un haut responsable a toutefois mis en garde contre un excès d'optimisme. « Je ne pense pas que quiconque ayant traité avec des officiels syriens ait de fausses attentes quant à des progrès rapides », a-t-il estimé. « Tout le monde doit comprendre que c'est le début d'un processus. Cela ne sera pas rapide (...) et nous aurons besoin de patience et d'obstination », a-t-il ajouté.

Même son de cloche pour le président du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, qui a déclaré hier ne pas attendre grand-chose de la conférence et a mis en garde contre une percée des groupes terroristes.
Sur le terrain, les Kurdes de Syrie ont désigné hier une assemblée locale dans le secteur de Jazira, un des trois cantons majoritairement kurdes du nord-est du pays dont ils avaient annoncé la création il y a deux mois, a indiqué Saleh Muslim, chef du puissant Parti de l'union démocratique (PYD, principal parti kurde syrien). En novembre, des formations kurdes avaient annoncé l'établissement d'une administration autonome de transition. En vertu de cette décision, la région kurde de Syrie devait être divisée en trois zones appelées cantons, dotées chacune d'une assemblée locale ainsi que de représentants au sein d'un organe exécutif régional.

Parallèlement, au moins 10 personnes ont été tuées hier dans un bombardement de l'aviation syrienne ciblant un quartier tenu par les rebelles à Alep, a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Des bombardements aériens ont également visé al-Ansari, dans le sud-ouest de la ville. Ces violences interviennent alors qu'au moins seize personnes, dont six rebelles, ont été tuées et vingt blessées dans la nuit de lundi à mardi dans un double attentat à la voiture piégée au poste-frontière de Bab el-Hawa entre la Syrie et la Turquie, a rapporté l'OSDH.

 

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