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Liban - Liban-Terrorisme

La mort rattrape les hommes libres : Mohammad Chatah assassiné en plein centre-ville

L'ancien ministre et conseiller de Saad Hariri a été tué dans le périmètre de l'immeuble Starco en plein centre-ville dans un attentat à la voiture piégée qui a fait 6 morts et des dizaines de blessés.

Le bilan de l'attentat à la voiture piégée, vendredi en plein centre-ville, est lourd : 6 morts et plus de 70 blessés. Photo Michel Sayegh

Encore un autre vendredi funèbre hier à Beyrouth, qui marque les derniers jours de 2013. Si cette année avait connu plusieurs agressions contre des civils, dans les régions de Tripoli, de la Békaa et de la banlieue sud de Beyrouth, elle n'a pas voulu se terminer sans un retour aux attentats visant des personnalités politiques du 14 Mars ou favorables à ce camp, la dernière victime en date étant le chef du service des renseignements, le général Wissam el-Hassan, assassiné fin 2012.

Hier, peu avant 9h30, Mohammad Chatah, ex-ministre des Finances et ancien ambassadeur à Washington, a rejoint la longue liste noire des martyrs de la révolution du Cèdre, dans un attentat à la voiture piégée en plein centre-ville, dans la zone de Starco, à quelques centaines de mètres seulement du lieu de l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, en février 2005.

 

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Mohammad Chatah, qui se rendait au moment de l'explosion vers la maison de l'ancien Premier ministre et chef du courant du Futur, Saad Hariri, où devait se tenir une réunion, a été pris au piège lors de son passage dans une des étroites ruelles de Starco. Là, une Honda CRV vert bouteille, bourrée de 60 kilogrammes de substances explosives, a explosé sur son passage, projetant la Nissan X-Trail du ministre une dizaine de mètres plus loin. L'explosion était d'une telle puissance qu'elle a été entendue dans les différentes banlieues de la capitale, alors qu'une grosse colonne de fumée a noirci le ciel de Beyrouth. Sur les lieux du crime, des voitures en feu, des cadavres et des blessés errant, hagards, dans une rue complètement dévastée.

 

 

Des débris de verre et des morceaux de carcasses de véhicules jonchaient le sol maculé de sang, alors que les hurlements des habitants apeurés s'élevaient des immeubles endommagés qui bordent la zone sinistrée. Près du véhicule en feu et réduit à l'état de carcasse de Mohammad Chatah, l'image funeste et insoutenable de deux dépouilles mortelles méconnaissables, l'une carbonisée et l'autre coupée en deux, rien que le buste.
« Nous avons tous entendu deux explosions, raconte un ouvrier qui travaillait près du lieu de l'attentat. On m'a prévenu que d'autres explosions pouvaient avoir lieu, mais je suis quand même accouru pour voir ce qui se passait. Le spectacle était désolant, et de nombreux blessés étaient allongés sur le sol, attendant les secours qui ont tardé une bonne dizaine de minutes à arriver. »

 

(Lire aussi: Le 14 Mars refuse de « se soumettre ou se faire assassiner »

 

Les secouristes de la Croix-Rouge, accompagnés des services de sécurité qui ont bouclé la zone du crime pour leur faciliter la tâche, se sont en effet dépêchés de transporter les blessés et les victimes vers les hôpitaux les plus proches, alors que les pompiers de la Défense civile maîtrisaient les flammes sans grande difficulté. Le bilan est lourd : 6 morts et plus de 70 blessés. Outre Mohammad Chatah et son chauffeur, Tarek Bader, les tués sont Mohammad Nasser Mansour, le Syrien Saddam al-Khanchouri, Kévork Takajian et un sixième dont l'identité n'a pu encore être établie.


C'est grâce aux papiers du véhicule de l'économiste assassiné, retrouvés sur les lieux de l'attentat, qu'il a pu être identifié, avant que sa famille ne se rende à l'Hôpital américain de Beyrouth, où il a été transporté, pour s'assurer de son identité. Les 70 blessés, quant à eux, n'ont pas tardé à quitter les hôpitaux avant la fin de la journée. Nombre d'entre eux étaient effectivement présents dans les immeubles et les espaces alentour au moment de l'explosion et ont été légèrement atteints par des morceaux de verre, le souffle de l'explosion ayant provoqué des dégâts dans les immeubles, les cafés et les bureaux à des dizaines de mètres à la ronde.

 


« J'ai vu une lumière puis j'ai entendu une puissante explosion, raconte la vendeuse d'un magasin qui se trouve à plus de 20 mètres du lieu de l'attentat, dans une rue parallèle. Moi et mon collègue avons été propulsés de la devanture jusqu'au fond du magasin. Nous n'avons heureusement aucun membre cassé, mais nous n'avons plus ni porte ni vitrine. » De son côté, Jean, qui habite l'un des immeuble avoisinants, raconte avoir été réveillé par la déflagration qui lui a brisé toutes ses fenêtres. « Heureusement que la rue n'est pas bondée à cette heure-ci. De nombreux magasins n'avaient pas encore ouvert leurs portes. La plupart des blessés l'ont été dans les bureaux avoisinants », dit-il. Pour sa part, Mahmoud, un ouvrier dans l'un des gratte-ciel en construction, est encore sous le choc. « J'ai été propulsé de quelques mètres au moment de l'explosion et je me trouvais sur l'un des niveaux élevés du chantier. J'aurais pu tomber dans le vide et m'écraser dans la rue... »

 

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« Aucun endroit n'est désormais sûr... »
Alors que les secouristes s'affairent à nettoyer les lieux du crime des restes humains épars dans la rue et que les services d'anthropométrie relèvent des indices, la zone Starco commence à reprendre vie, malgré une forte odeur de mort et de mazout qui imprègne l'air sur fond du spectacle apocalyptique d'une cinquantaine de voitures plus ou moins touchées. Dans ce quartier chic, les gravats éparpillés sur la chaussée déserte contrastent avec l'habituel va-et-vient des touristes, hommes d'affaires et autres badauds dans une rue impeccable et propre. Sur tout le périmètre, des débris de verre tapissent le sol. La région semble dévastée par un séisme. Les façades de la plupart des bâtiments environnants sont mises à nu et ont perdu leurs baies vitrées.

 

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L'immeuble Starco et, ironiquement, les locaux du Haut Comité de secours sont gravement endommagés. Dans leurs bureaux, les employés livides et terrifiés tentent de se remettre du choc. D'autres contemplent, dépités, leurs véhicules cabossés ou sans vitres. Les propriétaires des magasins se fraient prudemment un chemin sur le tapis de verre pour se rendre compte de l'état des lieux. La plupart d'entre eux, résignés, déblaient déjà l'entrée de leurs boutiques avec dégoût.


« Je suis revenu reprendre mes affaires, raconte Hicham. J'ai été blessé au bras et au crâne alors que je me trouvais dans mon bureau. Je n'ai pas bougé en attendant les secouristes qui m'ont transporté à l'hôpital. » À la pharmacie Starco, Samer a évité de justesse que le plafond, complètement délabré, ne l'écrase. Sa collègue se plaint que la mort ait atteint l'une des zones les plus sécurisées de Beyrouth. « La maison de Nagib Mikati est à deux pas. La Maison du Centre de Saad Hariri aussi. Nous sommes en pleine Solidere, bon sang, et l'endroit est farci de caméras. Nous payons une fortune nos locaux pour bénéficier d'une soi-disant meilleure sécurité, mais aucun endroit n'est désormais sûr », regrette-t-elle.

 

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Dans la rue où a explosé la Honda meurtrière, une voiture volée en 2012 et qui s'est complètement volatilisée, des touristes turcs ont fait leurs bagages et traînent avec précaution leurs valises tout en s'éloignant du périmètre de l'explosion.
La région, en quelques instants, n'est plus ce qu'elle était. Un Koweïtien tout juste arrivé à Beyrouth pour un voyage d'affaires dit tristement : « Plus personne ne va venir pour faire des affaires ici. »

 

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